Il paraît que ça ressemble à une nouvelle de lovecraft, mais comme je ne connais pas la nouvelle soit disant modèle ( ce que veut la lune je crois), je ne peux pas juger. En tout cas, j'y ai passé du temps, je l'aime bien, j'espère que vous aussi vous l'aimerez.
Attraction Nocturne
Je ne sais pas pourquoi j’y allais, mais je le faisais quand même. Cette question résonnait comme un leitmotiv dans toutes mes discussions avec mes amis. Ils ne comprenaient pas mon comportement, et franchement, j’étais bien d’accord avec eux.
Mais je ne pouvais pas m’en empêcher.
Tous les soirs, je répétais le même rituel, et à chaque fois, mon entourage renonçait à m’en dissuader. C’était plus fort que moi, personne n’aurait pu se mettre en travers de mon chemin. J’avais déjà tenté une multitude de moyens, je m’étais ligoté à une chaise, j’avais occupé mes nuits de loisirs tous plus intéressants les uns que les autres, je m’étais même tué à la tâche. Mais tous mes efforts se révélaient inutiles. Rien n’y faisait, mon coeur ne cessait de hurler sa souffrance, de réclamer son dû, de vouloir obtenir satisfaction. J’aurais préferer mourir plutôt que d’y déroger.
La nuit, l’immensité vide de l’espace, ses grands espaces déserts, ses champs de néant ou fleurissaient volontiers désolation et mort, reflets mornes du paysage où mes ancêtres vécurent, travaillèrent et périrent. Mes yeux s’y posaient parfois, se recueillaient quelques instants, et repartaient vers le haut. J’avais toujours les yeux braqués vers le ciel.
Pour n’importe qui d’autre, une telle habitude aurait paru anormale, voire suspecte. Mais je n’étais pas quelqu’un d’autre, j’étais moi, j’étais Haendre, un peu gros, un peu courtaud sur ses pattes, un peu trop poilu, je n’étais pas parfait mais au moins, j’étais moi.
Rêvasser des heures entières à la fenêtre de ma chambre ou observer l’incessant va-et-vient des véhicules enfumés ne me semblaient pas des activités dénuées d’utilité ou des loisirs oisifs. Au contraire, la diversité des situations me distrayait, exactement comme ce qui se passait la nuit.
Il n’y avait aucun secret, ce que je voyais, tout le monde pouvait le voir aussi. Aucun mystère là dessous, juste un effort de volonté sur soi-même, une touche de curiosité, l’envie de s’asseoir par terre et de lever la tête, de s’oublier, de négliger le torticolis menaçant et d’observer.
Au bout de quelques minutes, vous pouviez distinguer un astre brillant dans le ciel, bien net au milieu de toutes les étoiles voisines. Pour ma part, je m’étais équipé depuis longtemps d’une paire de jumelles, afin de ne plus me fatiguer en l’observant. L’investissement n’était pas primordial, mais permettait de distinguer plus de détails, de mieux comprendre la scène, de se faciliter la vie en somme.
Un peu plus loin, un autre astre se détachait de l’arrière plan sombre, et illuminait les environs. Lui aussi retenait mon attention. D’ailleurs, seules ces deux planètes m’intéressaient, je n’avais que faire des six autres, elles étaient banales, superflues, juste des bouts de terre et de roche qui tournaient en orbite autour d’une énorme boule de feu en fusion. Rien de bien palpitant, voilà bien longtemps que nos chercheurs les avaient étudiées et décortiquées en profondeur. C’est ce qui expliquait que j’étais le seul à observer l’espace, puisque la science ne vulgarisait plus ses découvertes à leur propos.
C’était si bête, j’aurais pu passer à côté et rester dans le troupeau toute ma vie, rester un être normal et sensé, qui dort la nuit et travaille le jour. Au lieu de ça, je suis devenu un marginal, travaillant le jour, observant la nuit, délirant le reste du temps. Je suis devenu le spectateur privilégié de cet étrange spectacle.
Un soir, alors que je jouais avec mes camarades, je m’éloignai d’eux de quelques dizaines de mètres et glissai sur une plaque de mousse, ce qui me fit tomber dans un ravin. Par je ne sais quel miracle, ma chute fut amortie et je ne me cassai rien de grave, juste quelques côtes. Mes camarades me cherchèrent quelques minutes, se demandant où j’avais bien pu passer., puis finirent par conclure que j’avais du rentrer par un autre chemin et m’abandonnèrent, seul, blessé, affolé.
Allongé sur la roche nue, je pus consacrer les longues heures d’attente à regarder le ciel, seul paysage à ma portée, je ne pouvais même plus tourner la tête, car le moindre mouvement provoquait d’intolérables douleurs. Pendant plusieurs jours, j’attendis les secours, mais je ne perdis pas mon temps. De grands secrets me furent révélés, cette période de jeûne et de méditation fut comme un rite d’initiation ancestral, des réflexes ataviques franchirent les âges pour se réincarner en moi. La carte céleste devint pour moi un nouveau foyer, mon nouveau refuge face à l’adversité du monde, ma compréhension dépassait celle des arcanes de ma conscience.
Lorsqu’on me retrouva, personne ne se douta de ma transformation. J’étais un être nouveau, étranger à ma propre race, un individu transcendé par une sapience divine, j’étais un orateur privilégié de ce nouveau monde. En des temps plus reculés, j’aurais été propulsé au poste de shaman ou sur un bûcher, mais dans notre monde moderne et aseptisé, j’ai seulement été transféré à l’hôpital, où les médecins crurent pouvoir me guérir avec leur outils à la pointe de la technologie.
Puis on me relâcha, et c’est à ce moment que ma nouvelle nature s’affirma aux yeux du monde. Personne ne comprit, et j‘en souffris un peu. Aujourd’hui encore, je regrette de posséder ce don qui m’éloigne de ceux qui furent mes amis. C’était un cadeau merveilleux certes, mais le prix à payer était si élevé.
Chaque soir, cet étrange ballet recommençait. Chaque soir était l’occasion d’un spectacle nouveau, dont je pensais être l’unique spectateur, clandestin qui plus est. Et le matin venu, je restais fasciné, et me désespèraos de la trop forte luminosité du jour, qui m’obligait à quitter la scène des yeux pour quelques longues heures. Heureusement, le soir revenait à chaque fois et comblait mes attentes.
Mes deux planètes de prédilection revenaient toujours, aussi illuminées que les nuits d’avant. Parfois, des éclats de lumière intense ponctuaient la scène, mais généralement, l’éclat restait stable, continu, toute la nuit. Mais ce n’était pas là le plus intéressant, plutôt les interactions entre les planètes. De longs sillages de feu, des arabesques et des courbes multicolores, des explosions de lumière, les reliaient et s’évanouissaient progressivement, se dispersant en petites grappes luminescentes . La distance me privait du son, et j’étais sûr que je ratais énormément de choses. Car les exécutants de ce spectacle improvisé avaient l’air de bien s’amuser, puisqu’ils recommencaient perpétuellement.
Et les années passèrent, dix ans, vingt ans, trente ans, je devins un adulte, puis un homme d’âge mûr, puis un vieillard. Mes amis vieillirent, partirent ailleurs, se marièrent, fondèrent des familles, moururent pour les moins chanceux. Moi, je restai seul, consacrant mes nuits à ma passion dévorante. Pour finir, je m’exilai dans un vieil hameau déserté par ses habitants, à partir duquel je pus me consacrer à ma passion sereinement, sans crainte d’être dérangé par un intrus moqueur. Un de ces béotiens hilares qui ne respectent rien, même pas la sagesse des anciens.
Et puis un jour, tout s’arrêta. Ou du moins, un des astres cessa d’émettre de la lumière, tandis que le spectacle entre eux diminua en intensité, puis cessa totalement. Seule la troisième planète continuait à vivre, la deuxième semblait morte. Et moi, sur la quatrième, je pleurai amèrement ma vie gâchée et désormais privée de sens.
Je me sentis triste, privé d’une chose essentielle. J’étais en manque, l’addiction était trop forte. Un sentiment bizarre s’empara de moi.
Privé de distractions, je passai mes nuits chez moi, à ressasser mes souvenirs. Ces dernières années, j’avais eu la prévoyance d’enregistrer quelques épisodes de cet haletant feuilleton, que je me repassais en boucle. Mais la consolation était bien maigre.
Cependant, je ne perdis pas espoir. Une nuit, je rêvai encore une fois de cet étrange ballet, mais contrairement à d’habitude, tout se passait entre l’astre survivant et ma planète. Ce rêve revint souvent, peuplant mon imaginaire d’espérances vaines. D’impression, le rêve devint pressentiment, puis conviction profonde. Je me décidai alors à quitter ma retraite pour rejoindre la civilisation.
Evidemment, beaucoup de choses avaient changé, mais on se souvenait encore de moi. Lorsqu’on me vit passer mes nuits dans ma chambre à dormir, mes pairs me crurent guéri, et ils se préoccupèrent de moi, me proposant travail, appartement, distractions. Et je les acceptai comme étant mon dû.
Pourtant, en secret, je continuai à vivre ma passion, mais celle-ci s’accomplissait désormais dans ma tête. Je ne pus tenir longtemps, et la fièvre s’empara de moi. Je me réveillai une nuit, et mes pas me conduisirent sur une place publique. Je ne sus jamais ce qui s’était réellement passé , mais je repris connaissance en prison. Selon les dires de mes geôliers, j’avais annoncé la venue des lumières filantes sur notre monde. Devenu prophète, j’avais auguré l’arrivée d’un messie, qui plongerait notre planète dans une ère de paix et de bonheur. Les flammes brûleraient l’héritage du passé et purifieraient ce monde sénéscent, le transformant en un monde nouveau.
Je ne fus jamais cru, je devins l’objet des moqueries et des insultes. L’opprobre publique tomba sur moi, et je fus considéré comme un criminel, voire pire. Révolutionnaire et fou, voilà les étiquettes qui m’étaient attachées. Je supportai ce fardeau avec courage et dignité, sachant en moi même que j’avais raison.
Et le peuple, mes concitoyens, continuait à vivre dans l’insouciance, heureux du jour présent, sans inquiétude pour le jour à venir, ne sachant que faire des individus comme moi, qui essayaient de changer l’ordre des choses.
Je croupis de nombreuses années dans cette geôle humide. Un carré de lumière, un trou dans le mur, me permit de ne pas perdre contact avec l’essence de mon être. Enfermé dans une geôle physiquement, j’étais une conscience libre, un être d’énergie pure qui s’envolait vers les cieux obscurs et guettait en vain ses sauveurs.
Une explosion sourde résonna dans la nuit calme, des torrents de feu submergèrent la cité tentaculaire, un vacarme assoudissant de sirènes aigues, des hurlements allèrent decrescendo au fur et à mesure que le rythme des détonations s’intensifia. Des trainées orangées rayèrent le ciel pourpre, de larges taches de cendre et de suie salirent le sol de régolite de la planète. La planète rouge en train de devenir noire, le rouge présent plus dans les flammes de la destruction que dans le paysage.
Le calme, le bombardement avait cessé...pour le moment. Par miracle, la prison était restée intacte, épargnée par la pluie de bombes. Les autres prisonniers hurlaient de peur, ou se morfondaient de désespoir. Nous avions faim, nous avions soif, nous étions sales, nous ne savions rien. Les geoliers avaient déserté depuis longtemps, occupés qu’ils étaient à essayer de sauver leurs maisons et leurs familles. Mais nous n’étions pas pour autant délaissés, d’autres personnes avaient décidé de s’occuper de la surveillance des détenus.
Des intentions moins amicales bien entendu, et puis, ils avaient des vengeances à exercer. J’entendais déjà le martèlement des pas dans les couloirs, le choc des barres de fer qui se cognaient dans les barreaux, les rires gras des tortionnaires. Je serai probablement le premier sur la liste. J’ai été le seul à prédire leur venue, prophétisant une ère de changement par le feu purificateur, même si je n’avais jamais été pris au sérieux par quiconque, Cassandre des temps futurs. Effectivement, les survivants pourront reconstruire du neuf et du mieux sur les ruines de la cité, du moins si on leur en laissait le temps, si les vaisseaux ennemis ne revenaient pas trop vite.
Des vaisseaux devaient déjà s’envoler depuis nos bases et s’envoler vers la planète ennemie, la troisième du système stellaire, puisque du duel entre elle et la deuxième, elle était la seule à avoir réussi l’épreuve nocturne. Sacrés voisins, ils ne pouvaient pas se contenter d’une planète, ils voulaient être les maîtres absolus de l’espace, probablement pour avoir plus de place pour polluer et salir, mais bon, je n’y pouvais plus grand chose désormais. J’avais pourtant essayé de les prévenir, de leur décrire les explosions thermonucléaires à la surface des planètes, les pluies acides de bombes, la chaleur des traits de lasers, les explosions dans l’espace et l’invasion brutale du vide spatial dans les vaisseaux. Mais ces images leur avaient semblé incongrues, issues d’une autre époque. Moi même y avait difficilement cru au départ, même en les décrivant, puis mon long séjour en prison m‘avait permis de comprendre.
Je n’étais pas un simple rêveur, ni même un messager des dieux. La vérité était toute autre, bien plus horrible, bien plus terrible. J’étais la balise de secours, l’inconnu au bout du monde, le lecteur potentiel, celui qui peut être un jour lira les dernières lignes et les avertissements d’un survivant, d’un fou, d’un désesperé. Ils avaient probablement voulu appeler à l’aide, obtenir le soutien d’un autre peuple, mais leurs S.O.S s’étaient perdus dans l’immensité de l’univers, et il avait suffi d’une malheureuse glissade pour que moi, Haendre, un simple martien, je le capte. Manque de chance ou occasion inesperée, je ne savais plus trop. Tout ce que je pouvais affirmer avec certitude, c’était mon échec. J’avais trahi les espoirs hypothétiques que plaçaient en moi des naufragés que je ne connaitrai jamais.
Ou peut être voulaient ils se servir de nous comme appâts. Peut être leurs adversaires devaient-ils suivre cette piste comme un chien court après un os. Ils nous auraient découverts, traqués, exterminés. A moins que ce ne soit exactement ce qu’ils ont fait, et donc l’explication de la guerre qui vient de se déclencher.
Je ne savais plus où j’en étais, j’en venais même à me demander si je n’avais pas condamné mon peuple par mon inconscience. J’en acquis même peu à peu la conviction. J’étais le bourreau de Mars, l’exterminateur de ma patrie. Je comprenais désormais l’origine du déplaisir de mes frères à ma vue. Ils avaient eu raison, je ne mérite pas de vivre, ni même de survivre.
Des halètements sourds devant ma porte, le cliquètement d’une clef dans la serrure. Des rires éthyliques étouffés. Ils devaient déjà rêver de m’arracher mes pédoncules, de brûler quelques pseudopodes, voire d’enfoncer quelques aiguilles bien acérées à travers ma couche protectrice de graisse. Je m’étais trompé, ils ouvraient la porte d’à côté, la 123, mais je perçus leurs soupirs de déception. Je n’hésitai plus, j’avais une dette à expier. Je me mis à hurler.
_ Hé les gars, je suis ici, c’est moi, Haendre, dans la cellule 124.
Un cliquetement précipité dans la serrure me répondit. Je courus vers mes sauveurs.
Message édité par orcusnf le 31-03-2007 à 11:10:08
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les 2 éléments les plus répandus de l'univers sont l'hydrogène et la connerie.