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mini-textes - Alicia - testament d'un vampire

n°384
talbazar
solve et coagula
Posté le 01-01-2007 à 15:53:43  profilanswer
 

Feu mon blog, où j'écrivais au jour le jour ces petites choses qui plaisent qui plaisent pas, sans jamais les retoucher, comme de l'écriture automatique.
 
 
http://img141.imageshack.us/img141/4877/aliciapagedecouvva0.jpg
 
 
Pour Alicia
 
 Qui m’a réveillé ? Est-ce toi évanescence dorée venue des bois obscurs sous un brouillard de plomb, longeant les saules échevelés du parc endormi ? Est-ce toi qui arpente maintenant ces dalles humides pour les charger de cruels souvenirs ?  Quel est ce rayon dérangeant qui frôle mon catafalque en l’inondant d’un jour malvenu ? Alicia ! Fille de l’orage traversée de pluie, pourquoi place tu à présent dans ma coupe l’élixir écarlate, remuant l’étoile rubiconde dans son lit de cristal ? Et que fais-tu sur mon ventre, abandonnée comme un enfant mort-né ? Tu aurais dû voir à temps sur mon front la marque des damnés…  
 Ne cherche plus mes lèvres exsangues car la morsure des miens est lente, profonde et délicate, quand je me pique à ton diadème d’une cruelle blessure que je suce sans déplaisir. Retiens un peu ton geste, n’éponge pas encore sur ma joue la sueur séduisante dans la lumière rase. Je sens ton souffle sur mes tempes gonflées, j’entend ton rire entraver mon oubli et ta main délicate sécher sur mes orbites las les larmes d’amertume, en les faisant couler sur mes épaules raides, avec la froideur des eaux lentes qui passent sous la terre. La vrai solitude est le cadavre des sentiments.
 Oh folle aimée ! Reprend ta torche et fuis sur des ponts éphémères les automnes perdus pour toujours, car la nuit m’abandonne en me laissant allongé sur le marbre veiné, comme un fruit pourrissant. Frotte des flammes claires dans tes doigts. engourdis par des incendies vains. Dans le matin glacial, enfume les salles hautes en quittant le lit de l’adieu, silhouette noire à la sombre capeline qui masque les vitraux aux jets prismatiques. Rejoins par le froid de la nuit la cabane enfoncée dans les pins immobiles, sous les reflets de lune blanche si pareille à un soleil muet.  Je veux voir tes pas marqueter la neige de souillures délicates et les flocons blancs tomber lentement comme la cendre dans tes cheveux épars.
  Sèche tes cils humides aux scintillantes lueurs vitrifiées et ferme ta porte à clef sur les ravages du soleil de minuit. Ne te retourne pas sur les arbres qui s’allient dans l’ombre taiseuse, griffant le ciel grisâtre sous la colline morte, giflant leurs troncs glacés aux bras noueux, développant d’inutiles résistances dans les chaumes brisés qui percent les champs clos.
 Je suis mort depuis 1207 ans, tu le sais et mes prunelles se sont fanées à tant de lunes, qu’elles sont devenues comme du verre opaque, aussi vertes qu’un fond de lac trouble. Mes os sont plus froids que les pierres rongées de mon vieux château…  
 Oh Alicia ! Laisse ici dormir ton sombre seigneur, d’un jugement prononcé sur ma pierre tombale d’une voix inoubliable. Je suis fatigué, usé, rompu par l’art de t’aimer aux flammes du monde retrouvé et mes tympans se brisent à ses anciens échos.
 
Tu as ranimé l’ardeur
 
 Tu as ranimé l’ardeur de ceux qui n’ont plus d’ans et ravivé la flamme des tendresses, car les vampires en ont. Tu as brisé toutes mes fureurs d’un seul coup d‘épée, galopant sur mon cœur, amazone nacrée. Il me faut dire merci. Pourquoi polir encore la cuve de granite ? J’y dormais dans l’oubli d’une paisible nuit et voilà que tu souffles sur mon âme d’airain et mes yeux d’albâtre. Je suis devenu par ta main ce golem de glaise qui se nourrit de sang et regrette l’amour de ceux que j’abandonne dans leurs tragiques anémies. Je me saoule d’eux-même mais à cause de toi, j’ai à présent la connaissance amère de ce que je leur dois. Je suis moi-même déchiqueté d’amour. Alicia, veille encore sur le feu éternel, ne laisse pas s’éteindre les braises qui me brûlent.
 
 
Les murs bas et suintant
 
 Les murs bas et suintant ont déchiré mon âme fauve des cris de leurs parjures. Moellons graves aux boucles de méfiance. Ci-gît mon cœur de pierre ensanglanté aux anneaux de soupçon réciproque. Loin d’ici, les mains graciles et douces des femmes humaines, comme des ailes d’argent, volent sur les chairs avides de leurs aimés. Arrondi des visages qui s’estompent et se creusent, si fragiles. Pesanteur molle des muscles affaissés. J’ai passé tant de nuits sur la couche brutale à caresser des corps absents, que je prie solitaire afin que reviennent les ombres,  aux recoins de la mémoire des temps. Ma douleur est douce et ma colère haineuse.
  Vient ma soif nécessaire, qui n’est qu’un exutoire de mon vœu. Alors chasse ta peur vacillante dans la pénombre et regarde moi vivre dans la lumière absente, ennemie délicieuse, en te cachant des mains le regard dérobé. Je n’ai plus mal, je revis, je m’abreuve à ce que tu sais. Luxe des médiocrités, quand je suis prince avoué ! Tu as souillé mon trône somnolant de ta traîne soyeuse, en balayant les infections du jour. Il n’y a pas d’hier, quand on a trop vécu. Chante, pâle insouciante, expire la gloire des caresses interdites, car je vis une vie qui n’est plus la mienne.  
 Paradoxe de l’ennui, qui te regarde t’accroupir dans le cimetière humain pour y jeter ton flot, avec le délice des attentes lassées. Combien d’épreuves encore m’attendent aux croisements lugubres, pourquoi me retiens-tu de ta main baguée d’un cercle mirifique ? Il n’y plus de place pour nous deux dans ce palais vidé. Les lianes entêtées croissent en volutes gourmandes sur ta poitrine nue que je n’ose toucher. Serais-tu morte aussi ?
 
La douleur
 
 La douleur se fait plus forte et tu oses me prêter allégeance ? Tremblez gens de peu, car je suis de retour… Je retourne à la beauté des soirs, ligotant mon chagrin de ne pouvoir t’aimer. Nous avons fait l’impossible. Nous étions si proche des certitudes héritées qui deviennent caduques au premier baiser ! Ma main ne saura plus frôler ta jambe dans son écrin de peau, ma langue entre mes dents ne cerclera plus ton oreille délicate et mon doigt ravageur n’aura plus de jouissance à fouiller tes cris comateux. Je te laisse béante et désolée, saccagée de bonheur, pour la première fois de ta vie dérisoire.  
 Ton œil est plus froid que le mien, qui se maquille pourtant aux nécessaires ruptures. J’aurais voulu te prendre une dernière fois dans le satin bleu et te fendre de plaisir, les cheveux déliés dans mes longues mains coupables, en te laissant étourdie jusqu’à la nausée d’un enchantement parfait. J’aurais hurlé de joie en agitant mes reins. Les stryges pleurent aussi, aux gargouilles immondes qui se jouent de notre malheur incommensurable.  
 Alicia… tu n’es qu’un oiseau immortel qui renaît de mes cendres, gardienne de mes enfers, sirène de déraison qui plonge au fond de mon âme lacérée. Rhabille-toi vite maintenant, car cette lampe aux huiles lourdes qui te dessine si bien sur la poussière des tentures voit si clair en mon être ! Je ne suis pas né pour ton bonheur.
 
Sous ses paupières tristes
 
 Sous ses paupières tristes qu'elle n'a pas coloré, gisent des humeurs contagieuses, des réponses désespérées. Dans une aura de flammes, je pratiquais pour elle le culte d'Astarté. Impassible, je soufflais sans y croire le brouillard de sa vue.
 
 
Même les anciens Dieux
 
  Même les anciens Dieux ont délaissé leur fils bien-aimé…  Au nom des familles nobles je leur rend leurs flambeaux, afin de les trahir. Ces petites choses disgracieuses que tu portes au cou, ce ne sont pas les marques de ma faim, qui sont d’une autre carnation ! Mon regard est de braise et ma bouche est pulpeuse, camouflages des couperoses obscènes qui marquent ma différence. Je tourne et me retourne dans les salles souterraines, brûlé vif par le poids de ta main sur mon col :  
- « Pardon mes Seigneurs de la nuit qui rampez sur la fange de vos ventres creusés, mais je suis content d’elle ! »
 Faudra t-il que je crie ton nom sur les terres labourées, où les corbeaux criards balayent de leurs ailes des germes en attente, pour que tu daignes me reconnaître ? Quelles tristes ambassades que ces noirs compagnons, quand je reste sur mon sarcophage, triste et miséreux. Alicia, Alicia… ci-gît mon testament, que je fais sans lumière, aux lueurs irisées de mon amour pour toi, preuve de ma défaite. Ne dresse pas la table car ces mets ne sont rien pour ta pauvre créature et relis les chroniques aux sombres hiéroglyphes ! Tu y verras tracées les marques abominées de ce qui me fait vivre et qui bat dans ton cœur, comme les autres.  
 Me laissera-tu rôder entre les ruines vers les églises clôturées, pour y chercher d’inutiles repentances, où bien préfères-tu veiller encore sagement sur mon sommeil, en m’abreuvant à mon réveil de ce gobelet d’or, rempli d’épais tourments ? Alicia, laisse venir l’orage: il lavera ma peine.
 
Abracadabra
 
 De mon triste manoir isolé dans les bois, le temps a percé les murailles où se mirent les vallons désertés aux feuillages murmurant. Mon avenir est devenu un trou béant que je remplis aux heures tardives de répulsion et de plaisirs mêlés. La pluie pesante et obstinée flagelle mon visage pâle creusé de fureur et de sang. Cisaillé par un rayon de lune, tout pailleté d'argent, je frissonne de froid en descendant au souterrain par l'escalier à vis de la catacombe. C'est la veillée suprême dans la salle glaciale, où dansent à la flamme dansante de mes cierges, les noirs menaçants et les pourpres glorieux. Dans un silence lugubre les torchères murales animent des visions dantesques qui se lovent aux vasques de granit.
 Emissaire du malin, je trempe ma plume dans le sang d'un pauvre chien errant quand se révèle à moi la science des ténèbres. En connaisseur, je goûte la douloureuse humiliation d'un déshonneur posthume... En échange de nudité lascive, mes griffes sur leurs seins lourds, je glisse pour leurs clientes aux magiciennes des rues quelques philtres d’amour qui feront, je le pense, de belles épouses heureuses.
 Abracadabra, toute chair viendra à vous !
Ad te omnis caro veniet !
 
L'espace d'un fantasme
 
 L'espace d'un fantasme, Alicia s'habillait dans le rose argenté. Je l'éloignais du mieux que je pouvais des psychodrames nauséeux, des frasques libertines qui condensaient mes nuits. Son ombre s'insinuait malgré moi pour mieux hanter mes rêves. Vaincu par son amour, je la laissais promener longuement le baume de sa langue sur mes plaies infectées.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

n°385
talbazar
solve et coagula
Posté le 04-01-2007 à 14:07:35  profilanswer
 


Ne pas pleurer
 
 Ne pas pleurer. Serrer ton souvenir entre mes dents atrophiées. Chasser les horreurs nuageuses qui brûlent aux gibets. Ce n’était pas ta faute de vouloir aimer une bête sacrée sur les tréteaux branlant de l’infortune. Sur quelles portes rongées s’ouvrent à présent les trous comblés de chaux vive, où gisent tout mes amis ? Ils n’ont pas eu la chance de te reconnaître, toi qui ne crains pas le plein soleil. Rouge dame qui déambule avec tant d’aisance dans ce parc aux charniers, tu ne peux me sauver de l’horreur de ce monde flagellé.  
 Tu rappelleras simplement mon nom aux enfants tourmentés, car j’ai changé si souvent de prison, au fond des catacombes, que leur plume se trompe en écrivant mon histoire cruelle. Sociétés présentables, je vous offre une autre version de mes heures enfuies à jamais. Je connais des délices et des terreurs profanes, des démons salutaires et des rites oubliés, mais par amour pour toi, Alicia, je veux bien les taire et les laisser à leurs aimables femmes, qui ne pourront jamais, comme toi, si bien me consoler. Lâche ce coquelicot et laisse le maintenant tournoyer sur ma détresse, qu’il fasse une tache rouge sur mon torse figé.  
 
Te rappelles-tu quand tu dansais
 
 Te rappelles-tu quand tu dansais pour moi des orbes audacieuses dans le bosquet cuivré des chandeliers éteints ? Tu virevoltais alors au milieu des statues brisées avec la grâce souple d’un félin. J’avais en ce temps-là le désir de perdre, aspirant pour toujours d’être délivré de la douleur de vivre. Tu tournais sur toi-même dans ton manteau docile, chaussée de sandales d’or et je regardais faire, la main crispée sur les poignées de bronze. Moi, le triste sire à la double couronne. Tu gravais au palais l’éclat de ta jeunesse en courses oublieuses, sautant dans la travée, en fascinant mon cœur transi dans sa cage immobile dans laquelle saccadait faiblement, pour te plaire, un vestige de vie.  
 Les pierres oblongues saluaient chacun de tes passages rapides, j’applaudissait de mes mains blanches, foudroyé de remords. Moi qui pensais  ne plus pouvoir aimer les choses de ce monde, j’approuvais ton ballet insensé, poussant mes cris de glace : oh ma reine rapide aux hanches déliées, tu brises d’un écart le triste châtiment. Reviens encore tourner sur les cuves en granite qui gisent sur le flanc. Puis, tu marqueras un arrêt solennel, en te penchant sur moi, pour apaiser mes craintes d’une haleine vitale. Mon Alicia, écarquille les yeux sur les grilles forgées qui murent à cause de moi les hommes endormis d’un mystérieux repos. Épuise-toi encore sur la musique douce et quand l’aube pointera, rejoins mes draps souillés.
 
Je fléchissais la nuque
 
 Je fléchissais la nuque vers les altières flèches de la cathédrale. Mes yeux globuleux épousaient les façades ornées de menaçantes gargouilles. Dans le décor oblique des cités anthracites engluées de routines, je fuyais la lumière et me savais essentiel à personne. Après avoir volé, je tombais dans la cour en friches de l'ancien cimetière aux tombes oubliées.
 Longeant les murets bas, je jouais les démiurges, endormant ma mémoire dans le mystère épais des frissons de l'automne. Animal ondulant, une ultime fois, avec becs et griffes, je m'apprêtais à fondre sur de pauvres victimes, en montrant grand les dents, toute colère bannie...
 
 
 
Nos luttes enamourées
 
 Nos luttes enamourées ont fait pâlir les aubes rouges. Je n’ai pas de pitié. Les ombres des remords ont des reflets de lune, coulant comme l’acide sur les ciels profanés. Qui m’appelle en ce jour que je ne peux rêver ? Est-ce toi, Alicia, ma beauté vénéneuse, ma brune serpentine qui hurle avec les loups des regrets chatoyants ? Laisse songer la bête dans son cercueil scellé. Ne pose plus ton corps de lézard sur la brique émiettée. J’aurais trop de remord à te savoir pleurer des odes injurieuses. Pose ma cape au clou, il est temps de quitter ce château délabré. Les vas et viens sublimes ne nous ont pas aidé. Tu restes femme humaine et je suis en danger.
 
Mes ténébreux démons
 
 Astarloth, Osiriat, mes ténébreux démons, calmez ce feu sublime qui brûle en ma poitrine et posez vos tridents aux piliers solitaires. Laissez partir ma douce aux parfums délicats. Osez me tenir tête ! Vous n’aurez pas mes pleurs, ils n’ont plus d’origine. Les sommeils harassés ont chahuté nos nuits. Je coule dans mes veines un sang coagulé qui tombe sur la place en gouttes opalines. Alicia les recueille dans sa main adorée et les boit sans faiblir. Ah ! L’immonde bouillon qui te fera déesse ou te laissera inerte sur la couche putride, comme ces vertes loques humaines qu’on laisse reposer, en les couvrant de belles fleurs fanées. Ou êtes-vous fantômes sans paupières ? Tenez en laisse vos tristes lévriers qui courent après leurs âmes, au milieu des sentiers perdus de mon parc si longtemps négligé.  
 Mange, respire, entend ces mots à peine prononcés entre mes dents fermées, pour mieux les oublier. Que peut bien encore t’inspirer ma dure déchéance ? Alicia mon revers dédoublé, aux sept portes closes que je n’ouvrirai plus. Dors encore aux frontières de ces bois torturés par la trace des hommes qui mâchent leur rancœur de me savoir vivant. Nous partirons un soir en couchant sur le livre sacré l’histoire de nos vies qui s’emmêlèrent aux éthers brûlants. Que jamais tu ne hantes un autre sortilège.
 
Alicia m'écoutait
 
 Alicia m'écoutait. Je lui disais gravement la vie harmonieuse et féconde d'avant le don obscur qui me rendit vampire, toute remplie du plaisir tranquille des douces dépendances, des genèses de séduction.... Elle buvait mes paroles de ses grands yeux charmeurs, la tête tombant sur le côté. Il bruinait doucement sur la lande immense et nous nous rapprochions, serrés l'un contre l'autre.
 Invariablement, venaient les tirades souffreteuses pour effacer le sourire des anges, réveillant l'humeur sombre. De ma voix grave et éraillée je chassais l'allégresse des lieux. J'avais besoin de lui dire la race terrible des vampires, lorsque les enfers vomissent leurs cohortes maudites sur mon caveau ouvert. Nous passions des nuits blanches, j'avais le feu aux joues, le souffle court... Je déployait en virtuose des phrases chargées d'une cruelle acidité, pour dire la distance, l'hostilité, le rejet, les émotions inhibées, l'angoisse et l'effroi des victimes malchanceuses. J'avais peur de peiner, elle cherchait ma main secourable pour lui masser la peau. Je la voyais partir au bord du collapsus, mes paroles devenaient des épanchements de pus. J'étais sans complaisance : les vampires ne savent qu' effrayer lorsqu'ils se racontent. Il y a des gens qui savent !
Sunt qui sciant !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

n°386
talbazar
solve et coagula
Posté le 07-01-2007 à 10:22:48  profilanswer
 


Il n’y aura pas de repos
 
 Il n’y aura pas de repos. Juste un engourdissement de mes artères bleuies. Et puis les volets clos sur mes laiteux iris garderont le secret. Quelle chance ont les siècles à venir, qui cacheront si bien l’ombre de qui je fus ! Éclatant lys, pourquoi m’avoir bercé aux illusions perdues ? Qu’il en soit fait ainsi… Ne mêle plus jamais tes pas aux miens, fille des turpitudes. Oh Alicia ! Merci d’être venue : Supra Hanc Memoriam. Dans la plaine rasée où j’ai longtemps marché, il se fait à présent un désastreux carnage.
Fit magna caedes.
 
Dans la crypte givrée
 
 Hier je suis descendu dans la crypte givrée y retrouver mes frères d’infamie. Vous mes princes damnés ne vous méprenez pas : il est de ces passions sacrées qui déchirent en éclats les rêves les plus fous. Oh mon spectre défunt ! Ton médaillon béni rouille à ma folie… Sous la voûte périlleuse, assise en haut des marches sans m’entendre gémir,  Alicia rêve nue. Je retiens ma fatale morsure, en la voyant pâlir dans le miroir redouté. La fin du monde… Quelle idée ! Brouillards lumineux, venez à ma rencontre, moi l’immortel, qu’elle sache en connaissance à quel démon se vouer, car le soleil m’assassine et le jour me dévore sans allumer ma vue. Ma chère Alicia, de t’aimer sans retour je prédis hardiment, en secouant les rats morts et puants qui me nourrissent en t’attendant. Je lèche ta peau nue aux parfums tyranniques, plissant mes yeux de chat  dans le contre-jour des heures innommables. Ne me repousse pas tout de suite, l’aube obligée est loin et les vipères dorment encore dans leurs queues enlacées. Des cantiques, si tu veux, pourvu que tu m’offres ton sexe et tes bras désirants.
 
Il y a des esprits muets
 
 Il y a des esprits muets au fond des cathédrales qui attendent leur tour, frissonnant dans l’air froid et sec, plissant leurs mufles gris aux vapeurs des encens volages en éteignant leurs feux. De craintives momies dans leurs fourreaux de lin chanteront mes louanges et la gloire éphémère de notre ivresse commune.  
Sic transit gloria Mundi…
 Je t’ai fait circuler devant tout ces défunts aux masques de cire qui m’ont nourri jadis et tu n’as pas broncher. Fille de la lune, Alicia chérie, laisse-moi dormir encore au creux de ton épaule secourable, serviteur fidèle, je prendrais grand soin de bien fermer mes lèvres sur mon amour déçu. La fin d’une énigme et une terrible épreuve. Vous, masques grimaçants de pouvoir, plaignez votre vampire ! Celle qui aimait tant le silence m’a nommé de mon nom pour en tracer l’amulette adorée que je porte à présent sur mon cœur de monstre, comme un trésor sacré. Gardes aux pieds coupés, squelettes démolis, venez aux crépuscule nous marier enfin sous le sceau officiel ! Vos filles ont jalousé la beauté d’Alicia de leurs traits désastreux et je les laisse danser notre bonheur aux fond des tourbières.
 
 
On  m’a signé du don obscur
 
 On m’a signé du don obscur, quelque part entre vie et mort. Vos nourritures répugnantes irritent mon palais délicat, le vin à la robe trompeuse n’a plus aucun goût. Je déambule sans but aux lumières étoilées de la nuit silencieuse. Fascinantes constellations où je me perd seul, depuis toujours. Parfois, je scelle votre sort d’un croc providentiel et certains disent merci. Vous étiez mon calice à la gorgée suprême. Mes mains endurcies, tenant la coupe offerte, se gardent bien de me trahir. Filets rougis glissant comme des cordes sur la douce colombe. Bel oiseau, sur le blanc de ta plume innocente à coulé le sang tiède ! Puis je quitte ma proie fragile, agenouillée et vide. Tapie non loin de là, je hoche ma tête douloureuse en reprenant l’ouvrage un instant délaissé, antiques oraisons reliées de peaux humaines.
  Tu n’as pu voir ces horreurs, Alicia, car tu n’étais pas née.
 
L’été est bleu dis-tu…
 
 L’été est bleu dis-tu… Quelle ironie ! Pourquoi se lamenter en illusions sournoises des attachements terrestres. Ce ne sont pour ma race aux dents longues que refuges pitoyables, prédictions de devins aux douloureux mirages. Belle endormie qui traverse si bien les apparences, garde l’esprit serein aux frontières du soir, car j’attend ta rencontre. Hommes de robe, ministres renfrognés, pourquoi la condamner ? Vos glauques certitudes ont tenaillé mon vice. Les embruns qui soulagent ont balayé la face d’Alicia, fiancée luxueuse couchée sur mon velours, enivrée des arômes de cuir. Esquisse un peu ta vie en porte-souvenir, ravive ma douleur, joue les mélodies rondes, toi la muse avertie …  
 Je suis tenté de croire tes mots doux pour lesquelles je fond, qui sont cris de plaisir. Nous ne profiterons jamais assez de notre amour brûlant. Viens aux cérémonies à lesquelles je t’invite au son des grosses cloches, le front rougis, les yeux fermés, raffiné et discret pour mieux te pacifier. Touche d’un ongle peint les murs aux bois précieux et laisse de côté le vernis de mon cœur, cassant comme du verre.
  Alicia me regarde sans répondre, paumes tendues au ciel.
 
Filiforme et nerveux
 
 Filiforme et nerveux, je rejoins dans ces endroits privés de lumière naturelle, les complices de ma mystérieuse confrérie. Ils s'en reviennent eux-même de la campagne crépusculaire, afin de franchir les grandes salles obscures pour célébrer à leur manière la défunte mariée.
 Un sourire carnassier se lit sur nos visages blêmes lorsque nous nous penchons sur le cadavre blanc de cette reine ensorcelante du royaume des morts. Se jouant du drame amoureux et tragique, nous murmurerons à ses oreilles pourrissantes des phrases incohérentes aux communs des mortels. A ce cœur arrêté, nous allons lui rappeler ses souvenirs enfouis, où s’entrechoquent à l’infini la ronde impitoyable des âmes esseulées.  
 D’une oeuvre percutante, nous lui dessinerons pour ses yeux éteints l’abandon et le crime et lui laisserons deviner dans le délire verbal tous les secrets  révélés de son amour trahi qui, en état de panique,  la laissa pour morte, terrassée pour finir par une crise ultime.
 
 
 
 
 
 
 
 

n°387
talbazar
solve et coagula
Posté le 08-01-2007 à 23:21:29  profilanswer
 

Tendre est la suture de mon désir.
 
 Tendre est la suture de mon désir. Belle est ta venue aux aurores apeurées… Rappelle toi ces mots tendus à ciel ouvert sur la nuit infinie. Les couleurs ont toutes disparues. Il ne reste plus rien dans le fond de tes yeux qui se perdent aux étoiles pour en extraire le suc. Les heures inefficaces courent à mon horloge en chahutant ma soif minérale, poing serré sur le lierre, je glisse à la terrasse isolée en maudissant ton rire. Ma peau a faim. Je ne te saurais jamais, diablesse à l’œil fumé. Cendres et charbons. Je cogne aux braseros de ma démarche aveugle et tu arques ton corps divin dans la soie chiffonnée. Il fait si froid dehors ! Vampire est ma nature que tu figes à l’instant dans la cour dépeuplée de ton sceptre de reine.  
 A quoi bon raconter cette vieille maison calme qui n’est qu’une prison que tu hantes d’une exquise inquiétude, Alicia, interprète grandiose de ma déraison. Je n’ai pas peur. Dans la cave à demi-effondrée s’en vont comme un frisson les bêtes périlleuses que je vais dévorer. Peuples des serpents noirs aux grandes gorges esclaves, je vous connais si bien, faites place à la belle dont je ne cesse d’être ébloui. Mais toi, tendre Alicia, prend garde à ne pas les fouler, ces longues bêtes lentes ont leur part de révolte et je dois les manger. Surtout tiens moi la main, ne cris pas pour si peu.
 
Dans la roseraie lugubre
 
 Trois fois déjà les chouettes ont hurlé sur mon coffre fermé. Dans la roseraie lugubre les douze coups de minuit cognent ma déchéance. Que m’as-tu fait revivre alors que je dormais tranquille au bras des velues araignées ? Après que je fus homme, celui qu’on disait beau, que les femmes adoraient et qui faisait la cour aux marquises éventées. Combien de jouvencelles du temps jadis ont veillé mon repos ! Désormais je gis pâle, les ongles comme des griffes et la peau distendue, les yeux cernés d’ivresse et les dents carnivores. Ah ! mystérieuse bête aux prunelles carmines qui ne te font plus peur. Pardonne à ton ami de bien vouloir t’aimer. Tu serais morte sinon, cadavre à-demi rongé dans les broussailles de ma faim sur lequel vrombiraient les mouches ironiques. Mais je t’ai épargné ! Oiseau des jours actuels qui me consume lentement, en refaisant ton fard dans mes yeux flamboyants !  
 Dans les glaces hivernales je glisse lentement, nommé dans les prières des pauvres paysans. Je passe sur ta joue mes serres élimés que tu retiens encore avec délicatesse, étudiant des caresses savantes sur mon échine lasse. Je suis d’un autre monde, je marche à quatre pattes, j’écorche les lapins et je me peint en noir. Dans la forêt déserte je repère ma proie et je beugle à la lune le beau nom d’Alicia.
 
Ma chère Alicia
 
 Ma chère Alicia marchait à pas comptés sur les chemins en clair-obscur de sa vie tourmentée. Je laissais s'échapper dans sa paume obligeante, goutte à goutte, le poison de mon sang qu'elle n'osait pas lécher.  Je sacrifiais à ses hésitations l’essence de ma vie qui coulait sur mes doigts comme une sève rance. Je ne pouvais, malgré elle, lui transmettre l’amertume de ce qui me donnait l'illusion de vivre. Lorsque enfin elle reboutonnait doucement ma chemise, je savais que je la délivrais d‘une tragique et irrémédiable exigence.
 
 
Tu m’épies, je le sais
 
 Tu m’épies, je le sais. Laisse moi donc me nourrir à tes frères convoqués ! Ma belle amie coiffée d’un chapeau large qui reste silencieuse. Laisse se déchaîner les cris et les furies, le chaos, la panique, j’ai l’aisance du peintre qui macule sa toile. Je quitte en t’oubliant le triste sanctuaire. Parvenu hors du parc je traverse la route, les lèvres en sang, le visage défiguré, à demi-inconscient. Le mur de la cour gardera pour un temps la marque du supplice. Ma tasse n’est jamais vide ! La pluie tombe en cascade sur les camélias roses que tu frôles sans voir. L’inconnu malheureux qui te mate du cil brille comme une cible. Nos haines et nos amours ne s’épousent-ils pas comme des poupées russes ? Douce complice, ne sois pas si nerveuse… Dans ton rêve éveillé presse encore et encore le cœur pourri de l’homme diminué et dessine avec lui les plus beaux paysages. Alicia. Incendiaire femme libre. Mais n’enfonce pas le clou. Notre histoire odieuse ne peut être finie.  
 Carpe Diem ? S’ils savaient !!!
 
Arrivant par le hall dallé de marbre vert
 
 Arrivant par le hall dallé de marbre vert, parée comme pour le bal, Alicia en extase relève les lourds rideaux de satin délavé. Qui crois tu inviter ? Je suis prince de sang ! Viens aux miroirs liquides que cerclent les bassins aux fontaines de pierre. Les valets silencieux sont morts depuis longtemps. Rentrons vite au palais, j’ai les jambes tremblantes…Tes pieds nus et légers chuchotent ton départ sur les dalles râpées. Dans le salon de rose et noir des peaux jonchent le sol, tu penches un peu la tête, couchée sur le divan où s’affaisse ta longue crinière.
  Dans les petites alcôves aux bibelots d’ivoire gisent de nombreux poignards et de faux talismans. Tu as masqué les glaces qui me verraient faillir. C’est bien. J’ai si peur de te perdre encore ! Tu dînes d’un fruit rouge qui coule sur la nappe. Frêle enfant, dans les serres où nichent les rosiers rares j’ai déjà eu ma récompense : dans un coffret de jade gît une clé gluante.
 
Natura non facit saltum
 
 Natura non facit saltum. Il n'y a pas de rupture entre ombre et lumière. On doit juste sauver sa peau en se cognant au malheur dans un bras de fer terrifiant avec les monstres des placards. Elans d'orgueil, aveux de désamours, dialogues de sourds, flagrant délit de médisance, infidélité compulsive, dans la violence du feu et du sang.  
 Je promenais ma folie décoiffée entre les touffes tapissantes des grands pieds d'ancolie, ignorant les impudiques sépultures où s’exposent dans les allées désertes de stupides angelots. A la branche torturée d’un grand chêne solide, au tronc saignant d’un petit cœur gravé, j’accrochais taciturne une corde tressée.
 
Cette chienne du monde
 
 Je caressais à rebrousse-poil cette chienne du monde, cette louve décharnée aux yeux morts qui me happait la main entre ses crocs usés. Elle me guidait les doigts aux gestes de défiance. Mais le prince de ce monde est déjà jugé !  
Princeps hujus mundi jam judicatus est !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


Message édité par talbazar le 08-01-2007 à 23:25:04
n°388
talbazar
solve et coagula
Posté le 10-01-2007 à 15:56:03  profilanswer
 


Homo ex animo et corpore constat
 
 Souvent, au milieu du brouillard où se perdent les gens, j’ai vu sur les étangs rôder la dame blanche. Les hêtres au-dessus d’elle crachaient leur feuilles mortes à la teinte d’or chaud. Elle a sur sa poitrine un fin tissu d’argent qui frôle son épaule en mince couche blême. Sur sa main est un gant tissé de fils noirs, elle écarte les doigts pour mieux m’apercevoir. Ah cruelle éphémère à la gorge nacrée où je pose mes dents ! Elle a dessus la nuque une marque d’enfant et son épaule fait comme l’aile d’un ange. Mais sur ses clavicules coulent des traces de sang. Je me rassasie d’elle et laisse s’écouler les gouttes de sa vie, pour ne pas l’oublier. De son précieux liquide, en longue traces fines,  je dessine sur sa peau un au-revoir tragique que les rives enchantées applaudissent en riant. Je vois sur la colline Alicia me rejoindre, qui envoûte mon corps et me déchire l’âme.  
Homo ex animo et corpore constat …
 
Magicienne damnée
 
 J’aurais voulu, pour te plaire, manger des mets humains que tu m‘aurais servi sur un plateau vermeil. J’aurai aimé présenter mon corps nu aux rayons du soleil. Tu m’aurais pris le bras, éclairée des lueurs de son incendie. Les oiseaux blancs qui traversent le ciel auraient battus leurs ailes. Je t’aurais fait l’amour sous l’aplomb d’un rocher. Il y aurait sur l’autel des fleurs en abondance, des rameaux d’olivier et des paniers de fruits. Oh Hécate au triple visage ! Magicienne damnée, écoute un peu ma peine de me savoir aimé. Je tend mes bras vers toi dans l’or du soir tombant. Tu ne m’as répondu que d’un Dies Irae… Oh filles incestueuses : j’ai plus de mille années ! Alicia, pose encore tes lèvres sur les miennes dans la pénombre retrouvée. Caresse le cou raide de ton grand dragon aux cornes menaçantes. Chauffe bien tes artères dans mon manteau safran, affolée d’amour. Les Dieux, finalement, ne sont pas plus heureux.  
 
Cruelle Saphone
 
 Cruelle Saphone, maudite Anshee, mes sœurs corrompues, retrouvez mes empreintes au fond du labyrinthe. Venez sur ma figure cracher votre poison. Amoureuses des chats, chahutez ma folie de vos grands sexes ouverts. J’ai dormi vingt secondes et je n’ai pas rêvé. Mes entrailles s’altèrent et s’appauvrissent, je poursuis dans les cloîtres la race de Caïn, pour lui faire rendre gorge et m’apaiser enfin. La douleur est mon salut. Exubérants brouillons qui menacez ma paix, lâchez donc votre fourche et vos balles de cuivre, vous ne pouvez m’atteindre que d’un pieu dans le cœur. Après tout, vous aussi, vous faites boire vos chiens ! Ah trop belle Saphone, agite ton sein lourd à l’heure des trépas, je ne suis pas malade mais j’ai simplement faim. Je jure de l’aimer, pas de vous épargner, mais cela coûte cher. Hoc magno constat… Le violon pleure encore dans la pièce où tu es,  à la troisième note, je gronde encore un peu et je tombe en poussière…
 
La foudre danse en farandole
 
 La foudre danse en farandole sur les inhumations si redoutées des hommes. Sans complaisance, j'emboîte le pas des survivants, en riant dans ma cape, moi l'immortel, des espoirs de pérennité qu'il voudraient se donner.
 
 
Alicia mon amour
 
 Alicia mon amour, fais glisser lentement ta robe évanescente sur le parquet ciré. Fais le. Ne prend pas garde aux merles imprudents qui se cognent aux vitres et tardent à mourir. Mes paumes sans chaleur ne peuvent triompher de leur lente agonie. Tes pleurs en cadeaux leur feront pour salut une escorte idéale. Laisse tomber l’oiseau et pose ton grimoire. Ton corps est un joyaux divin, cause de mes blessures, vers lequel je me tend. Les princesses des contes sont faites pour dormir ! Exquise sorcière, la foule enragée criera sur ton bûcher, si jamais elle arrive à connaître nos tristes aventures. La pomme de l’histoire, même pour un vampire, est un fruit délicieux …  
  Bande de voyageurs, passez votre chemin ! Il n’y a rien sous mes soupentes vermoulues pour soulager vos maux et dénouer vos liens. Alicia reste seule après m’avoir aimé, en remettant sa robe elle chante son couplet. Elle enterre l’oiseau sous un amas de sel en oubliant sa peine. Il reste dans ses yeux une transe sacrée : le sperme d’un pendu coule à flot dans son ventre.
 
Pendant que vous dormez
 
 Pendant que vous dormez de vos sommeils injustes, silhouette fluide, je vais, flanqué de mes molosses qui grimpent les talus. Je contourne songeur les étranges golems que font autour de moi les grandes statues de bronze, que j’ai décapité. Les ombres qui me suivent se pressent en sanglot longs, foulant d’un pas rapide les spores asséchés des mousses brunes qui grimpent aux balcons. Je suis le prédateur de vos derniers regrets, mais je n’en tire pas gloire, car je suis confronté à des gens difficiles. Vos résistances m’impressionnent. J’éteins de ma voix douce tous les malentendus et respecte les vieux. Je rature pour vous le livre aux prophéties de ma belle plume d’aigle, qui passe doucement sur ma face irritée. Dans le silence morne de mon vaste salon, j’écoute les bruits que font vos guerres séduisantes. Par les fenêtres en meneaux, aux heures de grandes décisions, j’entend ces aboiements qui montent de la terre, à l’heure du sacrifice et toute mes tensions s‘évanouissent. Appétissant serpent qui contourne vos ruines, le fleuve de votre sang coule jusqu’à la mer. J’aurais été heureux au sac de Babylone, car l’abomination régnait dans la cité.
 
Des rayons vénéneux
 
 Des rayons vénéneux éventrent les nuées d'un ciel tourmenté, s'échappent vers les murs et violent ma demeure. Dans la lumière glacée des haleines glacées s'élèvent de ma bouche qui mange des charognes. A l'entrée du village une meute affamée attend sagement mes ordres. Je suis meneur des loups qui rugiront bientôt sur les troupeaux tremblants. Près de l'auberge en ruine, le clocher de l'église pointe sur la pleine lune son doigt accusateur : déjà, la passante imprudente tombe sous mon emprise…
 
J'entraînais Alicia
 
 J'entraînais Alicia dans le chaos mondain où régnaient de sourdes violences. Dans le carcan des conventions, je taisais mes griefs, de peur de la froisser, témoignant pour les autres, en réaction de défense, des avarices d'affection.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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n°389
talbazar
solve et coagula
Posté le 11-01-2007 à 10:12:54  profilanswer
 


J’ai sur un cheval noir patiemment galopé
 
 J’ai sur un cheval noir patiemment galopé et ma cape s’envolait aux flammes de l’enfer. Remis de mes fatigues, j’entre dans ma demeure, une main sur le nez. Les lourdes portes s’ouvrent sur la crasse des lieux. Encore de larges escaliers antiques aux rampes équarris car je vis dans les murs d‘un château délabré. Les fenêtres claquent au vent sur les tourelles branlantes. Deux heures encore, avant que je ne glisse dans ma caisse grinçante. Sous les grands lustres de fer à la rouille pendante, la main crispée sur la rambarde, je pousse le battant. Entend-tu le bruit de mes pas mesurés, montant les marches ? Ta belle tête ovale couchée sur ton oreiller blanc, tu es si pâle !  
 La pluie coule sur la vitre, éteignant les lueurs de la ville affligée. Respire pour moi, j’ai besoin de ton air et j’ai le poids des ans sur mes sinistres épaules ! J’étouffe en la demeure, redonne moi la vie… Attend, j’entend les loups hurler dans le tonnerre grondant. Il faut partir : agrippe tes douces mains à mes épaules, tu voleras avec moi dans les cieux courroucés. Si jamais je te mord, tu te nourriras d’eux !
 
Le glas vient de sonner trois fois
 
  Le glas vient de sonner trois fois au clocher du beffroi. Les foules renouvelées s’agitent en frôlements des êtres encore vivants. Il y a tant de peines en ce monde avachi, Alicia ! J’ai vu dans mes présages nocturnes les épaves disloquées de ceux qui vont au loin sur le grand océan et vos pierres tombales dressées dans les fougères. Le temps est mon allié. Beaucoup voudraient sûrement me détruire à jamais, d’une croix enflammée sur mon cercueil de plomb. Même les puissances des ténèbres se liguent contre moi. Elles jettent l’anathème d’un cachet de cire rouge sur de vieux parchemins et rôdent en m’attendant au pied des porches gris jetés de moisissures. Je suis seul à les voir, de mes yeux de rubis. Aux étais du tombeau branlant, j’entend au clair de lune le cri profond des loups. Leurs meutes affolées courent dans la campagne et je suis à leur tête !  
 Les chevaux terrifiés se cabrent à ma vue, quand je surgis des brumes mystérieuses. Suceur de sang, je ne bois pas de vin et mange dans ma chambre de bruns cafards juteux. Voilà l’heure. Je sens ton pouls tranquille et te laisse dormir au fond du grand lit blanc. De sourds battements d’ailes tapent sur les barreaux, voici les cris aigus des chauves-souris soyeuses : ce sont bêtes fragiles… Alerte, je rampe aux façades et passe par les toits, pour m’introduire chez vous. Je me déguise en loup et fond sur la servante, en la laissant gisant par terre dans le jardin, au milieu des feuilles éparpillées. Deux marques sur son cou font d’affreuses blessures.  
« Mort où est ton aiguillon ?», je l’ai lu dans la Bible.  
 Soyez prêt à me recevoir, je ne suis pas de celui que l’on congédie.
 
Portae inferi
 
 Aux portes de l'enfer, portae inferi, je gisais sur le flanc, une pierre entre les côtes. Un cœur de pierre qui s'évitait d'être déçu à l'heure de demain. Moi, le chantre troublant de la sensualité, ayant sans trêve parcouru d'autres vies pour mieux me satisfaire d'autres rêves, je basculais dans l'inconscience, paralysé sous les pièges tendus d'un sourire de nacre.
 
 
 
Lettre d’Alicia
 
 Tu pars au crépuscule en longeant les ruelles et les bas caniveaux pour chercher ta pitance. Je devrais te haïr de mordre les pauvres gens. Je sais que je devrais te plonger ma dague dans le cœur. Au lieu de çà je fond sous tes baisers brûlants ! Je vois par l’œil de bœuf s’éloigner mon amant, quatre grands chevaux fous tirent son carrosse luisant. Les corneilles indignées chantent comme des crécelles, dans les miasmes du soir qui traînent en vapeurs.  Elles savent mieux que moi-même où tu peux bien te rendre…  
 Il règne dans ces bois l’odeur épouvantable des triste trépassés. Tu y pousses à présent ton cruel brame rauque, vainqueur de la mort. Une pluie de sang coule sur ta poitrine, glissant contre tes jambes vers un terreau fécond. J’ai fermé derrière toi les lourds battants de cette demeure. Lovée sur notre couche, l’âme transie, je te laisse partir aux odieux sacrilèges, en serrant dans mes doigts les grains ronds et jolis d’un chapelet d’argent. Loin de toi je m’enivre aux souvenirs aimables de nos furieux ébats.  
 Ton œil mêlé aux miens sont des pierres qui font l’or. Tu m’aimes à la folie, je l’ai lu dans tes yeux de bête condamnable. Tu rentreras très tard et tu tairas pour moi tes brutales transfusions, bottant dans notre cave des crânes humains blanchis venus d’autres repas. Laisse ici l’audace des mensonges, je t’ai prêté serment ! Je ne suis pas jalouse de me voir délaissée. Ma rivale s’est soumise, l’aorte perforée.  
Mon ami Vampire. J’attend.
 
Alicia.
 
 
 
 

 
 
 

n°390
talbazar
solve et coagula
Posté le 17-01-2007 à 15:18:17  profilanswer
 


Les vertes prairies
 
 Dis-moi encore les vertes prairies et les torrents boueux, les cris des enfants sages au soleil chaleureux. Calme mon désarroi, tu m’as hypnotisé. Deviens ma messagère. Moi la bête féroce je ne peux que t’offrir des aubes sanguinolentes et des astres de feu. Nos craintes gisent en tas, devant le feu de l’âtre, près des flacons brisés. L’amour est aux ténèbres, sous les lanternes falotes où je passe sans bruit. Ta main câline m’enchante et m’extirpe le cœur, à moi la répugnante créature de la nuit. Fais toi une beauté et ne mange pas d’ail, j’en aurais la nausée !
 
Ce soir, je ne vois rien.
 
 Ce soir, je ne vois rien. J’entend juste bruire les aiguilles du grand pin. A son sommet pourtant l’ongle blanc de la lune pointe comme un reproche. Tu passes devant moi en ignorant ma place, je ne te tuerai pas : cela vaut mieux pour toi ! Vampire rassasié, le ventre bien rempli d’une vie moins chanceuse, je te laisse partir rejoindre ta fiancée. Va ! Connais les tourments de l’amour, prétentieux imprudent qui coure dans la futaie absorbée par la nuit et les oiseaux de proie. Sera-t-elle blonde ou brune, aura-t-elle un pendant ? Posera-t-elle à sa nuque les fruits d’ambre d’un collier ? Son parfum placera-t-il sur sa peau l’essence des muguets ?
  Je t‘envie, homme étourdi qui rôde dans mes vignes à la tombée du soir. Presse-toi, ne prend pas garde aux facéties railleuses des chouettes méprisantes. Ta jeune cavalière ne connais pas sa chance ! Vous allez vous aimer et faire des enfants, vous aurez dans vos bouches pleins de cris délirants. Aime la bien surtout, tu l’as bien mérité… Que jamais elle n’apprenne ce que moi j’ai manqué. La vie sera moins belle quand tu seras de retour, tout dégoulinant d’elle, charmé de ses atours. J’aurais alors moins d’indulgence. Il faut bien que je me nourrisse et Alicia m‘attend.
 
Frigida hiems
 
 Tu restes silencieuse après m’avoir aimé. La lampe en contre-jour dessine à l’angle de ton nez un clair-obscur discret. Il règne sur notre couche l’emprise d’un hiver froid. Frigida hiems. Je vois se dessiner dans la pénombre la trace de ton sein. Ah le précieux bijou ! Il y eut dans ce lit, tu ne peux le nier, de grandes chevauchées… Devrais-je me tirer dans la poitrine, avec mon pistolet, cette balle d’argent, ou sortir au perron sous les rayons du soleil calcinant qui sont façons, pour nos gens, de mourir à coup sûr ? Plus tu serreras fort ce corps endolorie, moins je pourrais le faire…  
 Retiens encore un peu le couteau d’embaumeur. Tu masqueras ma tête au crochet du boucher - il faut sauver les apparences ! - Ils auront là un fameux trophée !!! Aussi tu mettras ma momie dans un cercueil de pierre. Tu placeras ma tête dans un coffret d‘ébène, pour me parler souvent des heures que tu vis : « Toi qui mangeait les chairs endormies, m’entend-tu ? » C’est moi, Alicia, qui cogne au guéridon et courbe son chagrin au plafond de ta chambre, pour placer devant toi les trésors du passé.  
 Hélas, si tu te contentes de m’aimer, je vivrais pour toujours et c’est moi qui y irai, pour les temps infinis, caresser doucement ton urne de basalte.
 
Il n’y a pas de coïncidences.
 
 Il n’y a pas de coïncidences. Je t’ai appelé aux portes dérobées : tu es venu, c’est tout. Il y aurait-il des amours heureux ? Belle Médée, antique enchanteresse, fait donc moi boire ton philtre, que je devienne un homme, l’espace d’un seul été. Que je sorte Alicia aux fourneaux de juillet.  Fais plaisir aux sirènes qui ont jambes coupées et qui voudraient courir dans les prés de callunes, en oubliant leurs terrifiants abysses. Eteint de tes potions les cris des suppliciés, qu’ils voient se raffermir leurs os pulvérisés ! Efface dans la lumière les monstruosités…  
 Etre ce que je suis n’est pas une sinécure ! J’entend l’appel des eaux calmes qui sur les terres avides leur offrent des roseaux. Les cieux chargés de leurs pluies froides sont tombés dans le lac et s’étalent maintenant en condamnant le jour. Tu ne m’a pas entendu. Je reste assis devant cette étendue où mon esprit se lasse de mes vaines attentes. Je vois traîner les heures qui nous rongent, en chantant des poèmes chargés d’insanités. Les nénuphars obscènes ont des couleurs charmantes et je vais les noyer, ils ont dans leurs racines d’autres espoirs de vie.  
 Que crois-tu que je fasse, quand tu t’endors sans moi ? Je prie Médée la garce, les bougies allumées et je prononce ton nom, encore et encore… Regarde un peu : le lac et ses eaux grises n’ont plus aucunes rides.
 
Le jour s’achève
 
 Voilà, le jour s’achève au gré de la pendule. Je lace mon manteau pour aller à la noce. Je vais rougir mes mains dans vos fourrures et déchirer d‘un coup vos si riches pelisses. Fine fleur aux cheveux nattés qui danse avec les boucs, tu fermes les persiennes ? Compte tenu de ma naissance, ce ne sont pas des épousailles que je vais retrouver, je vais coller mes lèvres au cou de la mariée et sa rosée bénie coulera dans ma bouche altérée. Comment peux-tu l’ignorer ? J’assouvirai mon corps, mais c’est mon âme que tu tortures, dans ton chaudron bouillant. Je me transforme en lièvre et bondit dans les branches.
 
Les jasmins
 
 Les jasmins que tu aimes tant giclent en vomissures sur la façade austère de la grande bâtisse. Les plantes ont des patiences que les vampires n’ont pas. Je baille de toute ma gueule et mes dents claquent au vent, l‘estomac révolté. Ma table n’est jamais somptueuse. Met un bâillon au diable, douce aimée, gracieuse sylphide que je regarde en noir et blanc, prolonge l’oraison des non-dits, car je siège au milieu des ordures. Derrière tes bienheureux lambeaux, la brume s’est éclaircie.  
 La couleur d’Alicia est le bleu des nuées qui passent sur la grève en frémissant d’ardeur. Moi j’ai celle de la cloche du couvent déserté qui bat dans le ciel noir, sous les coups violents du zéphyr. Oui, j’ai fait fuir les nonnes de la basilique ! Pour dire la vérité, je serais bien fâché d’y mordre encore : je préfère de beaucoup les filles de valets, qui ont la hanche ronde et les yeux polissons.

n°391
talbazar
solve et coagula
Posté le 19-01-2007 à 10:21:49  profilanswer
 


Je ne me rappelle pas du temps de ma naissance
 
 Je ne me rappelle pas du temps de ma naissance. Non pas celui qui m’a donné des chairs, mais de ces heures sans age où je reçu d’un autre le don obscur. Combien d’heures interminables, depuis ce jour, sont tombées mollement au fond de la clepsydre ?  Chaque minute que votre dieu façonne, j’y remplace l’eau douce du bassin par des pleurs inutiles. J’ai vu le dur burin des marbriers tracer sur la pierre blanche la liste en lettres creuses de vos morts à la guerre et des héros perdus. Je suis resté debout devant ces monuments, en consolant la veuve pliée de désespoir. Elles ont souvent voulu, dans leurs longues robes noires, recevoir mon hommage, pour aller le rejoindre enfin… Il y eut des batailles féroces aux cols enneigés, des troupeaux décimés, des pestes abominables et des famines horribles.  
 Croyez-en mon bilan, je ne suis pas la pire de vos calamités. On a violé vos filles et brûlé vos icônes : les rois qui te commandent sont tous des sujets de satan. Ah ! les tristes vassaux aux meurtres collectifs qui remettent leur couronne à leur rouge suzerain, aux cornes en spirale, à la barbe moqueuse, qui ricane en silence et lâche sur les trônes sa poignée de billets. De quels étranges pactes se paye votre paix ! Pendant ce temps, dans leur coin, les maîtres en histoire dissèquent les cadavres.  
 Mouche à l’œil rouge, aux longues pattes grêles, nous nous retrouverons demain aux antichambres de leurs tribunaux ! Ce n’est pas toi, comme l’on dit, l’envoyée du diable. Je te vis larve informe sur la viande avariée, corpuscule cheminant à l’intérieur des corps, mais à présent, aux murs des natures-mortes, tu voles comme un ange, vibrant ta paire d’ailes à la fin des journées.
 
Le doux corps d’Alicia
 
 Le doux corps d’Alicia est un rempart charmant, j’y campe aux murailles sous les pierres apparentes, quand luit sur elles l’immense voie lactée. Elle a aussi, mais je ne peux le dire, quelque-part dans ses plis un fabuleux tatouage qui lui fait un singulier fanion. Ma propre peau est jaune et glacée comme celle, écailleuse, des vipères crevées. Ma gorge sèche, au fond de son palais, braille et réclame son poisseux liquide. Viens contre moi diffuser ta chaleur, caresses-moi sans fin de ta chair frissonnante. Je n’aurais à t’offrir en retour que des mares aux crapauds et des yeux de hiboux, des orties urticantes et des fleurs épineuses. Je suis le somnambule honnis qui fuit les crucifix. J’ai froid.
  Parles moi encore et ne t’arrêtes pas, les mots que tu susurres gentiment sont ma juste vengeance et mon baume suprême. J’ai vu souvent scintiller dans les perles irisées de tes prunelles toute l’étendue de ce que j’ai perdu et qui ne cessera jamais plus de me manquer. Certaines blessures ouvertes, charriant leurs humeurs comme des bouches torves et muettes, ne peuvent pas crier. Je me réchauffe peu à peu. Tu peux à nouveau sourire, je t’ai percé la lèvre du poinçon de ma dent.
 
l'horreur obligée de mes crimes
 
 J'arpentais les chemins intérieurs de ma hargne, tout couturé de maléfices. J'abominais la tragédie de ma vie de vampire en prenant d'Alicia le meilleur de mes nuits. Je compensais d'un amour absolu l'horreur obligée de mes crimes que je lui avouai en caressant sa main aux ongles de grenat.
 
 
Grave vulnus
 
 Il y aura un grand fracas. Ils cogneront aux portes en hurlant des injures : Mademoiselle Alicia, Mademoiselle Alicia, vous allez bien ? Si jamais ils m’attrapent ils limeront mes dents jaunies comme on fait aux chevaux, pour leur faire du bien. Ils me fouetteront jusqu’au sang aux barreaux de la geôle. Ce ne sera que justice…Si jamais ils me prennent ils me passeront au col un grand nœud coulissant, pour que je danse au vent la gigue des pendus. S’ils me prennent il me rendront sur la figure tous les crachats que je leur fit. Ils traceront en vain sur ma chair sanglante les sillons ciselés de vilaines et graves meurtrissures. Grave vulnus. Ils essaieront de me brûler. S’ils s’emparent de moi, je n’aurais plus l’espoir de t’aimer, ce qui sera la pire des tortures. Ils comprendront enfin comment me supprimer et tu les suivras discrètement au cul-de-basse fosse. Mon âme transie de solitude se réchauffera un peu aux derniers feux de ton regard. Puis tu leur parleras :  
- « Messieurs, ayez pitié de lui, maintenant, achever le ! »
 
J’ai suspendu mes pas
 
 J’ai suspendu mes pas entre les chambres vides et les couloirs sinueux. Il faut s’obliger, se déterminer. Dans le tourbillon cadencé des heures tournantes, il n’y a pas d’autre choix. De quoi rêvions nous, Alicia, aux antipodes des heures bleues ? Après la lutte oublieuse des corps bruts, il y eut des chuintements feutrés, quand tu quittas le lit. Attentif, je t’ai entendu te débarrasser de ton eau. Doucement. Cascade intime, symphonie nocturne aux notes pétillantes : indéniables preuves de vie. Dès qu’il le peut, le corps suinte : sueur que l’on sent, larmes salées que l’on redoute, sang bien-aimé que l’on gaspille, urine que l’on jette, sperme que l’on gicle, cyprine que l’on percole, pus que l’on craint. Tu ne te rhabilles pas pour venir me rejoindre. Nous nous sommes joué tant d’opéras imaginaires !  
 Touche, embrasse, réveille ma peau, flatte mon sexe dans le jeu des caresses réciproques, afin qu’une fois de plus, notre bonheur douteux s’enferme dans la chambrée. Il faut jouer ce rôle, toi qui te donnes toujours sans te livrer jamais. Pour que le corps exulte dans l’ivresse des retrouvailles. Tu me parles de la cruauté des hommes, à moi ! Les monotones litanies se font plus violentes au rythme des saisons et dans le jeu des miroirs tronqués, il n’y aura pas de refuge. La main amie se donne des buts, ignorant le jeu de massacre des ingénues et des femmes fatales, des ennemies intimes, des fées étourdies qui laissent du rouge à lèvre sur nos cols et se penchent sur des berceaux vides. Ah ! Douce charité : tu manges dans la paume du limogé de la vie…
 
Frères vampires
 
 Frères vampires, fils des dieux maudits, compagnons des chats noirs, voyez tourner comme une folle la roue de la fortune qui grince sur son axe en menaçant de rompre. Nous que le don obscur oblige au trépas des justes, nous sommes liés par le sang et ne dormons jamais : eux le feront pour toujours !
 La porte du cimetière que l'on ouvre d'un coup en crissant sa ferraille nous arrache en passant quelques lambeaux de peau. Sans tarder, nous formons le grand cercle, car j'entend une fois de plus sonner le glas funèbre qui chante nos louanges, alors que l'accompagne de sa voix chevrotante le chœur déchirant des sœurs de la nuit.
 
 
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n°392
talbazar
solve et coagula
Posté le 20-01-2007 à 10:08:49  profilanswer
 


Je suis une légende urbaine
 
 Je suis une légende urbaine. J’ai longtemps marché dans les cités de Dieu, chassant dans la forteresse vide les visions qui me hantent, au milieu des ruées qui s’efforcent de mourir de vieillesse. J’ai croisé d’étranges destins,  dans mes courses folles aux lisières des banlieues, couchant parfois entre les draps de l’herbe chagrine qui pousse discrètement dans ces pays faussement paisibles. J’ai regardé de près s’opérer d’étonnantes autopsies, appréciant en connaisseur les pincements au cœur, les bleus à l’âme, la douleur et la mélancolie. J’en porte encore des témoignages visionnaires. Un vampire n’en cache jamais un autre et je vous sais démunis de connaissance. Emboîtez moi le pas dans mes fugues audacieuses. De ma morsure mortelle je vous offrirai bientôt l’éternité moins un jour.
 
Ce fut reine fabuleuse
 
 Ce fut reine fabuleuse, en mon rouge royaume. Elle avait sur sa tête la tiare des déesses et dans sa main ourlée de satin pailleté, le bâton des victoires. Elle avait plusieurs noms, je gardais celui d’Alicia. Devant elle, justice aux yeux bandés détournait son regard. Mais bien sûr, vous n’avez pu la connaître, vous dormiez. Elle dansait d’envoûtants pas de deux sur le gouffre aux chimères, mignonne ballerine aux cuisses fuselées de soie rose, chacun de ses mouvements traçait pour mon plaisir de lentes gestations.  
 Elle mit un jour ses doigts sur les miens; vas-y, pianote un peu, joue-moi ton requiem ! Les grandes orgues ont fusé sous la voûte de pierre…Je m’abreuvais au corail de ses lèvres si divinement ourlées, sur ce feutre délicat je dévorais ses secrets de femme, avoués ou cachés. Elle me laissais la faculté rare de juger à mon aise des générosités qui se calculent, femme exigeante, écorchée vive, qui recevait mes aveux doux comme une tape sur ses joues. J’allais curieux dans son grenier intime m’étourdir aux contes séduisants.  
 Je prenais racine sur des terres fantasmatiques, garçon de l’orage, époussetant la mort dans ses vieilles dentelles, je buvais à sa bouche, poison contre poison : elle était mon seul luxe… Elle m’avait posé sur les gencives un mors délicieux. Elle m’entraînait, moi, le vampire faussement courroucé, dans le dédale reposant des insomnies passives où je perdais conscience de ma condition. Jour après jour, tranquillement, je glissais à ma ruine aux détours tortueux de mon vilain manoir. La jouissance est lente, grandir est douloureux. J’éteignais les coups-bas, les répliques cinglantes, je limitais les dégâts. Seigneur ténébreux de sombre dynastie, j’étais sa proie soumise.  
 Quand à elle, elle était pitoyable, parce que je l’aimais.
 
Quand la lune délaye ses gisements d'argent
 
 Quand la lune délaye ses gisements d'argent sur les façades grises, les carrioles déboulent à mes fêtes nocturnes. Au milieu des élégantes voluptueuses habillées d'animaux dépecés, Alicia fait danser ses hanches dans la découpe des vitraux où se colore la trace des êtres invisibles.
 En sourdine, ma bouche aux commissures lubriques se met alors à bruire d'émotions murmurées. Dehors, les brumes envahissantes qui montent de la terre lèchent à grandes lampées les places endormies, identiques à l'encens qui s'évapore au feu. Quasi ignis effulgens et thus ardens in igné...
 
Nec in lunam incolant
 
 Il y eut de vertes lueurs dans mon cœur congelé. Des tempêtes de feu qui lèchent froidement de mauvais matins. Des flammes sur la glace qui se tordent de douleur. Pourtant la colère est un sentiment d’homme et je ne suis pas humain. Crois-tu toujours que les vampires habitent la lune, avec les âmes trépassées ? Nec in lunam incolant. Nous demeurons au fond des cimetières, avec vous autres, parfois en bonne compagnie. Il y aura certains jours des temps heureux, que j’abandonne aux vrais hommes. Dans les veines des vampires, coulent de purulents venins.
 
Les soleils couchants
 
 Les soleils couchants sont des leurres qui t’attendent au tournant. Dans le mutisme complet des âmes errantes qui menèrent une vie de chien, s’éteignent à nos seuils les voix du passé. Les vestiges de l’amour, la part de l’autre, s’effilochent aux circonstances de la vie, finissent dans le ruisseau, jalonnent de vastes zones de souffrance où s’abandonnent des gaietés nullissimes. Je repose aujourd’hui dans un état végétatif, bouche mordue, fermant mes crocs d’ivoire sur mon linceul opaque, croquant comme les sucreries de doucereuses rêveries. Près de moi passent en murmurant les orphelins qui s’évadent joyeux aux portes d‘espérance. Etrange désastre, houleuse volupté de la dernière victime que fit l’accusé d’amour.
 
Les grandes prostituées
 
 Par ruse nécessaire, j'invitais à mon bal les grandes prostituées, leur ventre bouillonnant et affamé n'était rien d'autre qu'un grand livre écorné et meurtris par les mains attentives de leurs tristes amants. Pour mieux séduire, elles s'habillaient des brillantes apparences de la joyeuseté. Les sentiments absents, elles savouraient  lentement leurs pulsions dérisoires et dévorantes, abandonnant leurs corps parfaits et fatigués aux lendemains d'ivresse.
 Le cœur trompé qui osait les aimer se consumait en vain dans une chambre noire aux fenêtre fermées. Fidèles qu'à elles-même, à ce désir de chair qui mange leur passé en condamnant l'avenir à des matins de vaine solitude, elles n'épousaient que le silence implacable de leurs angoisses, en se voyant par lui, pour une fois, démunies de caresses. Elles n'estimaient jamais à tant le prix de leur appétit insatiable de fascination, s'activant, par désespoir d'aimer, aux plaisirs fugaces et aux amours vénaux. Elles chassaient en riant les obsessions frigides pour mieux se moquer entre elles de la fragilité des hommes.
 Elles étaient des vampires surchargés de dentelles, pour lesquelles je glissais dans leurs sexes complaisant d’amères voluptés. Au cœur des jouissances la crainte de vieillir leur déchirait la gorge d’un atroce hurlement. Sans faire le moindre bruit, je quittais au matin ces cœurs solitaires que j’aimais à combler. Elles oubliaient que j’étais un vampire qu’on ne pouvait duper. Après moi, de fausses libertés patientaient sagement dans un coin de la pièce pour refaire le lit.
 Enfin, sans mot dire, de la pointe de ma botte ironique, je poussais mon désir étranglé qui gisait sur le sol, les lèvres bien fermées sur une langue bleue.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


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n°393
talbazar
solve et coagula
Posté le 21-01-2007 à 10:31:31  profilanswer
 

Autour de l’an quinze-cent
 
 Autour de l’an quinze-cent on tira un singulier cortège que je suivis de loin, sans me faire remarquer. Il y avait en effet au bois de Pattes-en-L’air une fameuse sorcière qu’on venait de brûler. Oh ! Le beau corbillard qui faisait des écarts quand les gens se signaient !!! Sorcière mais belle-dame au temps de sa jeunesse, je l’ai un peu aimée… Elle est morte acariâtre et vilainement battue. Ces vieilles années-là, on voyait des émeutes de faim qui parcouraient les rues : il fallait bien se trouver des coupables ! Sorcière de Pattes-en-L’air avait pourtant bien des talents : elle jouait de la flûte sans aucun instrument et ce, divinement.  
 Bien sûr, il y eut quelques sorts, quelques envoûtements, mais c‘était sur commande ! Autant dire qu’elle faisait sans compter beaucoup de bien aux gens. D’ailleurs, de sa pitié, elle nourrissait de pauvres chats errants, celle à la dent féroce qui déliait les amants ! On l’a mise sur la paille, torturée, assommée plus qu’il n’en fallut. On l’obligea à boire plus de quarante seaux… J’avais pitié pour elle, victime de pauvres sots. Heureusement, elle eut avant de périr quelques malédictions : voulez-vous que je vous les récite ? Je les connais par cœur.
 
Je t’ai laissé absente
 
 Je t’ai laissé absente sur le grand baldaquin, mais fuir ne résout rien, tu me l’as dit toi-même. En un bel abandon, tu dors au milieu de cet immense lit, un suçon sur le cou. Respirant ton odeur, je pose à ta pudeur un voile d’organza qui s’enroule dans tes formes et te fait des baisers. Dans le ciel de lit, là-haut, tissant des toiles délicates, les araignées malines déploient leurs pattes fines, attentives à leurs proies minuscules. Les miennes sont d’une autre envergure ! D’ailleurs, tu ne dors que d’un œil. Chienneries des passions qui nous laissent sans l’autre, solitaires et tremblants… L’esprit ne meure jamais et l’âme est immortelle.  
 Je t’ai connu, avant : nous nous aimons depuis mille ans.
 
Plus blanche qu'un flocon
 
 Alicia... Alicia... Alicia... Plus blanche qu'un flocon, embrasse encore ton mal-aimant... Je garde les yeux secs sur mon histoire ratée. J'estompe tant bien que mal les commissures de mes lèvres avides. J'incarne le péché et je brise les couples dans la danse macabre, jouissant auprès des miens de bonne renommée.
 Tu souffres de mes frasques et m'adjures d'aller au repère des sorcières déposer sur leur table bancale les tourments de l'envieux :
-"Je vais vous supplier, vieilles rusées, pénétrez ma chair de votre crainte, je redoute vos jugements !"
Confige timore tuo carnis meas, a monda tis tuis timui !
 
Le nœud coulant
 
 Je vivais l’amour trouble de ma tendre souveraine en refusant de comprendre que j’avais à mon cou passé le nœud coulant. Dans la limpidité de ses yeux passaient d’étranges rêveries qui me prenaient pour cible. A charge de revanche, je passais à sa gorge, en claquant des mâchoires, un beau médaillon d’or.
 
 
Des larmes de vermeil
 
 Alicia s’enivrait aux choses réussies. Elle s’aimait mal, moi qui l’aimais tant ! Elle avait tant de compétences, dans cette époque avide aux continus tapages. Elle se perdait souvent sur l’autel des pierres sacrées, pour disposer son rite aux génies des forêts. Je la voyais alors se rendre aux bois cachés consoler les fantômes qui sont morts sans prier leurs hautes Déités. Elle dénouait d’un doigt distrait les fils d’avenir et peignait mon portrait sur son grand chevalet.
  Elle parlait sans façon à la Déesse-Mère et charmait les Gorgones, les sœurs monstrueuses. Elle tutoyait souvent les êtres de Lumière et connaissait par cœur le jour des éclipses. Elle était l’athanor de l’homme sans âge et venait au matin pourchasser les succubes qui osaient m’entourer. Elle était parfois bonne, mais j’étais si mauvais ! Je voyais dans ses yeux des cristaux purifiés : j’en pleurais sur mes joues des larmes de vermeil. Elle me forçait à vivre et je lui rendais peu.
 
J’ai vu dans les vieux chênes
 
 J’ai vu dans les vieux chênes, en passant dans les parcs, des yeux exorbités et des orbites ouvertes, des écorces nouées, écorchées et vivantes. De chaudes fièvres montaient dans la sève écœurante des branches courbatues. Sur la route déserte rôdaient de tristes résonances. Dans leurs membres froissés tout tordus de furoncles, les arbres chuchotant méditaient à voix basse d’haineuses manigances. Moi, j’avais dans ma cape la clef de l’Atlantide et j’allais fossoyer au fond de vos jardins où je lâchais mes chiens. Tapi bien à l’abri, contre les grottes humides de vos léproseries, je vous espionnais rire sur les taillis vaincus. C’est là qu’invoquant Seth, sur ma chasuble blanche je vis tomber les feuilles, comme des pleurs cuivrés.
 
 
Sur la pierre noire et magique
 
 Vois ! Sur la pierre noire et magique je t'écris cet opus que je crache pour m'avouer à moi-même mon désir et ma peur de t'aimer. En plein marasme, je me dépèce comme un porc aux intrigues de la pire jalousie. J'oppose Vénus à Mars dans l'atmosphère suffocante du donjon médiéval. Je calme les esprits de ces morts trop jeunes et trace mes pentacles en métal émaillé. Si l'heure est favorable, ils chasseront les démons.
Daemonium eficient
 
Arpentant le cloaque de vos rues
 
 Arpentant le cloaque de vos rues où déambulent en grappes avinées les noctambules solitaires, je me voyais surpris de dérision ravageuse, dans la stupeur de l'éblouissement. Le tourbillon exterminateur de vos implacables tempêtes existentielles se montrait à mes yeux ébahis.
 Alors, le front livide et la peau blême, je tissais la discorde et délitais vos joies : j'osais vous convoiter comme des fruits bien mûrs...


Message édité par talbazar le 21-01-2007 à 10:34:15

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n°394
talbazar
solve et coagula
Posté le 22-01-2007 à 14:35:53  profilanswer
 


Les notes dégringolent
 
 Les notes dégringolent et je ferme les yeux. Les musiques ne sont finalement que des stratégies d’échec au malheur. Assis dans la pénombre du boudoir, j’entend la voix d’Alicia et je reste impuissant à survivre. Cruelles nécessités ! Quête éblouissante et mystérieuse du quotidien, que l’on déguste comme du vin : encore faut-il pouvoir…  Je salue les anges déchus qui ne savent sourire et maquillent leurs faces blêmes avec du lait caillé. Ce sont d’austères protections que l‘on ne peut soupçonner de flatterie. Jamais je ne m’indignerai de la violence de leurs reproches. Je me farde comme eux de la poudre de souffre et je vais au banquet où m’invitent d’austères courtisans. Là, au milieu des masques vénitiens qui vont et viennent, j’y boirais sans réserve dans la coupe de ma lâcheté. Cognant du coude à ces horreurs tranquilles qui se déguisent de leurs voluptés, j’y trouverais certainement quelques rages de vivre.
 
Assis seul sur la roche
 
 Assis seul sur la roche j’entend sonner le grand bourdon. Minuit vient de tinter au sommet du donjon perçant le mont chenu. Les chauves-souris rapides s’abreuvent comme des folles aux rayons élimés du bel astre nocturne. Derrière les volets soigneusement étanches, dos à dos, dorment sans le vouloir les couples infertiles. Je prie. C’est à l’étoile polaire que je confie mes vœux, ma bonne étoile qui s’allume pour moi de ses contours troublants. Au nom de leur humanité, je te met au défi, descend de ton bastion… Jette un peu de douceur à ma face, remet dans son sommeil l’impossible liaison, je te laisse mon amour en otage. Je m’en voudrais si fort d’avoir à la blesser, j’ai été tant de fois lâché par la nature !  Excuse un peu les miens qui sautent sur les vierges dans les sentiers battus, en moins de deux agitent leurs reliques de leurs doigts défaillants, exhalent en sarcasmes leurs haleines vampiriques. Ils ont si mal au ventre ! Il y a dans leurs propos des accents de terreur que je ne peux nier, mais l’on s‘évertue tant aux fausses illusions….  
 Le vampire ne ment pas, ma bonne étoile, c’est la vérité vraie, je te fait remarquer. Avant l’aurore, étoile de saturne, si tu m’écoutes, les bras écartelés, j’aurais si tu le veux un repos éternel, un rais venu de toi flèchera mon visage, un beau fruit d’or ornera rayonnant le front de ton guerrier.  
Requiem aeternam dona eis Domine.
 
Certaines vérités
 
 Certaines vérités nous sautaient promptement à la gorge, alors que nous surmontions tant bien que mal nos différences, pour marcher au-dessus de la marée humaine. Les mises au monde sont des sorties du monde... Dans la chambre tendue de velours moirés aux tons de violine, j'effaçais les années inutiles, au cours desquelles je m'étais lentement consumé. Le cerveau d'Alicia s'embrasait sur une poignée de mots à peine prononcés, je portais sur la dureté du monde mon regard de hibou. J'étais juge et partie de tous ceux qui s'écroulent. Mon amour d'Alicia s'enflait doucement aux heures qui se comptent, je chassais tendrement son ennemi intérieur, en donnant corps à ses chimères.
 
 
Resurrectionem carnis
 
 Alicia au jardin y cultive sans gants de vieilles roses pourpres sur lesquelles elle se pique et me laisse au matin dans la cave putride. Hier soir je me vautrais heureux dans le hamac soyeux de son pubis roux. Elle a je vous l’assure les seins galbés et le retrait hautain… Dans les anciens vergers qui s’étirent au soleil redouté, un pigeon perd ses plumes qui tournoient à ses pieds. C’est un cadeau princier qu’elle estimera autant que mes tendres caresses. Les animaux diurnes ont de ces preuves d’amour !
  Et moi pendant ce temps, je me brûle les ailes au fond de mon tombeau, tout maculé de sang. Je m’y ennuie de mon aimée en tristes inactions, incapable de lui faire les aveux les plus doux. Je pense et je repense à nos moments volés : Je n’attend rien de toi car c’est toi que j’attend. Dans la bruine soudaine qui te verra courir au milieu des pavots, je quitterai sans doute le bord du trépas, en espérant que reviennent au plus vite la résurrection de nos deux corps. La passion aura, je te le jure, le pouvoir absolu de nous redonner vie.
 Resurrectionem carnis.
 
L’averse s’est arrêtée
 
 L’averse s’est arrêtée. Sur les grands peupliers, les feuilles vernissées ont leur manteau de pluie que le soleil arrose. Le sang clair d’Alicia s’échappe goutte à goutte aux aurores inféconds. Il coule en tâche claire et se répand, soulagé de vengeance, sur les pierres coupées. Il laisse filer, dans la marée lunaire de son cycle de femme, toute semence de vie, en rougissant le ventre de la terre pour engendrer les fées qui baignent dans le vent.
 
J’ai longuement soupiré
 
 J’ai longuement soupiré mais ce n’était pas d’aise. Du moins, je l’ai fait dans mes rêves. Je regarde ce pauvre loup qui tourne incessamment au milieu de sa cage. Video lupum. Je n’ai pas peur de lui… Je le caresse avec mes gants de daim, comme je le fis sur toi pour calmer quelque crainte, sous la herse rouillée. Alicia, petit cœur, te rappelles-tu ces pins de Walachie où nous aimions rôder sur les routes escarpées, il n’y a pas si longtemps ?  
 Au gré de nos rencontres, en agitant la main, je donnais le salut aux belles pastourelles, mais le grand-jour affaiblit mes pouvoirs et un seul de tes regards me fait tout oublier. Ce n’était pas prudent de vivre au grand soleil ! Peu-après, les lourds pâturons ont tiré le carrosse dans la nuit répandue; autour d’eux, les mouches ne dormaient pas, elles pullulaient et tournaient en sarabande aux lumières des falots. Dans le doux capiton, je te disais ces mots :
- « Parles-moi, parles-moi encore, parles-moi toujours, ne t’arrêtes jamais et que Dieu de la bible ose nous désunir en son paradis blanc !!! ».  
 Aujourd’hui, je pose mes ongles longs sur ta gorge béante mais ne t’inquiètes pas : je connais tant de formes supérieures de sagesse : je voudrais simplement que tu m‘apprivoises, comme je fis pour ce loup. Ce loup à moitié fou qui crie de son malheur aux jours de pleine lune. Il sait bien, lui, que j’ai posé au pied de mon lit la tête d’un ours mort en guise de tapis.  
 


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n°395
talbazar
solve et coagula
Posté le 23-01-2007 à 09:16:28  profilanswer
 


Peut-être qu’elle m’adore
 
 Peut-être qu’elle m’adore, peut-être qu’elle me hait, elle est déjà si loin ! Je dormais pendant que tu veillais, tu protégeais mon faux sommeil de ta présence discrète. En quelque sorte, nous nous aimions à distance… Oh, mon Alicia, petite fleur de mai, reviens encore pleurer sur mon gisant. Sa pierre est froide et bleue, mais j’y entend toujours les sons les plus discrets et j’y vois ton visage dans l’orange du soir. Il te faut vivre au milieu des vivants, les méchants et les bons, dans la lumière du monde, je le disais à tes genoux, tout revêtu de la terre sacrée de mes glorieux ancêtres. Je ne suis pas le dernier de ma race, mais mon ombre elle même me fait peur. Tu n’est pas la maîtresse d’un ange, je vois dans mes gestes rituels d’inéluctables prémonitions de désastres. Le vent s’est engouffré par les portes-fenêtres, j’écoute : le piano s’abandonne sur une note unique et j’étouffe mon cris.
 
Hic iacet Nosferatu
 
 Tout le monde a un passé, même Nosferatu que l’on dit mort non-mort. Aujourd’hui, dans mes jardins brumeux, de beaux lézards émeraude courent dans les pyrites. Ma cape vole au vent, sa longue traîne frise les marches usées où traînent en gémissant quelques griffons sculptés. Les rats piaillant courent à mes pieds, leurs longilignes queues les suivent et se frôlent à mes bottes. A mon approche, les fleurs se flétrissent. Il y a, sur ma porte en ogive, des symboles gravés de runes pathétiques qui parlent avec humour des vanités humaines. Je claque des talons sur les dalles glissantes qui mènent à ma perte. Peut-être suis-je bon… Je lis et je relis. Mes pleurs délavent encore l’encre bleue des mots tendres, si peu nombreux, que tu m’as envoyé. La main tremblante, j’ai posé cette lettre sur cette table basse que supportent trois têtes de béliers.
  A l’étage, j’entend des ricanements figés, des murmures orgiaques s’agitant dans les draps sur les coussins brodés. La chair glisse à la chair et les langues s’animent. Je les ignore et pleure des diamants. Si tu pouvais me voir comme je te regarde, astre de tous les astres, voix qui me réconforte quand je me sens si seul ! Poussant les gonds crissant, j’allume ce qui devrait s’éteindre dans un cercle de flammes, pour lire dans tes pensées.
  De toutes les choses vives, tu m’es la plus précieuse. Tu m’as prêté la main, quand les chiens couraient sus, que j’avais derrière moi mille torches allumées, je ne l’oublierai pas. J’ai mal au cœur, je dors debout, ma tête est lourde, je suis las de mes tristes vendanges. J’ai le mal d’amour, la morsure d’Alicia me fait tressaillir, quand j’abandonne mes remparts, pour éviter d’entendre les pauvres cris de tous les malheureux qui chutèrent à mes douves. Ils nagent encore dans les eaux noires et saumâtres, hurlant plus fort que les aboiements cyniques des loups qui passent en maraude.  
 Il est des secrets difficiles à garder… mon amour en est un pour moi-même, qui convoite ton âme ! A l’abri des parois de verre transparentes, je suis entré dans la vie  éternelle, le corps percé de deux cent flèches qui ne m’ont pas tué. Le rouge au bord des lèvres, je me sais condamné. un jour, ils attaqueront au burin le couvercle de mon coffre, au milieu d’évènements singuliers que je préfèrerai taire. En attendant, j’écris pour Alicia, qui s’habille de soie, un testament de feu.
 
                              Hic iacet Nosferatu +
 
La beauté de ton œuvre
 
 La vie, à la fois si tenace et si fragile, est un système instable. Je te regardais voir au-delà des bougeoirs que je mis à notre table où je ne mangeais rien, la beauté de ton œuvre, lorsque tu as plongé tes yeux cernés de longs traits, aux tréfonds de mon âme de busard. Ton visage si doux est loin d’être le mien ! Dehors, sur la route dangereuse, le cocher prudent tire les rênes, les roues de sa charrette ne vont pas jusqu’à nous. Il ira tout à l’heure chercher le réconfort au fond d’un bénitier. J’ai observé dans mes longues heures, je peux le dire, bien des châteaux imprenables sur leurs pitons rocheux, qui ne pouvaient se prendre que par haute lâcheté et grande fourberie.
  Nul besoin de messes noires sur mon pacte d’amour ! Alicia à la longue chevelure, jeune fruit, dépose encore sur mon armure quelques baisers brûlants… Donne-moi cette paix que je me refuse. Pour te plaire, audacieuse amoureuse, j’effacerai les pustules de mes regrets, les ulcères de mes souvenirs, la gangrène des choses passées, toutes ces plaies suintantes qui me déforment… je ferais bonne figure.  
 
J’ai vu…
 
 Alicia, mon petit, puisque l’on cause, laisse-moi te dire ce que j’ai vu… J’ai vu de grands seigneurs dans leurs plaques de bronze se glorifier de leur vaine puissance pour pressurer leurs fiefs. Je l’ai ai vu s’entacher de leurs crimes, s’accaparer les grains et fondre sur les vierges. J’ai vu des femmes infidèles se donner corps et âme à des amants farouches qui les ont fait souffrir. J’ai vu des arbres colossaux, tout charpentés de lierre, s’abattre sur eux-même foudroyés dans la nuit. J’ai vu des fils de famille se frapper la poitrine parce qu’ils n’avaient plus rien. J’ai vu des hordes de pauvres bougres piétiner la campagne pour donner de sauvages hallalis à des bêtes affamées. J’ai vu des esprits las de ne plus rien vouloir. J’ai vu des possédés s’imprimer sur la nuque le sceau de l’invisible.
  J’ai vu laissé s’éteindre par négligence, au fond des encensoirs, des charbons embrasés. Je vis aussi des impatiences se biseauter d’erreurs pour saboter d’impossibles chefs-d’œuvre. J’ai vu des sages qui ont fait leur maître de leur fils. J’ai vu d’injustes pensées triompher. Des gens assis qui auraient dû marcher. J’ai vu de claires consciences tomber dans des abîmes infinis, pour ne plus revenir. J’ai vu des femmes rondes et ravies qui caressaient leur ventre au milieu des désastres. J’ai vu des problèmes insolubles se résoudre simplement.  
 J’ai vu des foules se heurter à leurs propres limites et des courages s’oublier. J’ai vu des hérésies luirent dans les sanctuaires et monter jusqu’au ciel quand ont les a brûlé. J’ai vu toutes ces choses, Alicia, le sang sortait souvent à gros bouillon de tout cela. Puisque je vois mais n’entend pas les appels muets, oublions les … D’ailleurs, demain, mon enveloppe charnelle mènera grande chasse dans les chantiers boueux !
 
Acharnement des vaines dépendances
 
 Acharnement des vaines dépendances, lesquelles nous enchaînent au monde en ces heures qui nous lient. Je vivais une fausse solitude, encombré de vous-autres, qu’il me fallait séduire. Tout saupoudré de neige, je crissais mes semelles sous les porches isolés : vous m’ouvriez la porte et je disais merci...
 
 
 


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n°396
talbazar
solve et coagula
Posté le 24-01-2007 à 11:36:55  profilanswer
 


Obscurantis
 
 Tournoiements belliqueux des flammes salvatrices qui s’accaparent sans rien dire les choses de ce monde. Qui laissent dans les cendres s’échapper en sourdine toutes les imprécations de nos respirations sifflantes. Quand tout est fini et tout est terminé. Quand s’achève le livre que l’on pose sur nos dépouilles humaines. A chacun son tour. Quand vient l’obscurité, il faut porter secours. Obscurantis subsidium ferre.  
 J’ai la soif du mal dans les forêts de cierges qui brûlent ta psyché. Je pousse aux embrasures quelques cris étouffés : il y a bien longtemps qu’un miroir ne m’a pas reconnu. Voilà qui est somme toute normal, si l’on y pense, je ne suis la chose de personne ! Mon livre n’a que deux mots sur lesquels je me damne :  
res nullius.
 
Rapace froid de la nuit
 
 Rapace froid de la nuit à la pupille dorée, qui niche dans les combles, tu me ressembles tant quand tu choisis ta proie ! Est-ce pour cette raison qu’on t’a cloué aux granges, pour te laisser pourrir les plumes aux quatre vents ? Nous avons passé ensemble, bien avant, des nuits interminables ! Dans les fous tourbillons des danses de sabbat, tu hululais gaiement, posée sur une branche, parfaitement heureuse.  
 Aujourd’hui je suis veuf car tu leur sers d’enseigne contre le mauvais sort. J’irai sans doute, dans le petit matin, te décrocher de là, j’abrègerai l’épisode. Je leur flanquerai de ta part des sorcelleries immondes. Ce sera, pour ta peine, une belle aventure ! Ils se demanderont qui fait tarir leurs vaches mais j’ai bien des talents et je suis inspiré. Je tirerai pour toi, dans la poupée de cire, mon épingle du jeu. Enfin, pour solde de tout compte, je séduirais leur fille dont les jambes sont parfaites (on y glisse à merveille des caresses sublissimes) : Elle se verra clouée à mes grandes canines.
 
Les figures de pierre
 
 Les figures de pierre qui claquent sur les murs leurs bouches ricanantes sont plus vieilles que moi. Elles ont l'âge du monde dans leurs artères minérales et me narguent du haut de leurs claveaux en plaisantant entre elles de leur longévité. Parfois, elles vomissent en riant l'eau des longues gouttières que la pluie tambourine sur les toits fatigués. A ces moments humides, elles tendent alors vainement en direction du ciel leurs ailes repliées. Quelques plantes parfois leur font des couvre-chefs et leur prêtent une vie végétale. Les démons sardoniques ont alors dans le vent de longues chevelures. Capillo sunt promisso...
 Ces dragons immobiles ont plus de chance que moi. Ils n'ont pas de mémoire et regardent passer sous-eux, de leurs yeux malfaisants, les hommes désœuvrés. Croyant leur plaire, ils lâchent de temps en temps sur les parterres fleuris de pauvres oisillons qui tombent de leur nid.
 
Loin d'Alicia
 
 Loin d'Alicia, je me creuse sans joie d'appétits redoutés. Ma belle amie qui m'effacera sans doute du livre des légendes. Tu lâcheras bientôt la bride qui me serre la cheville : je prendrais de plein fouet ton adieu dans le ventre.
 
 
Passent les crépuscules
 
 Passent les crépuscules défunts comme autant d'avenirs occis. Reviennent alors les aurores saumonés chargés d'un sang nouveau. Il y aura toujours de l'eau neuve à lécher les grands ponts sur lesquels je me penche en y cherchant la paix. Vertige éblouissant de la vie qui perdure aux entournures des piliers forts que la rivière suce. Un basculement du corps et rien ne serait dit.  
 Les grosses oies stupides penchent une oreille distraite sur les mots que j'avoue. Elles avancent dans l'onde, venant de nulle part et se sèchent les plumes à mes divagations. Elle s'arrêtent et regardent, pensant que je vais les nourrir ! C'est bien mal me connaître... Je vais sur l'autre rive. Mais ces bêtes insistent, elles viennent et reviennent, déchirant sans façon mon reflet irréel de leurs pattes palmées.  
 Esprits des profondeurs qui mangez les brochets, posez sur la rambarde un puissant garde-fou ! L'eau qui ne peut m'atteindre aura d'autres passants et les oies cancaneront honteusement de leur bon tour. Un  poisson saute encore respirer l'air pur : l'imbécile créature. Au même instant, je vois les ondes qui se cerclent pour frémir d'inquiétude. Miracle des eaux vives qui se chargent de tout ! On s'entiche d'errance le long des berges folles, quand on se croit perdu. Je t'attend à l'écluse où déboulent bruyamment les eaux coupables et pisseuses du déversoir. Tu ne plongeras pas, j'ai encore faim et je retiens ta main.
 
Les vitraux ont de belles lueurs
 
 Alicia, tu ne connais rien de la jeunesse puisque tu la vis. Comment aurais-tu connaissance des jours qui t'attendent plus loin que tes vingt ans ? Tu passeras sans doute des jours paisibles en essayant de m'effacer. J'en crève doucement sur le bel écritoire où ma plume s'agite en arabesques dépitées. Les mots n'ont pas idée de ce que je veux dire. Il rôdent et se pourlèchent de ma déconvenue. Par moment, je les accuse de m'oublier eux-même.  
 Voilà pourquoi je rentre sous les belles voûtes neutres de mon château. Il y règne un calme reposant. Les vitraux ont de belles lueurs qui enluminent les piliers. Brusquement, comme souvent, les arcades se croisent et se rassemblent au-dessus de ma tête pour fermer sur le ciel les portes de l'enfer. J'entend encore courir sur la pierre polie des échos inachevés. J'ai cru m'entendre rire, mais c'est toi qui rentrait. Après-tout, peu m’importe d'être lu maintenant, pourvu que je t'embrasse....
 
Sous les voiles satinés
 
 Aussi belle et séduisante qu'une antique déesse, elle ruisselait sa chevelure d'ébène qui lui battait les reins. Sur sa taille fine et séduisante sa robe en dégradés de gris s'ourlait de rubans rouges. Je goûtais dans son cou des saveurs savantes qui me faisaient des souvenirs heureux. Les énormes chandelles de la rampe d'escalier lui doraient son visage pour lui faire dans le soir un masque protecteur.
 Le teint encore brouillé de fureurs implacables, je lui cachais ma face barrée d'égratignures, où s'ancrait cet éternel cafard qui me minait le corps et le mental. J'avais pourtant appris à vivre avec le regard des autres et nous formions, sous les voiles satinés, un émouvant duo...
 
                                    Nihil proficiat inimieus in eo
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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n°397
talbazar
solve et coagula
Posté le 26-01-2007 à 10:46:35  profilanswer
 


En l'an huit cent neuf
 
 En l'an huit cent neuf ou peut être huit cent dix, je fus cet enfant chétif qui jouait jambes nues dans les biefs d'eau rare. Plus tard j'allais voir au moulin se faire moudre les grains. Ma mère s'appelait... Comment s'appelait-elle déjà ? Les femmes me pinçaient en parlant à mes sœurs au jour du marché. Mon père partait au petit jour pour s'en aller en guerre sur son grand cheval bai, car les hommes de ce temps portaient l'épée de fer. Ils avaient de nombreux maîtres mais comptaient peu de frères. Plus tard encore j'ai aimé une femme que l'on nommait Roxanne. Elle était belle, évidemment, et pleine de tendresse, surtout. Tu vois mon Alicia, j'en ai aimé une autre ! J'aurais vraiment voulu qu'on m'enterre avec elle...  
 Puis je devins vampire aux jours de malheur. J'en ai mordu des cous pour être encore ici ! La vie n'est faite que d'une succession de morsures, plus ou moins grandes, plus ou moins profondes. Maintenant que je parle, je suis bien dégoûté de vos gorges adipeuses aux goitres baladeurs ! Et puis j'ai survécu dans les siècles éternels. In sempiterna saecula. J'ai dans mes bras la force de dix hommes et dans l'esprit quelques volontés sombres. Mes frères, puis-je encore vous appeler ainsi ? Soyez sobres et veillez, veillez donc, parce que vous ne savez jamais ni le jour ni l'heure.
 Fratrus sobril estote et vigilate, vigilate itaque quia nescitis diem neque horam...
 
Oh belle lune ronde
 
 Oh belle lune ronde, qui te peindra quand tu surgis à la fascination, du puit de l'infini ? Au lieu de sanctifier ton cercle délicat ou ta pâleur glorieuse, ils préfèrent s'endormir... Quelle funeste habitude ! Ils te préfèrent l'astre qui carbonise et brûle de son feu redoutable toutes les mélancolies. Ma peau à la couleur de la tienne, comme le lis, quasi lilium, et mes yeux ton pastel. Astre que l'on dit mort, le grand soleil revanchard te fait aux pleines lunes un crucifix vengeur, alors que moi je m'abreuve chaque soir à ton calice d'argent.
 
Terribilis est locus iste !
 
 Mon château colossal fait la nique aux vivants. Soyez sûrs ils se signent, ne rentrent pas dedans. Terribilis est locus iste, ibi erit fletus et stridor déntium ! Voilà ce qu'ils se disent en se rongeant les sangs.  Ils font un long détour à travers leurs champs en retenant leurs filles par le plis de la robe. Peu m'importe ! Je m'envole des tours pour aller les rejoindre... J'ai la voix du hibou et l'odeur du bouc. J'aurais sans doute ce soir des invités choisis : sagesse des murailles aux tendres anémones qui taisent les entrées ! Pour les gens du village, c'est certain, je ne suis qu'un damné. Venez donc à ma cour, j'aurais bien quelques restes à lâcher. D'ailleurs, ils pendent aux créneaux dans le petit matin comme des loques tristes. Vouivres mes amies, laissez-en un peu aux autres, qui font semblant d'aimer.
 
Plein de voracité
 
 La patience mène à l'équilibre et conduit au silence. C'est pourquoi je jouais les passes-murailles en hurlant, d'un rire vigoureux, le nom du prochain de ma liste. Plein de voracité, je menais traquenard d'une haine aveuglante, me protégeant du bras pour cacher mon visage de ce rai de lumière qui s'échappait des voûtes.
 
 
Être un monstre
 
 Etre un monstre oblige à deux choses : se faire à l'idée des paradoxes cruels qui nous construisent et bannir chez les autres les élans spontanés de bonté qui marquent de leurs obligations conscientes l'assoupissement collectif. En fait, il y a beaucoup de monstres qui s'ignorent. Il faut se regarder en face et parler gentiment à ceux qui sont morts, pour qu'ils sentent à quel point ils ne perdent rien. Fleurir les tombes est inutile, ou alors aux vivants, afin qu'ils aient sous les yeux l'évidence que les roses fanent aussi. A l'inverse, personne ne se doute que les morts savent rire. C'est ce qu'ils font quand on leur en dit trop sur ce qu'ils ont manqué.  
 Le cynisme de la monstruosité c'est qu'elle ne peut être cernée par la normalité. Ceux qui font religion le perçoivent si bien qu'ils s'inventent des démons. Peine perdue ! Satan restera toujours le propre de l'homme. C'est pour cette raison que le diable a toujours préféré les femmes. C'est aussi pour cela que Dieu leur a confié la tâche de perpétuer la vie : ellesfabriquent à la pelle de jolis monstres sacrés.
 
Vive et me ama
 
 Alicia, ce qui te fais femme est aussi la violence de mon appel solitaire. Tu ne t'en tireras pas en claquant quelques portes. Ce n'est pas une manière de répondre. Buée rose, inconsistante, je passe sous les portes, c'est le propre des vampires, l'ignorais-tu ? Je reviendrais, sous une forme ou une autre, à chaque respiration... Pourrais-tu vivre sans respirer, sans aimer ? Ferme les paravents de tes sentiments à la voix cheminante. L'écho que tu entends à l'accent de ta propre voix. C'est une indignation absurde qui te rend sourde : l'amour est la seule chose évidente en ce monde bâclé et les silences, de bien mauvaises réponses que tu fais à toi-même. Approche, oseras-tu quelques caresses ? Dans ce cas là seulement, il est bon et souhaitable de provoquer le silence, pour mieux s'entendre rire enfin de tout cela. L'amour est une constriction du temps et de l'espace. On parle sans se voir, on se voit sans parler. On mord sans souffrir et l'on souffre sans mordre. Vis et aime moi bien.  
Vive et me ama.
 
J'étais fier et heureux
 
 J'étais fier et heureux de promener Alicia, sa main tenant la mienne. Je débordais pour elle d'étranges affections. Je lui rangeait sa mèche d'un ongle décharné. En échange, elle venait se blottir au creux de mon épaule.
 La mer devant nous se suicidait les vagues, formant de grandes brassées blanches. L'écume en ses attaques se ridiculisait, croyant pouvoir rejoindre de ses furieux assauts le ciel paternel. Je regardais les flots et tous ces geysers fous se battrent contre eux-même, puis je séchais d'un geste les pleurs d'Alicia qui coulaient sur sa joue en perles éphémères. Elle me donnait sa bouche que j'effleurais d'un rêve de tendresse réciproque.
 Près de nous, les gros rochers brunis pleuraient aussi partout des creux de leurs fissures. Ils se noyaient lentement en regrettant la terre qui les abandonnait à l'océan vainqueur : la mer efface tout des crimes de l'amour. Plus loin, flottant à l'unisson comme des bouchons blancs, les mouettes attentives pour une fois décidaient de se taire en resserrant leurs ailes, ne voulant plus voler.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


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n°398
talbazar
solve et coagula
Posté le 27-01-2007 à 15:10:33  profilanswer
 


In cauda venenum
 
 Il y a sur mon balcon un grand dragon sculpté qui se mord la queue. Hic est Draco caudal suam dévorant… Oroboros est son nom. Il fut tracé au temps jadis par les pères alchimistes, qui tous croyaient sans faille en la vie éternelle. Tant d’espérances cuisaient dans leurs projets ! A quoi leur servirait de vivre pour toujours, s’ils étaient comme moi, à chaque seconde, dévorés par l’amour ? Dans le cercle parfait, présent, passé, futur se mangent sans repos. A l’heure où je te parle tu ne déchiffreras que le spectre des mots. Voilà ce que veut dire la bête circulaire qui creuse mon pignon. Orobo