Mot :   Pseudo :  
 
Bas de page
Auteur Sujet :

Médiéval - L'ordalie - 100% libre.

n°146
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 23-02-2006 à 15:28:17  profilanswer
 

(Il s'agit, ici, du chapitre 8 d'un roman médiéval en deux tomes, édité en petit tirage sur papier, quasiment épuisé - quelques exemplaires encore chez l'auteur; voir site - mais toujours accessible, pour une éventuelle télécharge payante, sur le site e-presse.fr  
Titre: Ainsi disait un troubadour.
Dans ce chapitre, il est question d'ordalie ou de duel-jugement. C'est l'occasion, pour celui qui est appelé Pierrelot et doué d'une force physique exceptionnelle, de se faire adouber et d'être désigné comme champion du comte de Rodez. Occasion pour le comte de se débarrasser d'un chevalier-routier devenu encombrant.
La Hire, autre chevalier-routier, dont il est question ci-dessous, vient d'être engagé par Pierrelot, en vue de la 2éme croisade. Pierrelot, peu après cette ordalie, est devenu châtelain...  
Mais voici le déroulement de cette ordalie. J'espère que vous ne serez pas trop déroutés par quelques termes ou expressions tirés du vieux français ou de la langue d'Oc.)  
 
                  *                   *                   *
 
 
 Naguère, à la cour de Rodez, dames et damoiselles n’avaient eu d’yeux que pour le champion du comte. Voilà d’emblée ce qu’on apprit ici au jeune routier La Hire, bien empressé de connaître la suite du comment le simple fils d’un serf finit par s’ennoblir.
 
 
Le comte Richard, père de Hugues, ne s’embarrassait ni de bonnes manières, ni de sentiments débonnaires , si cela ne servait point sa cause. Il laissait courir ou tranchait dans le vif s’il le fallait, sans souci d’équité, seul faiseur de lois, seul juge en tout, maître à l’égal de Dieu. On lui connaissait deux points faibles : une largeur d’épaules qui ne suscitait pas l’envie et une faiblesse de sénile égrotant , devant Alix, cette fille qu’il avait eue sur le tard.
Il convenait d’expliquer cela à La Hire, en même temps qu’on lui parlait de l’écuyer Pierrelot, mandé par le comte en son château, pour venir remplacer un fidèle et vieil écuyer rappelé à Dieu. Le comte Richard avait son idée sur le rôle qu’il espérait faire jouer à ce Pierrelot, sorti des écuries de La Garcie (Château du Ségala en Rouergue). Il avait remarqué l’impressionnante membrure de ce damoiseau des bois, l’avait vu à l’œuvre, et, l’ayant jaugé en connaisseur, il avait dit : ‘je le veux parmi mes hommes d’armes’. C’était aussi simple que cela.
Pierrelot n’était encore que jeune écuyer du seigneur Jean de Lusufre (voisin de La Garcie). Et, déjà, il ne connaissait pas les limites de sa force. Autant dire qu’humainement et, pour un duel de quelque nature qu’il fût, aucun adversaire ne lui résistait. A l’épieu, à la hache, à la masse, à la lance, à l’épée. Il n’y avait qu’à l’arc, où la justesse de son tir laissait encore beaucoup à désirer. A cheval, si d’aventure il se faisait désarçonner, la partie n’était pas pour autant jouée. Et pourvu qu’il ne fût pas éreinté par la chute, c’est au sol qu’il se sentait le plus sûr de lui.
A Rodez, l’écuyer affina son art de guerre. Le comte en fit un bachelier et, presqu’à la sauvette, l’adouba. C’était au moment où un chevalier routier, sans noblesse d’âme, une espèce de vaunéant , soupçonné de meurtrerie et peut-être du viol d’un garçonnet de huit ans, demandait à subir le jugement de Dieu . Ce criminel tentait de sauvegarder sa vie, grâce à  l’incertitude d’un duel en champ clos et sans merci .
Le routier ne connaissait pas Pierrelot, devenu bras armé de la justice du comte, pour la circonstance. Il accepta ce défi, trop heureux d’avoir à affronter un rustre encore sans grande réputation. Il ne connaissait pas davantage la pensée d’un comte trop heureux, quant à lui, d’avoir cette occasion rare, d’une part, de mettre à l’épreuve celui qu’il désignait là comme son champion et, d’autre part, de se débarrasser, espérait-il, de cet incontrôlable accusé, un puîné sans-avoir, depuis longtemps inavouable complice, dans d’inavouables et sacrilèges expéditions de rapine.
Pierrelot se serait proposé, si le comte Richard ne l’avait pas devancé. Le jour de l’épreuve arrivé, Pierrelot de La Garcie et de Lusufre, prit donc l’épée et la lance à pennons bleus, au nom de la justice comtale et divine. On n’avait pas trouvé de haubert  à sa taille. Mais Pierrelot s’en passerait. Il ne voulut pas de heaume, ni de cuirasse non plus ; même pas d’un chapel de fer. Sur sa gamboison  épaisse, ce qui le rendait encore plus imposant, de larges plaques de cuir fort lui protégeaient le buste. Son chef était enserré dans une ventaille, capuche à mailles de métal, prolongée d’un gorgerin qui s’étalait sur les épaules. Au bras gauche, il tenait un immense écu aux couleurs du comte.
Le routier, soumis au jugement de Dieu, de pied en cap tout habillé de fer, espérait bien esquiver la lance du justicier et parvenir à trouver la faille chez un adversaire si peu protégé. Il y aurait, pour cela, au moins trois affrontements en joute obligatoires, le long d’une lice de cinquante pas, marquée par une corde tendue et posée à même le sol. Si ces trois assauts ne suffisaient pas, le combat pourrait se poursuivre, selon les régles établies par Richard lui-même, au gré de l’un ou de l’autre des bretteurs .
Chacun s’équipait  des armes de son choix et userait des ruses qu’il voudrait, sauf à respecter ce qui avait été expressément édicté. Deux gens d’armes et à cheval étaient prêts à intervenir pour corriger le vil fallacieux .
Le comte ne dédaignait pas ce côté spectaculaire et exemplaire, de rendre la justice. Enfin, il voyait aussi, là, l’occasion d’un populaire déduit. Devant tous les témoins pressés en foule le long des palissades basses, érigées en cercle pour la circonstance, sur la vaste esplanade des foires, une fois les deux chevaliers à distance et se faisant face, lance levée, le départ fut corné.  
Bref, haut et clair !  
Pierrelot, bien calé sur le meilleur destrier du comte, un rien fendant , pointa et chargea sans hésiter. Le routier pointa de même et s’élança vaillamment. Seul le bruit des sabots des deux destriers sur le gravier, donnait la mesure de la tension. Les bêtes, fièrement emportées, allaient la tête haute l’une vers l’autre, sans d’autre souci que le plus grand galop. Avec vivacité et au dernier moment, le justiciable esquiva le coup en se couchant, prestement et de côté. Il ne se préoccupa même pas d’effleurer la tunique courte de cendal bleu, revêtue par le champion du comte.  
La foule, après des exclamations diverses, se reprit et ne put s’empêcher d’encourager les adversaires. Ceux-ci se remirent donc en place et le départ fut à nouveau corné.
Pierrelot, cette fois, s’écarta sensiblement de la lice, laissant aller sa monture librement, sans la brocher.  
Le routier, lui, éperonna des deux et ne surprit personne en renouvelant l’obvieuse  esquive de son premier passage. Au dernier moment, le champion détourna bien vers le bas le bois de sa lance. Mais en vain. Il aurait peut-être renversé le routier, s’il n’avait craint d’empaller la monture en plein col.  
La décision du champion était désormais prise, quant à la nouvelle tactique pour ce dernier assaut. Pierrelot, cette fois, ne se soucierait nullement ni de feinte ni de lance adverses. Il se fia seulement à la solidité de son bois de frêne. Au moment du croisement, il barra tout à la fois le passage au cavalier et à son caval .  
Ils roulèrent l’un et l’autre au sol, pêle-mêle, la lance du champion brisée en plusieurs tronçons !
Sans hâte, Pierrelot met pied à terre. Pis ! Il se débarrasse et de la courte épée qu’il portait au côté et de son immense écu. Sans presse , toujours, il sort de sa gaine la lourde épée accrochée au côté du destrier, celle que venait de lui offrir le comte. Une magnifique épée à pommeau-reliquaire. D’une platissade  sur le flanc, il invite sa monture à s’éloigner.
Le cheval du routier, de son côté, aussitôt relevé, s’est écarté, sans y être invité.
Tenant son épée à deux mains et pointée vers l’avant, Pierrelot s’avance sans faiblir, droit sur le malheureux adversaire, remis sur pieds, mais encore étourdi et un peu trantolant . A distance, le champion s’arrête. Il laisse souffler le routier.  
Ce dernier remet bien en place son heaume à nasal. D’une main, il tient son épée ; de l’autre un long poignard de chasse, caché contre la guiche, sous l’écu qu’il n’a pas lâché.
Pierrelot patiente encore. Il veut laisser à son adversaire le choix du moment de l’attaque.
Avant de se décider, le routier cherche du regard son destrier, au harnachement duquel sont accrochés hache et masse d’arme. Un instant, on le sent hésiter. Puis, il se retourne vers le champion, d’une demi-coudée plus haut que lui. Il porte en avant son écu jaune et noir, traversé d’un éclair rouge vif. Il le tient légèrement incliné, comme prêt à le porter au dessus de sa tête. De biais et louvoyant un peu, ramassé sur ses jambes, il s’avance.
Pierrelot, campé ferme, à front de lui , les pieds écartés, se tient immobile, la lourde épée à demi-lévée, tenues à deux mains. Son regard est chevillé dans celui de l’assaillant.
En cet instant, le silence est immense. Il ressemble à l’éternité. Le soleil est encore haut. A peine voilé. Le vent lui-même retient son souffle.  
 
Vif et soudain, le routier s’est jeté en avant. Il a assèné un coup fulgurant, du tranchant de l’épée, sur l’épaule gauche de Pierrelot. La maille du gorgerin est entaillée. Mais au-dessous, le cuir aduré et l’étoupe doublant le broigne ont amorti le choc. Le sang ne coulera pas ici. Pierrelot ignore le coup. Vif et pivotant aussitôt, il suit le routier dans son esquive sur la droite. Il abat sa lourde épée.  
Sinistre fracas ! Stupeur !… Stupeur et soulas !  
Comme l’éclair et la foudre à la fois, colère du Très-Haut, l’arme du champion a fait voler en éclats  l’écu de bois clouté. Il est pourfendu le fer du heaume, jusqu’au nasal.
Dans la foule, rumeur et frisson de grand émeuvement . Et à nouveau un lourd silence…
Une fois l’épaisse lame retirée du milieu du crâne ensanglanté, le chevalier heurté , celui qui avait quémandé la justice de Dieu, s’affaisse mollement sur la poussière du champ de foire.  
Il expirait.
Justice était rendue.
 
Vive Taillefer ! hurla soudain une voix pointue.  
Elle crevait la chape du silence.
 
Taillefer était né et remplaçait Pierrelot.
 
              *                   *                   *
 
( Si un seul le demande expressément, il sera possible de lire ici un autre chapitre - ou partie de chapitre long - du tome II ou du TomeI. Préciser le genre préféré: romance, poétique ou action comme ici.)


Message édité par mouysset le 23-02-2006 à 15:30:39

---------------
 
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en cliquant ici
n°150
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 24-02-2006 à 15:45:00  profilanswer
 

C'est pas mon chapitre préféré.
Mais il est utile et bien mené.
Jenny


---------------
 
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en cliquant ici
n°151
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 24-02-2006 à 16:06:39  profilanswer
 

Je n'ai pas voulu attendre la confirmation de mon inscription; je profite de mon passage au mas du grand pin et de l'abonnement Internet des "Mouysset", comme je l'ai déjà bien souvent fait!... Tout cela peut prêter à confusion. Désolée...
Jenny.


---------------
 
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en cliquant ici
n°152
jenny
Posté le 24-02-2006 à 16:36:56  profilanswer
 

C'est plus rapide que je ne pensais!
Bravo! :hello:

n°153
Ink
Répondeur
Posté le 25-02-2006 à 10:33:02  profilanswer
 

Salut Jenny,
 
On est prévenus maintenant. Ces interventions ne sont plus une surprise  :)
Mais c'est bien que tu aies ton propre compte.
 
NB. Je me permets de te tutoyer comme je le fais pour tout le monde. Si tu as un souci avec ça, il suffit de le dire, on peut s'adapter selon les sensibilités.
 
Si tu peux profiter de ton prochain passage chez René pour créer ton compte Allopass, je pourrai boucler la répartition des reversements sur "Eclats d'amour".
 
 :hello:

n°158
jenny
Posté le 25-02-2006 à 14:23:20  profilanswer
 

Merci pour l'accueil.
Je ne sais pas si René saura m'aider pour le compte. Il faudra qu'il se replonge sur la procédure...
Pas de problème pour le tutoiement.
A bientôt, dès que possible.
Bien amicalement à tous... :hello:


Message édité par jenny le 25-02-2006 à 14:26:42
n°206
Eridan
Mage noir
Posté le 03-03-2006 à 17:53:56  profilanswer
 

Avis,
C'est intéressant et à mon sens pour deux raisons :
- Un retour aux sources avec un vrai combat héroïque entre un méchant et un gentil, loin des cas de conscience pseudo cornéliens et des intrigues qui tentent d'être intelligentes.
- Une ambiance intéressante grâce aux mots "particuliers".
C'est bien pour un texte court mais je ne pourrais pas le supporter pour quelque chose de plus long (J'avais déjà pas réussi à avaler le "Trône de fer" ). Si les mots techniques passent bien, les expressions "étrangères" me heurtent.
 
Le texte :
Je n'ai pas cherché si l'acception (sans doute première) des mots dont l'emploi m'a paru litigieux était juste ou pas, il y en avait de trop. Je signalerai simplement une ponctuation à revoir avec de nombreux espaces entre la fin d'un mot et la virgule ou le point suivant.
- Une image que j'ai eu du mal à comprendre : "Ils roulèrent au sol, pêle-mêle…" Je pensais qu'il s'agissait des deux adversaires. Le "Ils" n'est pas clair.
- Et je proteste surtout contre une arrivée surprenante et complètement impropre du présent lors du duel à l'épée. Je ne sais pas pourquoi. Si c'est pour une question d'immersion, je garantis que le passé simple fait aussi bien.
-  "Sinistre fracas ! Stupeur !… Stupeur et soulas !  " Je suis aussi un farouche opposant aux phrases sans verbe.
- Mettre aussi les paroles entre guillemets  
Vive Taillefer ! hurla soudain une voix pointue.  
il avait dit : ‘je le veux parmi mes hommes d’armes’.

n°212
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 06-03-2006 à 10:20:45  profilanswer
 

Bien reçu, Eridan.
Je pense, en effet, que je me suis fait plaisir et que j'ai fait éventuellement plaisir à ceux qui ont dans l'oreille, depuis l'enfance, des expressions, des consonnances plus ou moins proches de celles que j'ai utilisées, surtout dans le Tome II. J'étais curieux de voir l'effet produit chez des  lecteurs qui ne sont pas dans ce cas. Et, effectivement, tu n'es pas le seul qui n'ait pas spécialement apprécié. Normal au bout du compte.
C'est une expérience que je ne renouvellerai pas.
Pour le "présent" ou le "passé simple", je pense aussi que c'est "à voir" et à chacun de se décider selon ce qu'il est. Heureusement l'auteur se reflète aussi avec sa différence dans une écriture personnalisée. Il est important de signaler qu'on aime ou pas en tant que lecteur; à l'auteur de décider de persister ou pas, selon ce qu'il cherche.
Pour les guillemets, j'avoue avoir profité de ce qu'aujourd'hui on trouve des textes avec ou sans guillemets.
L'important, c'est que le lecteur ne soit pas perdu.
Mais je reçois avec gratitude toutes ces remarques, qui ont leur justification. Elles aident à avancer.
Merci Eridan. :)


Message édité par mouysset le 06-03-2006 à 10:21:44

---------------
 
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en cliquant ici
n°213
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 06-03-2006 à 16:54:27  profilanswer
 

J'avoue avoir bien aimé ce passage qui se veut plus médiéval que fantastique, j'ai replongé immédiatement dans une ambiance que j'ai toujours affectionné. Comme disait Brassens: "Pardonnez-moi, Prince, si je suis foutrement moyenâgeux". Même si les mots techniques décrivant les parties d'armures ne m'ont pas gêné, ni les termes purement tirés du vieux françois, j'ai réussi à saisir (je crois) les mots issus de la langue d'oc,tout du moins leur sens général.  
Cela dit je me suis interrogé sur deux choses: La difficulté de réaliser un récit complet dans ce style. Cela doit demander une effort considérable de rechercher systématiquement le terme qui a des couettes, non?
D'autre part, l'intérêt pour le lecteur moyennement pourvu de culture médiévale, d'héraldique et de vocabulaire idoine.
(Ceci n'est pas une critique, juste une interrogation qui m'est venue en lisant ces lignes)
 
Pour le côté technique, je le laisserai à d'autres, n'étant pas du tout qualifié pour le critiquer, étant moi-même un piètre technicien. Toutefois le passage au présent m'a interpellé et je n'ai pas bien saisi non plus son utilité (j'avoue).
 
Il y a tout de même un terme précis qui m'a échappé, concernant la monture de Pierrelot : "Un rien fendant"...Si tu pouvais m'éclairer je t'en serais reconnaissant.
 
Bref, je trouve que l'ambiance de l'époque est rendue fidèlement (même si je n'y étais pas) et les termes choisis facilitent l'immersion. L'inconvénient est peut-être que tu risques de te fermer à un lectorat qui ne possède pas les qualités requises pour tout saisir. (Chez les profs d'histoires tu ferais un malheur :D )
Mais ça c'est un choix.

n°218
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 07-03-2006 à 11:16:43  profilanswer
 

Bonjour  :jap: et merci eskael d'avoir pris la peine de rédiger ce commentaire.
Globalement, je peux ajouter à ce que j'ai dit plus haut, que j'ai pris plaisir à rédiger les deux tomes de ce bouquin. Même si la rédaction s'est étalée dans le temps. Il y a eu surtout un décalage important entre le premier tome et le second. Le second où j'ai , toujours pour me faire plaisir, forcé la dose des termes et expressions anciennes ou d'Oc.
Mais je ne croyais pas trop -et j'avais raison- à la possibilité d'une édition chez quelque grand éditeur. Je me suis donc fait plaisir en espérant que ça plairait aussi à quelques autres, bien sûr.
Et c'était aussi une sorte de pari que je voulais relever: écrire un texte long et un véritable roman.
Je considère, même compte tenu des remarques fondées qui me sont faites, que j'ai réussi. Alors, le reste, ou la suite, m'importe moins.
J'attends davantage, au plan de la difusion, d'un ouvrage-témoignage sur la prison, comme "Ados derrière les barreaux", ou sur l'amour, comme "Eclats d'amour" , que sur "Ainsi disait un troubadour".  
J'ai pris plaisir à son écriture et, oui, ça n'a pas été facile. Mais la recherche, qui remonte loin maintenant(plus de vingt ans!), était passionnante. J'ai tourné la page...
" Un rien fendant"? peut se traduire par : " Avec un côté drôle, qui porte à sourire, alors que ça voudrait avoir de l'allure..., mais qui a tout de même de l'allure. Bref: pas tout à fait convaincant."
Voilà une expression, en effet, qui a retenu mon attention, qui m'a surpris, parce qu'elle ressemble tout à fait à une expression, disons d'argot moderne. Comme dans " se fendre la gueule". Ca m'a amusé. Je crois qu'on pourrait l'utiliser dans le langage moderne argotique. Je ne jurerais pas qu'il ne l'ait jamais été... Et j'ai noté, avec surprise toujours, que quelques  expresions considérées comme modernes, voire argotiques, avaient vraisemblablement leur racine dans le langage ancien. Je pense qu'il y a ainsi des expressions ou des mots, qui reviennent, même après des siècles d'inutilisation.
Ce que je dis là n'est pas scientifique, mais plutôt de l'ordre du ressenti, à partir de ce que j'ai lu dans des ouvrages traitant du langage ancien.
Pour ce qui est de la langue d'Oc, je suis originaire du Rouergue profond, paysan. Et si je ne pratique pas couramment cette langue colorée, je la comprends très bien.
Tu vois, comme tu dis, cela a été un choix. Et, surtout avec le recul ( je ne regrette rien) je comprends encore mieux, que, pour donner une vraie chance au manuscrit, il eût été préférable de restreindre de façon notoire les termes et expressions que nous évoquons.
Une dernière chose: je ne suis pas un inconditionnel du présent et je suis bien convaincu qu'on peut décrire avec autant de vivacité, voire davantage, en utilisant le passé simple, mais il comporte un avantage, c'est qu'il est plus facile à manipuler. C'est donc, au moins pour moi, aussi une simplification. Je n'ai pas trop changé au cours de mon existence, me souvenant que ceux qui avaient la charge de me noter, sans se soucier de ma faire plaisir, reconnaissanient au moins que j'avais le don de la narration. J'ai eu la faiblesse de les croire. :lol:


Message édité par mouysset le 07-03-2006 à 11:31:54

---------------
 
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en cliquant ici
n°219
Eridan
Mage noir
Posté le 07-03-2006 à 17:56:58  profilanswer
 

Pour répondre à ma réponse :  ;)  
Loin d'avoir dit que je n'avais pas apprécié, j'ai "trouvé cela intéressant", en tout cas pour un texte de cette taille.
Bien entendu, libre à l'auteur d'écrire avec son style et de sortir de l'ABC de l'écriture.
 
Sur le sujet des mots anciens qui reviennent je pourrais citer le "catogan", du seizième, remplacé par "queue de cheval" puis revenu avec la mode.
Sinon, il y a peu, ça faisait très "chébran" de dire "la maille", pour l'argent, un mot qui ne doit pas être loin du médiéval.
 
Pour en revenir à la langue d'Oc. La curiosité me fait me poser des questions. Ma cousine ayant étudié le français médiéval me disait que ça n'avait rien à voir avec le français moderne, qu'il est impossible pour un non initié de comprendre la moindre phrase. Et je pense qu'elle parlait de la langue d'Oïl, du nord, encore plus proche de la notre que la langue d'Oc du sud (c'est juste ça ?). A quoi ressemble vraiment cette langue ? Ma cousine a-t-elle exagéré ? Peut-on encore y trouver un air de famille ?  
 
 
 


---------------
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en  
cliquant

ici
n°225
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 08-03-2006 à 16:06:42  profilanswer
 

Merci Eridan pour tes précisions en premier paragraphe.
Je prends la critique offerte ici comme positive et j'avais lu (entre les mots et les lignes ) ce que tu m'expliques. :pt1cable:  
 
Tu donnes de bons exemples, je crois, qui illustrent ce que j'ai voulu dire, au sujet des mots anciens.
 
Ta cousine a raison, surtout pour quelqu'un qui n'aurait pas sérieusement appris le latin. Et même comme ça...  
Il est exact que la langue d'Oc a été évincée au profit des "suites" de la langue d'Oïl, langue du Nord de la Loire, en gros.  
C'est un peu comme en Espagne, où le Castillan avait pratiquement évincé le Catalan. Catalan qui fait un retour en force en Catalogne.
Après la dernière guerre mondiale, les paysans se comprenaient assez bien de Poitier à Barcelonne, en passant par le Rouergue où je suis né. Ce que je dis là concerne le langage parlé. Dès qu'on passe à l'écriture, ça se complique, parce que, en apprenant à lire le "français", nous avons acquis une prononçiation adaptée au "français".
Je m'explique: on a appris à prononcer le "v" = "vé" phonétiquement parlant. Or, en langue d'Oc, le "v" se prononce "bé". Si bien que "vaï" devient "baï". "O" se prononce "ou". Le "a" est plus proche du "ô" que du "a" simple. Et encore, ça dépend...: par exemple, " cada " qui signifie "chaque", peut se prononcer "cadô", avec l'accent sur "ca", en escamotant presque la voyelle de la fin, qui peut même devenir neutre, comme peut l'être "e". C'est vrai pour beaucoup de langues d'ailleurs. Ainsi, en arabe littéraire au moins, lorsqu'il s'agit de transcrire un nom seulement entendu prononcé, tel que le prénom "Anar", les voyelles sont tellement affaiblies que j'ai vu ce nom écrit au moins de trois façons: " Anar", "Unur" " Ener". Et il s'agissait toujours du même personnage. Quant à la prononciation, ce sont surtout les consonnes qui importent. Pour les voyelles, c'est un subtil et imprécis mélange des trois.
Voici une phrase écrite par l'un de mes frères qui a suivi des cours de langue d'Oc.
" Uei, los joves manca pas d'amusaments; val mai aital."
Moi, avec un accent de terroir propre à mon coin qui peut être différent (un peu) de celui de la commune voisine, phonétiquement, j'écrirais: " Uèï (accent sur le "è" ), lous djoubéss moncou pass d'ômusômeinss.
Bôl maï aïtal." ( J'ai mis deux "s" là où les "s" se prononcent, en fin de mot.
C'est sûr qu'entre le Rouergue et la Provence il y a des différences. Mais on s'y retrouve, à des exceptions près. Personnellement, sans l'avoir appris (et avec un peu de latin scolaire) je comprends le Catalan écrit et l'Italien aussi. Mieux que le Castillan qui est truffé de mots d'origine arabe.
Mais attention, là... , je ne suis pas un spécialiste. Et je ne me vexerai pas si un spécialiste me contredit! :kaola:  :sol:  :pt1cable:  
Pour ne pas trop prêter le flanc à la controverse, je vais m'arrêter là pour aujourd'hui. :jap:


Message édité par mouysset le 08-03-2006 à 16:54:42

---------------
 
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en cliquant ici
n°226
Eridan
Mage noir
Posté le 08-03-2006 à 18:14:06  profilanswer
 

Merci pour les précisions.
On comprend ainsi mieux ce qu'est la langue d'Oc, loin des clichés.
Tu confirmes ce que je supposais : quand tu dis que tu mets des expressions de la langue d'Oc dans ton texte, c'est en fait une sorte de demi traduction. Tu mets les mots en français moderne mais en faissant la traduction littérale et en laissant leur position d'origine dans la phase, ce qui donne une patine viellie. C'est ça ?


---------------
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en  
cliquant

ici
n°227
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 09-03-2006 à 20:53:21  profilanswer
 

Oui, c'est à peu près ça.
Localement, en Rouergue et ailleurs, dans les camapgnes surtout et les bordures, des mots tirés du "patois" ( langue d'Oc locale ) se sont francisés. Pour une part, j'ai copié ça.  
Il n'est pas rare, par exemple, dans notre contrée reculée, d'entendre dire de quelqu'un qui a fait une chute en roulant à terre, "il a escabêlé". "Escabelar", en langue du Sud, a cette signification. Je n'irai tout de même pas jusquà dire que "escabêlé" est un terme du français moderne.
Mais il est éventuellement et localement utilisé aujourd'hui dans le langage parlé, en cours de conversation en français.
Mais ces mots-là ne sont pas majoritaires, dans mon bouquin, parmi les mots à "patine vieillie".
Quelque fois, je suis allé jusqu'à écrire des phrases entières ou morceaux de phrases en patois, mais en donnant directement la phonétique, pour que ceux qui ne connaissent pas parfaitement s'y retrouvent éventuellement ou au moins puissent prononcer de façon proche de la réalité.
Exemple: "...et pièï, soul, s'end'es anat" = "...et puis, seul, il s'en est allé". Dans un moment d'émotion forte, la langue primitive maternelle revient à l'esprit; c'est le cas à ce moment-là.


---------------
 
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en cliquant ici
n°228
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 10-03-2006 à 11:05:58  profilanswer
 

Après coup, je trouve des remarques à faire pour affiner mon propos... :pfff:  
Quand j'écris: "et pièï...", c'est critiquable. On peut écrire "puèï". La prononciation est entre les deux.
Toujours le problème des voyelles pour ces langues surtout parlées.
Plus loin "s'end'es". Tout dépend comment prononce celui qui lit. " s'and..." n'est pas bon. C'est un "in" qui n'existe pas vraiment en français.  
Dernière remarque: le "t" de la fin d' "anat" se prononce comme éventuellement ( mais pas obligé) dans "fat" en français.
Je pinaille un peu, là... :pt1cable:


Message édité par mouysset le 10-03-2006 à 11:07:54

---------------
 
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en cliquant ici
n°229
Eridan
Mage noir
Posté le 10-03-2006 à 15:54:15  profilanswer
 

:lol:


---------------
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en  
cliquant

ici

Aller à :
Ajouter une réponse