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[Autres] Un petit bout de rien - 100%

n°435
Milora
Posté le 08-05-2007 à 12:01:41  profilanswer
 

Je me permets de continuer à poster des textes... Je ne sais pas pourquoi, je ne pense pas que celui-ci vous plaise : ce n'est pas vraiment de la narration... Enfin, si quelqu'un lit, il verra bien !
 
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Rien. Juste quatre petites lettres, serrées les unes contre les autres, qui se glissent dans un intervalle entre deux mots d’une phrase. Un petit rien, révolu, insondable, évidé, néantisé. Rien. C’est fou tout ce qu’on peut mettre dans le creux de ce mot, si étroit, qui rebondit sur sa voyelle centrale et se referme sur du vide. On comble beaucoup avec ces briques de rien. Car le rien peut être quelque chose – est-il rien de plus étrange ? – la preuve vient d’en être faite, dix mots plus haut. Mais au-delà de cet aspect grammatical, je vous le demande : qu’avez-vous fait aujourd’hui ? Oh, rien. Combien de moments, combien de pensées, combien de battements de cœur et de morceaux de vies, sont contenus dans ce minuscule laps de phrase qui contient tant ? Il n’y a qu’à voir tous les gens qui n’ont parlé de rien. Pas besoin d’aller plus loin que votre vieille voisine, qui vous happe dans les filets redoutables de sa conversation, car au fond, quand elle vous parle du temps qu’il fait, de l’attitude des nouveaux voisins, ses phrases sont absolument creuses, bien qu’elle croie vous parler de tout autant que de rien. Mais il n’y a pas qu’elle, pour sûr. Il y a des tas de gens plus ou moins célèbres, il y a des politiciens, il y a des poètes. Il y a moi. Parce que parler de rien, ou parler du rien, ça peut être fascinant. On le peuple d’une multitude de choses, ce rien. On y voit du noir, un vaste vide noir, froid, sans parois pour le contenir, un grand vide qui court dans l’infini, et sur l’idée duquel notre esprit glisse comme sur un miroir, parce qu’il sait qu’il n’en atteindra jamais le fond, et qu’il en a peur, un peu. Mais parler du vide noir et froid, c’est toujours parler de quelque chose. Imaginons. Fermons les yeux. Visualisons le rien. Commençons par chasser toute sensation, ce sont les moins coriaces celles-là, elles s’en vont facilement, en imagination. Pas de faim, pas de soif, pas d’humidité ni de chaleur et, non, pas de froid non plus. Juste votre esprit, qui flotte, ou plutôt qui ne flotte pas. Qui est, voilà tout. Mais non, ne rouvrez pas les yeux, pas encore, ça n’est pas suffisant. Maintenant, débarrassons-nous de ce qu’on voit. Pas de noir impénétrable mangeur de couleurs, pas de blanc tout vierge et vide, pas même de gris fouillis qui ne ressemble à rien – parce qu’il ne fait qu’y ressembler. C’est tout de suite plus difficile, non ? Presque infaisable. Alors on laisse tomber. Parlons un peu, oui, parlons, comme votre vieille voisine. Parler de quoi ? De rien, pardi ! N’est-ce pas ce que l’on fait depuis tout à l’heure ? Il y a beaucoup à dire sur rien. Rien n’est plus étendu que le rien. Et d’ailleurs, savez-vous ce qu’il y a de mieux avec ce texte, lecteur aguerri, hein ? C’est qu’il ne sert, absolument, à rien.


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"Maudit démon ! C'en est fini de toi ! Le Feu Réducteur te guette ! Je vais répandre ta vile Essence dans tout le bâtiment comme... euh, comme de la vulgaire margarine, et... et en couche épaisse en plus !"  
n°436
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 11-05-2007 à 01:09:19  profilanswer
 

Citation :

Je me permets de continuer à poster des textes... Je ne sais pas pourquoi, je ne pense pas que celui-ci vous plaise : ce n'est pas vraiment de la narration... Enfin, si quelqu'un lit, il verra bien !  


 
Le lecteur, il verra bien...Ou il verra rien?
 
Outre le fait que nous ayons vraisemblablement la même vieille voisine...Je trouve le texte éminament bien construit, c'est époustouflant de simplicité et pourtant, aussi évident que cela puisse paraître, parler de rien, dans ce cas là, ça n'est pas rien !
 
J'admire la tour de force Devosien, et contrairement à ce que tu as pu croire en préambule, moi ce texte non narratif, il me plait (pas de bol hein?  :D )
 
On n'a jamais vu des lignes aussi pleines de rien, un véritable rienissime mais qui dit tout...Sur rien.
Chapeau bas.


Message édité par eskael le 11-05-2007 à 01:09:40

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La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir.
n°441
Milora
Posté le 16-05-2007 à 19:44:00  profilanswer
 

Je suis touchée du compliment ! Qu'est-ce que tu veux dire par "tour de force Devosien" ? :$ (je ne connais pas...)


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"Maudit démon ! C'en est fini de toi ! Le Feu Réducteur te guette ! Je vais répandre ta vile Essence dans tout le bâtiment comme... euh, comme de la vulgaire margarine, et... et en couche épaisse en plus !"  
n°445
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 17-05-2007 à 03:16:23  profilanswer
 

C'est une allusion à Raymond Devos, le prince des joueurs de mots...


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La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir.
n°509
jemlir
façon SMS
Posté le 10-10-2008 à 17:53:55  profilanswer
 

texte philosophique qui m'a fait penser à une énigme récurrente dans un livre de la trilogie des Dieux de Bernard Werber ; si vous ne connaissez pas encore, courrez le lire, ça devrait vous plaire...

n°513
Mil
Posté le 04-11-2008 à 18:20:10  profilanswer
 

Philosophique ? Jolie promotion pour un texte sans prétention ^^ Je ne l'aurais pas vu comme ça, lol, c'était plutôt un exercice de style.
 
J'ai entendu parler de Werber, mais jamais lu ! Il faudra que je m'y mette un jour.
 
Merci d'avoir commenté un texte posté il y a si longtemps ! :)


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Milora

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