La fée des brumes
5 janvier 1066, Harold, oubliant sa promesse faite à Guillaume de Normandie, se fait couronné roi d’Angleterre le lendemain même de la mort d’Edouard le Confesseur. En réponse, Guillaume le Bâtard décide de défendre ses titres par les armes. Il reçoit du pape Alexandre II l’étendard bleu et jaune d’or de saint Pierre. Mettant sur la mer huit cent bateaux, il débarque dans la lagune au mouillage excellent de Pevensey, près de Hastings. L’abbaye du Mont-Saint-Michel a elle-même fourni trois nefs, sur l’une desquelles s’est embarqué le chevalier Montgommeri. En effet, les deux mille chevaliers de la milice ducale, dont Montgommeri fait partie, ont répondu à l’appel de leur maître. Ils forment une puissante armée de vétérans aguerris par des campagnes incessantes…
Hastings - 14 octobre 1066, neuf heures du matin. Les chevaux sentent fort. Ils s’énervent des sept mille hommes armés qui les entourent en contre-bas de la pente où se masse l‘armée d‘Harold, laquelle compte à peu-près autant de soldats. Une colombe apeurée, blanche comme la vierge, est passé rapidement au-dessus des deux camps :
- « Christ rédempteur ! » a crié l’un des nôtres.
Certains se sont barré d’un signe de la croix sur leurs longs manteaux cousus de cuir ferré. Pour le chevalier Montgommeri, cette colombe est plutôt l’encouragement discret d’Hélène, la nièce du roi Höel, sa bien-aimée que certains disent fée et que son oncle destine à un autre que lui. Bien que cet amour partagé fut sans espoir, il baise sur son doigt l’anneau de promesse qu’ils ont échangé en cachette avant son départ. La pensée de sa douce Hélène le désespère et lui donne en même temps un regain de courage. Guillaume galope le longs de ses troupes rangées pour la bataille, acclamé par mille gorges énervées : Diex Aie ! Diex Aie ! On tape à l’unisson dans un bruit infernal, avec le gantelet, les grands boucliers pointus qui couvrent tout le corps. Les autres ont peu de chevaux, ont distingue leurs nombreux archers qui placent posément leur corde sur les grands arcs d’if. Montgommeri retient par les rênes son lourd destrier impatient, il serre durement dans sa main le bois de son javelot, raffermissant son cœur pour l’assaut imminent. Son champ de vision est réduit par son heaume luisant, mais il regarde droit devant lui, où se trouve ceux qu‘il faudra tuer. La brume montant des collines s’est maintenant complètement estompée, en révélant l’ampleur de l’armée ennemie, vers qui l‘on doit lever la tête. Le calme est revenu alors que les deux armées se dévisagent… Le silence des gorges nouées se fait de plus en plus oppressant. Comme pour chasser cette angoisse diffuse, une voix railleuse passe au-dessus du casque de Montgommeri pour interpeller les hommes d’Harold :
- « Apresmiez, farrains ! » (approchez, sauvages !) Cette bravade résonne dans le champ comme un signal attendu par tous. A l’instar de ses proches voisins, campé sur ses étriers, Montgommeri répond à l’ordre de Guillaume et éperonne enfin son cheval vaillant. Une pluie de flèches meurtrières s’abat tout d’un coup sur les normands, cueillant les premiers morts. C’est la ruée, ceux d’en face déboulent la pente herbeuse en hurlant leurs cris de guerre, les piques s’envolent en sifflant dans le ciel comme des serpents fous, perçant les broignes et les casques polis. Les premiers coups s’échangent de part et d’autre dans la violence de sanglants corps à corps. Flottant haut, l’étendard de Guillaume fonce bravement dans la mêlée confuse. Les chevaux galopent en masse furibonde que les flèches innombrables arrêtent brutalement, jetant les cavaliers en pâture aux épées aiguisées. Chacun lutte désormais sur son rival choisi. On piétine sans avoir le choix les morts déjà nombreux et les blessés qui gênent les mouvements. Pour tous, la survie est engagée, aux coups cinglants des longues épées que l’on enfonce dans les ventres distraits. Les têtes s’envolent en giclant aux alentours de désastreuses coulures de sang. Cette bataille monstrueuse durera jusqu’au soir… Il faut sauver sa vie et prendre celle des autres : pas de pitié ! Du haut de son cheval, Montgommeri fait tournoyer son épée sur les fantassins occupés qui ne peuvent répondre. Le chevalier exulte, il a déjà mis dans la tombe beaucoup de gens d’Harold ! Rien ne semble l’arrêter, il cogne sur l’ennemi avec puissance et rage. Le combat devient une marée furieuse où les chevaliers peinent à distinguer l’ami de l’ennemi, mais Montgommeri fait de son mieux, abattant sans relâche son épée gravée du nom sacré de Saint-Michel. Une grêle de pierres et de flèches le frôle dangereusement, à chaque instant il faut s’arranger pour sauver sa vie… Un moment, l’aile gauche des bretons est à la peine devant les lourdes haches saxonnes, Montgommeri pousse son cheval à la rescousse, c’est alors qu’il reçoit dans le dos un vireton qui traverse son plastron aux beaux clous d’argent, puis un autre … La douleur des deux coups se combine, elle est si vive qu’il tombe de cheval, sa chute est amortie par un monceau de cadavres anglais. Il reste longtemps sous l’emprise de la souffrance qui l’empêche de respirer, aux porte de l’inconscience. A quelques coudées, Il voit son cheval se faire éventrer sous ses yeux et tomber près de lui, aussitôt enjambé par un piéton normand inondé de sueur, plus que jamais acharné à la lutte. Tout s’agite au milieu des cris de rage et d‘agonie, car la bataille est loin d’être finie.
Sa blessure est mortelle, Montgommeri le sait, il perd son sang goutte à goutte avec sa vie… Il y autour de lui des acharnements belliqueux et des horreurs sans nom, mais le chevalier n’y prend plus garde, il rend à chaque souffle un peu de son âme à Dieu. Il ne sait pas si Guillaume gagnera l’engagement, mais quelle importance à présent ! Un cheval blanc fonce vers lui bousculant tout le monde, une flèche dans son cou lui macule le poil d’une longue traînée rouge. Au milieu du tumulte sanguinaire, il va piétiner le mourant dans sa folie, mais il semble qu’une main providentielle l’arrête juste à temps : la bête saute par-dessus le chevalier au dernier moment. Montgommeri ne sens déjà plus ses jambes, sa vue s’embrouille, il ne sait plus s’il rêve, le bruit des combats s’estompe peu à peu. L’herbe se fait étrangement douce. Alors qu’il essaie péniblement de dompter son supplice pour se coucher sur le côté, au-dessus de lui, plongeant du haut du ciel, la colombe revient voler sur lui, blanche comme la neige. Faiblement, les lèvres enfiévrées du blessé prononcent le nom d’Hélène… Soudain, il la voit, vaporeuse, si charmante qu’elle calme aussitôt sa douleur, car la colombe n’est autre que la jeune princesse Hélène qui penche au-dessus de lui sa pâleur de lait, pour lui offrir le réconfort de ses lèvres :
- « Mon ami, vous rappelez-vous nos secrètes escapades sur cette île près du Mont, n’y avait-il pas là pour nous un avant-goût de paradis ? Vous me preniez la main et je vous la donnais de si bon cœur, comment pourrais-je vous survivre, si jamais vous mourrez ? »
- « Belle douce amie, ma princesse adorée, mon Hélène chérie, Comment pourrais-je oublier que c’est là la première fois que vous m’avez offert si tendrement le calice de votre bouche… Ah ! Si je n’allais pas à cette heure vers ma fin inéluctable, j’aurais tué de ma main ce Tinabuk d’Espagne auquel on vous promet ! Vous que l’on dit Belle-Dame, écartez je vous en supplie les voiles de la mort qui se referment sur mes jours… Je veux encore monter à vos côtés les marches de ce Mont-Saint-Michel au péril de la mer et vous voir encore gentiment fouler le sable humide de la baie de vos charmants pieds-nus ! »
- « Hélas mon brave aimé, les fées ont leur limite, votre amour est à moi, mais votre vie ne m’appartient pas, je suis au désespoir de vous voir partir. Comment imaginer les prés-salés sans votre compagnie ? Je vous aimerais pour toujours et ne serais qu‘à vous, mon ami. »
L’apparition fabuleuse pose finalement sur la joue du chevalier un dernier baiser qu’il cueille précieusement au seuil de la mort. Il lui rend cette douce étreinte en y mettant toute la passion qui lui reste et referme à jamais les yeux sur les bonheurs du monde.
A la cour d’Hoël de Petite-Bretagne, l’annonce de la mort du chevalier Montgommeri a déchiré le cœur d’Hélène, qu’on appelle couramment au château la petite fée aux bienfaits, tellement elle sait enchanter de sa gracieuse présence les jours de ceux qui la côtoient. Un jour, une vieille aveugle qui se promenait aux abords du Mont-Saint-Michel affirme avoir été touchée par la main de la princesse et avoir de ce fait recouvré la vue. « Qu’il fait beau voir, avait-elle dit ! » Beauvoir, c’est ainsi que s’appelle désormais ce village où eut lieu ce miracle et qui fait face au mont… Quoiqu’il en soit, Hélène est si pleine de charmes qu’elle fait le bonheur quotidien de son oncle, mais il a dû la promettre en mariage à Tinabuk, un géant barbu de la lointaine Espagne qui lui a permis la victoire dans ses propres guerres. Hélas, il voit sa nièce dépérir chaque jour à la simple idée de cette union.
Dans son puissant château de bois et de pierre, le roi Höel est maintenant à la peine, il regarde sa belle Hélène se morfondre à la fenêtre qu’elle ne quitte plus jamais, le regard perdu sur la mer immense qui heurte la falaise. Sa nièce est parfois si étrange, certains murmurent qu’elle serait fée… Une servante lui a porté dans un panier les petits de la genette qui traque sans répit les rats infestant le donjon. D’ordinaire, Hélène aurait doucement caressé ces petites bêtes joueuses, aveugles et tachetées, mais elle ne les a même pas regardé ! Pendant ce temps, Tinabuk s’impatiente, il veut rentrer dans son pays Hélène à son bras et presse Höel de conclure leur mariage. Hélène n’a que mépris pour ce géant à la barbe crasseuse, à l’haleine putride, qui pue le cuir rance et mange comme un porc des viandes à peine cuites. Elle s’effraie d’être obligée de le suivre au-delà des Pyrénées… N’y tenant plus, elle moule son corps parfait dans la jolie robe de lin blanc à la ceinture bleue que Montgommeri appréciait tant et demande que l’on selle sa jolie haquenée. Elle contourne alors l’enceinte de la motte et part sans attendre vers le Mont-Saint-Michel, où Tinabuc la suit avec retard sur son lourd destrier. Il va la rattraper sur les prés inondés, mais la mer est haute et l’île que convoite Hélène est cernée par les eaux grises et froides. Elle ne voit aucune barque échouée sur la grève et elle sait que derrière elle, Tinabuc ne tardera pas.
Alors elle fait appel à son ancien pouvoir. Fortifiée par le souvenir douloureux du beau visage de Montgommeri, elle tournoie sur elle-même de plus en plus en vite et se couvre de plumes, elle devient une charmante colombe qui vole sur les vagues en direction de l’île au rythme de ses ailes blanches largement déployées. Elle se pose enfin sur l’îlot qui jouxte le grand Mont de Saint-Michel et redevient Hélène. Elle marche dans les genêts sauvages qu’elle a si souvent foulé avec son chevalier, pour rejoindre l’abri muet des dolmens qui protégeaient si bien leurs amours coupables. Là, elle salut de la main les goélands braillards qui se taisent à sa vue. Pleine de tristesse, éperdue de nostalgie, elle s’enfonce résolument dans cet ancien tombeau du temps sacré des druides où elle désire mourir dignement. Négligemment, elle passe en avançant sa main fine sur la pierre sans couleur. A son doigt, elle à rajouté l’anneau de promesse de Montgommeri, qu’un frère d’arme de son amant revenu plus chanceux de la sanglante bataille d’Hastings lui a rapporté. Elle tourne nerveusement ces deux bagues accolées sur son index fin, tout en s’enfonçant dans les profondeurs de l’îlot. Elle y découvre alors un souterrain secret où elle s’engage sans peur et sans lumière, guidée par son instinct de Bonne-Dame…
Pendant ce temps, Tinabuc a galopé tout le long du rivage pour trouver un bateau, il ne lâche pas sa proie. Après avoir emprunté l’embarcation d’un pauvre pêcheur, il débarque à son tour sur l’île des amants. Sa rage est grande de se voir éconduit, il promet de tuer Hélène de ses propres mains si elle ne se donne pas à lui dans l’heure qui vient ! Il se dirige à la bonne odeur du suave parfum de fleur que lâche la belle à chaque pas, ce n’est pas difficile. La mer sous le ciel infini semble désapprouver, elle se fait de plus en plus sombre et lèche de ses vagues noires les plages circulaires. Hélène est arrivé au cœur des profondeurs de l’île, d’en haut, un trou de la falaise inonde d’une belle lumière jaune une vaste grotte ou se trouve alignés en cercle plusieurs gisants de pierre. Hélène passe sa main sur le catafalque le plus proche, où gît la statue allongée d’un preux chevalier couronné. Elle lit sur le tombeau ces quelques mots habilement gravés : Artus Rex. C’est le tombeau caché d’Arthur de Bretagne, entouré de ses fidèles compagnons ! Se pourrait-il que cette île si près du Mont soit celle d’Avalon ? Dans cette crypte humide où se cachent les crabes verts et pousse sur les murs le varech salé, Hélène découvre aussi un fabuleux trésor étalé à ses pieds. De la vaisselle d’or, des couverts en argent, des coupes émaillées, de la belle monnaie scintillante, des armes magnifiques, des gemmes de toutes sorte : c’est le trésor d’Arthur qui attend le réveil de son maître, quand il sortira de son repos magique. Mais Tinabuk arrive enfin, essoufflé, Hélène le voit déjà fondre sur elle, la bave au lèvres et le regard lubrique. Pourtant, à la vue du prodigieux trésor, Tinabuk se fige, ses yeux exorbités font le compte rapide de la fortune qui parsème le sable de cette étrange caverne. Alors Hélène fait appel au grand roi, elle pousse un cri de terreur qui réveille aussitôt le maître de Brocéliande et ses onze chevaliers de granit : Lancelot, Sagremor, Galahad, Perceval, Tristan, Bedwere, Hector, Urien, Bohors, Gauvain, Kay ! Tous se relèvent de leurs gisants, parfaitement vivants… Mais Arthur arrête le bras de ses fidèles, il brandit lui-même l’épée Excalibur et se porte en avant sur Tinabuk. Ce dernier a lui aussi dégagé son épée. Les autres chevaliers ne bronchent pas et observent le duel, leurs épées sagement rangées dans les fourreaux et la main passée nonchalamment dans les baudriers.
Tinabuk avance en ahanant, c’est un rude combattant qu’affronte le roi des Bretons ! Les lames glissent l’une contre l’autre en lançant dans la grotte des étincelles bondissantes. Les coups pleuvent bruyamment et s’enchaînent dans une lutte à mort, longtemps indécise. Devant cette scène terrible, le front d’Hélène a pâlit. Le bras d’Arthur est fort et ne faiblit pas, il porte à Tinabuk des attaques furieuses que l’autre peine à repousser. Un moment pourtant, Arthur est en danger, il se voit reculer vers le piédestal de marbre sur lequel il dormait encore il y a peu. Tinabuk lève sa longue épée qui heurte sur la pierre en produisant un effroyable bruit métallique. Arthur contre-attaque ardemment, il tourbillonne Excalibur et fend l’air comme le diable le fait en enfer de sa queue de dragon. La fatigue à raison de Tinabuk, il cogne encore durement, mais ses coups son plus espacés, bientôt, il ne fait plus que se défendre… Arthur estime avoir assez joué, d’une feinte d’estoc, il s’élance en pointant la lame sacrée qu’il plonge sans faillir dans le cœur maudit de Tinabuk vaincu, lequel tombe raide mort au milieu du trésor en l’inondant de sang. Arthur jette un dernier regard à son adversaire étendu sur le sable :
- « Maudit soit-tu, félon ! Tu aurais dû savoir que celui qui à posé ses yeux d’humain sur le trésor d’Arthur ne verra plus le jour. Il faudrait être faïes pour l’espérer !!! »
Hélène à prit le temps de remercier Athur et chacun de ceux qui siégèrent aux temps heureux près de la table ronde. Ils ont reprit leur place, allongés pour toujours de leur sommeil minéral sur la pierre glacée. Autour d’eux, illuminant les parois, les particules de mica collées aux murs scintillent comme autant de paillettes d’argent. Hélène remonte à la surface, au centre des pierres dressés. En regardant vers le rivage, elle aperçoit la grande escorte du roi Höel, qui s’est enfin décidé à venir au secours de sa pauvre nièce, craignant à juste titre un mauvais coup de la part du géant Tinabuk. Le cœur serré, alors qu’elle était venue sur cet îlot pour y mourir, Hélène entend l’olifant d’ivoire qui se mêle au bruit de la mer montante. Höel s’est engagé à basse-marée, il éperonne son cheval suivit des siens qui se tiennent hardiment sur leurs nobles coursiers, Hélène leur fait signe en brandissant son beau foulard d‘azur et répond aux sonneries du cors de sa voix enchantée. Mais près du Mont-Saint-Michel au péril de la mer, la lagune est traîtresse… Avec horreur, Hélène voit la troupe de son oncle, hommes et chevaux, disparaître à jamais dans les flots qui roulent rapidement sur les sables mouvants. Quand la mer est complètement haute, elle a totalement englouti le roi et sa suite, laissant Hélène pleurer doucement sur son île isolée par les flots sans pitié. Beaucoup savent encore voir dans l’écume agitée qui monte autour du Mont, la belle armée d’Höel avalée par la vague pour y sauver la fée. Dans les cieux courroucés des heures de tempêtes, on peut entendre encore la fameuse trompe pousser son cri déchirant… Après avoir pleuré doucement les larmes de son corps, Hélène est descendu dans la crypte profonde où elle s’est endormi au pied d’Arthur, les deux bagues à son doigt. On l’entend quelquefois pleurer Montgommeri, c’est le mugissement qui frôle, plein de mélancolie, les enceintes massives qui grimpent à l’assaut du grand Mont.
Hélène est morte enfin, terrassée de chagrin, mais les anciens dieux ont refermé sur elle le sombre souterrain. Chacun sait que la belle gît-ici, ensevelie pour toujours dans sa robe de fête et qu’elle a retrouvé les chemins de l’amour. Personne n’ignore que cette île est devenue la tragique tombe d’Hélène que l’on appelle en souvenir Tombelaine. Chaque année, à la date où Hélène trépassa, les pèlerins et les pêcheurs du Mont assurent voir passer une blanche colombe qui vole à tire-d’aile vers Tombelaine, une rose odorante dans son bec fragile, fleur unique qu’elle va déposer sur les murs de pierre moussus. L’oiseau immaculé n’en repart qu’au soleil levant, quand le Mont-Saint-Michel s’illumine tout entier, pour un nouveau jour, d’une belle lumière dorée. Quelquefois, quand le temps est à la brume, on voit passer à marée basse une belle dame blanche qui trace dans le sable la marque de ses pieds nus. Parfois même, elle marche sur les eaux ! On dit qu’elle a sauvé de nombreux imprudents qui s’engageaient sans crainte dans les ensablements qui mènent à Tombelaine. On l’appelle fée des brumes, Hélène Bonne-Dame, où d’autres noms encore que les mouettes suggèrent.
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