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Fantasy - Retour - 40%

n°257
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 23-03-2006 à 15:30:07  profilanswer
 

Tiens, voici le début d'un truc saugrenu qui m'est venu comme ça bêtement....
 
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Gil entra précipitamment dans le studio, et s’adossa à la porte en la refermant. Il resta là, un moment, haletant, les mains et le dos plaqués contre le montant. Les yeux fermés, il chercha à tâtons l’interrupteur. Quand ses doigts l’actionnèrent, le néon clignota deux fois avant de jeter sa lumière crue et blafarde sur le petit appartement meublé. Rien de bien extraordinaire, à vrai dire. Un canapé rabattable qui servait également de lit, une petite table basse transparente dans ce matériau étrange qu’on appelait plastique, une kitchenette encastrée dans un coin avec la tablette en Formica qui servait de table et le haut tabouret pour s’y asseoir. Au fond, la porte qui menait à la salle de bains exiguë et des placards coulissants tout autour de l’unique pièce du logement. Tout ce petit univers auquel il s’était familiarisé ces derniers mois. Cela faisait combien maintenant ? Trois saisons, soit neuf mois, comme on disait ici, passés à s’accoutumer à toutes ces choses étranges. Mais sa mission avait débuté bien avant, il avait consacré deux cycles entiers à la préparer, à s’entraîner, à familiariser son esprit avec tout ce qu’il aurait à découvrir et apprendre. En comptant le séjour, cela faisait donc près de trois ans qu’il avait consacré sa vie tout entière à ce but et tout cela allait prendre fin ce soir, d’une manière ou d’une autre.
Il savait qu’ils n’allaient plus tarder, il n lui restait pas beaucoup de temps. Gil se décolla de la porte et sortit le petit écrin de la poche de son blouson, qu’il posa sur la tablette avant d’ôter le vêtement. Il ouvrit un des placards muraux et décrocha un cintre de la penderie. Il retira son pull à col roulé avant d’enfiler la chemise de maille en mithril par-dessus son T-shirt noir. La sensation lui parut étrange, neuf mois qu’il ne l’avait pas portée, pourtant il constata avec bonheur que ses mouvements n’en étaient pas altérés. Il hésita à remettre son pull par-dessus, mais se dit qu’il serait par trop engoncé, tant pis, il préférait avoir froid que de se faire touer la peau. Il sortit deux autres vêtements de la penderie et le jeta sur le canapé. Il se débarrassa de ses tennis, de son jeans et passa le pantalon de cuir épais renforcé aux genoux, puis enfila ses lourdes bottes aux bouts recouverts d’une coque de métal. Enfin, il glissa par-dessus la chemise de maille le blouson synthétique largement pourvu de renforts en kevlar. Magnifique matériau, songeait-il presque aussi résistant que l’acier et tellement moins lourd. Il récupéra l’écrin et le fourra dans une poche dont il referma la glissière. Gil s’accroupit ensuite devant le placard et fit sauter la plaque d’aggloméré qui en constituait le sol et qui cachait la petite mallette si précieuse.
Il déposa l’attaché-case sur la table basse avant de l’ouvrir, avec les deux serrures à code. Il sourit en entendant le déclic simultané des deux loquets de métal. Il contempla un instant le contenu, chaque partie bien rangée dans ses logements de mousse, puis entrepris de commencer le montage. Il prenait les pièces une à une et les emboîtait selon l’ordre prévu, les fixant l’une à l’autre par des clips qui résonnaient d’un léger cliquetis chaque fois qu’il en verrouillait un. Les artisans nains avaient fait un travail extraordinaire. Il sertit d’abord la garde sur la poignée avant de monter la lame séparée en trois parties distinctes. Il avait presque terminé quand il entendit le bruit à présent familier de l’ascenseur s’arrêter puis s’ouvrir à son étage. Il déglutit rapidement et sa main gauche saisit la lanière de cuir roulée dans la mallette avant de la fourrer dans sa poche. L’oreille aux aguets, il perçut des pas sur le palier. Les yeux rivés sur la porte, il essaya de deviner le nombre de visiteurs pendant que ses mains fébriles achevaient seules le montage de la lame qu’elles avaient déjà réalisé des milliers de fois.
Un dernier clic étouffé lui annonça que son épée bâtarde était montée juste avant que la porte du studio ne soit ouverte à la volée sous l’effet d’un puissant coup de pied. Gil roula sur le côté, à l’instant où une forme s’avançait sur le seuil en même temps que crépitait faiblement une courte rafale d’arme automatique au son étouffé par un silencieux. La porte coulissante du placard ouverte s’étiola d’une demi douzaine d’impacts à l’endroit où Gil se tenait accroupi, moins d’une seconde avant. Achevant sa roulade devant le canapé, il se redressa dans le mouvement et d’un revers il décapita l’intrus de son épée. La tête roula au sol avec un bruit métallique pendant que le corps s’affaissait dans un crépitement électronique. Gil jeta un coup d’œil au cadavre dont le cou tranché laissait émerger un amas de fils grésillants dans une lueur électrique. « Des golems » pensa-t-il, même s’il savait qu’ici on les appelait « droïdes ou robots ». Il savait que ces choses étaient bien plus rapides et intelligentes que ceux qu’il avait affronté jadis, lors de son entraînement et que la magie qui les animait était différente mais il savait également qu’ils étaient plus fragiles si l’on savait où frapper. Il entendit des pas précipités dans le couloir et décida de prendre l’initiative. Il surgit de son appartement en effectuant un nouveau roulé-boulé. Une forme face à lui s’était accroupie et il perçut le staccato de la mitraillette en même temps qu’il ressentit quatre impacts dans sa poitrine. La puissance d’arrêt de l’arme était insuffisante pour stopper son mouvement, il acheva donc sa roulade pour se redresser sur un genou, abattant à nouveau sa lame sur ce second agresseur. Il trancha la jointure de l ‘épaule et le bras mécanique tomba dans le même bruit métallique que la tête du précédant. Il acheva le droïde d’un solide coup de pied dans la mâchoire, la botte ferrée pulvérisant la réplique de faciès humain. Debout, Gil reprit son souffle en baissant les yeux sur son torse qui s’ornait à présent de quatre trous fumants. Le kevlar associé au mithril avaient arrêté les balles mais il savait qu’une autre rafale tirée à bout portant ne le laisserait pas aussi étanche. Il jeta un regard circulaire sur la palier de son cinquième étage et ne vit pas d’autres agresseurs. Délaissant l’ascenseur, il s’engouffra dans l’escalier, dévalant les marches quatre à quatre, l’épée en main.


Message édité par eskael le 24-03-2006 à 02:13:28
n°260
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 24-03-2006 à 02:12:54  profilanswer
 

Il entendit des bruits monter vers lui, en tournant le coin de l’escalier, il déboucha sur le quatrième palier, contourna la cage d’ascenseur et reprit sa descente, Il faucha dans sa course d’un solide coup d’épée un droïde qui montait au galop, l’arme au poing. Sans ralentir, il dévala les marches jusqu’au troisième. Il s’arrêta juste le temps de reprendre haleine et de voir les diodes de l’ascenseur lui indiquer que quelqu’un montait. Il passa devant les portes métalliques en trombe et courut le plus vite qu’il put en direction de la fenêtre au bout du palier. D’un bond prodigieux, il se propulsa au travers à l’instant même où deux agresseurs sortaient de l’élévateur et l’arrosaient copieusement de rafales de leurs mitraillettes. Dans un éclat de verre brisé, au milieu du crépitement et du sifflement des balles, Gil franchit l’espace de la ruelle étroite qui bordait son immeuble et atterrit en exécutant une roulade sur la terrasse du duplex qui surmontait la façade voisine. Il bondit par-dessus une jardinière et sauta le balcon pour se retrouver sur un toit zingué, légèrement pentu. A deux mètres de lui se trouvait une tabatière entrouverte dans laquelle il s’engouffra, pieds en avant. Sur le palier sous les combles où il se trouvait, il ouvrit une fenêtre et agrippant une gouttière, se laissa glisser le long de celle-ci jusqu’au sol. Il se laissa choir sur les deux derniers mètres et traversa en courant la cour intérieure où il se trouvait à présent, se ruant dans un étroit passage qui débouchait sur une autre ruelle. Il contourna le coin de l’immeuble à fond de train et passa devant une rangée de box s’arrêtant brusquement devant le sixième. Il sortit les clés d’un de ses poches et ouvrit la porte en tôle, la faisant coulisser vers le haut. La bête était là, prête à bondir. Une rangée d’étagère tapissait le fond du réduit dépourvu d’ouverture en dehors de la porte. Il posa son épée sur une étagère et récupéra le fourreau qui était posé sous un chiffon. Il déroula la lanière de cuir qu’il avait emporté et la fit passer dans les petits anneaux de métal situés sur le haut d’un côté et à la base de l’étui. Puis il se l’attacha dans le dos à la hâte et y engaina l’épée. Il saisit sur l’étagère un casque en carbone et kevlar et le coiffa promptement, clipsant la jugulaire. Ce couvre-chef était plus léger et presque aussi résistant qu’un heaume. Il rabattit la visière de plexiglas et enfourcha sa monture. Gil fit jouer la clé dans le contact puis pressa du pouce sur le démarreur. L’énorme quatre cylindres de son gros cube s’anima dans un feulement rauque. Sa main serra l’embrayage et sa botte ferrée appuya sur le sélecteur, passant la première dans un « clock » sonore. Sur un filet de gaz il sortit du box, chevauchant son engin. Sur sa droite il vit un quatre-quatre noir débouler en trombe de l’extrémité de la ruelle. Ils étaient déjà là. Il tourna le guidon vers la gauche et vissa la poignée de gaz, la moto bondit en avant dans un rugissement de pistons. Il passa la seconde et accéléra encore. Il évita de justesse le deuxième tout-terrain qui allait lui barrer l’autre extrémité du passage et déboula sur l’avenue comme un boulet de canon. Il serra brusquement les freins et pencha sa machine pour ne pas finir sa course dans la vitrine d’en face, d’un coup de talon il redressa la bécane et essora la poignée des gaz jusqu’à la butée. Il fut propulsé en avant si fort que la roue avant s’arracha de l’asphalte, cabrant l’engin. Gil passa la vitesse supérieure à la volée, le pneu recolla au sol et la moto s’engagea en trombe dans la circulation tentaculaire du vendredi soir. Slalomant entre les voitures qui encombraient l’avenue, il mit le cap à toute vitesse sur le boulevard périphérique.
Un coup d’œil dans le rétroviseur lui apprit que les deux voitures noires tentaient de le suivre dans le trafic, se livrant à un dangereux et spectaculaire gymkhana. Arrivant à un carrefour, Gil méprisa le feu tricolore qui allait passer au rouge et accéléra encore. L’aiguille du compte-tours grimpa quand il tourna la poignée et il traversa le croisement comme une balle, dans le rugissement rageur de son pot d’échappement juste sous le nez d’un bus qui arrivait de sa gauche, dans sa voie réservée. Un crissement de pneus martyrisés puis un énorme fracas métallique lui apprit que l’un au moins de ses poursuivants venait de sortir de la course. Au bout de l’avenue, derrière la rangée de feux, alignés dans sa perspective,  il devina le rond point qui donnait accès au périphérique. Lancé comme un projectile, il avala le kilomètre de boulevard à plus de cent dix kilomètres heure, évitant de justesse une estafette de livraison qui se rabattait sans prévenir et frôlant un piéton engagé sur un passage clouté. Il ralentit à l’approche de l’immense place ronde où tournait un carrousel de véhicules en un manège ininterrompu. Il s’inséra dans la circulation et prit vivement la bretelle menant aux extérieurs et descendit la rampe d’accès au périphérique. Comme il s’en doutait les quatre files de circulation étaient surchargées et ce dans les deux sens. C’est à allure réduite qu’il commença à slalomer entre deux rangées de voitures, remontant l’interminable file. Il savait que même s’il ne pouvait aller bien vite, ses poursuivants seraient totalement bloqués par ce trafic du vendredi soir. Il sourit derrière sa visière translucide en pensant à la saison complète qu’il avait dû consacrer à l’apprentissage nécessaire pour obtenir la qualification lui permettant de piloter une moto. En négligeant d’apprendre à manier ces chariots à quatre roues que l’on nommait automobiles, il pensait avoir fait un choix judicieux, il en trouvait la récompense à ce moment.
Malgré l’intense concentration que demandait la conduite entre les voitures, sa petite allure permit à Gil de se détendre. Finalement, c’est ça qui allait lui manquer le plus, pensait-il, la vitesse. Même si depuis son arrivée sur ce plan d’existence, il n’avait cessé d’être surpris, émerveillé ou suffoqué et ce malgré tout l’entraînement qu’il avait reçu, il ne regretterait pas grand chose à part ça. Bien sur, l’électricité l’avait subjugué mais pas autant que cette eau qu’il avait découvert, sortant de ce qu’on appelait ici « robinets ». Il avait même tenté d’en démonter un pour le rapporter chez lui mais s’était vite avisé que ce n’était pas l’objet qui faisait jaillir le précieux liquide. Cela lui avait valu une solide réprimande de la logeuse et coûté les réparations nécessaires. Cela aussi lui avait paru étrange, le mode de paiement utilisé sur ce plan. Tout le monde utilisait des chiffons de parchemins bariolés ou des petits morceaux de ce fameux matériau plastique. Pourtant, personne ne lui avait refusé ses pièces d’or au début. C‘était même ainsi qu’il s’était acheté sa monture. Chaque fois qu’il payait quelque chose les gens le regardaient étrangement mais semblaient pourtant ravis. Il s’était bien procuré quelques échantillons de la monnaie en vigueur dans un établissement appelé banque, mais il n’avait jamais vraiment réussi à saisir la valeur de ce que l’on nommait pièces et billets. De toute façon, après ce soir, il n’en aurait plus besoin.


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