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SF- La Provende 100 %

n°252
talbazar
solve et coagula
Posté le 21-03-2006 à 16:33:29  profilanswer
 

Terminée d'écrire à l'instant même !!!
 
La Provende
 
 Chaque pays possédait la sienne. Ces machines sophistiquées appelées les "Provendes" fournissaient désormais à l’humanité obligée son unique source d’alimentation. On leur devait d’avoir enfin enrayé l’hécatombe causée par l’effroyable famine mondiale, due à l’appauvrissement progressif des dernières ressources alimentaires de la planète dévastée. Les précieuses Provendes procuraient à chaque homme de la terre ces deux indispensables gélules énergétiques que l‘on prenait accompagnée d‘un verre d‘eau de mer déstalinisée, vingt quatre heures sur vingt quatre, par les mêmes machines. Une capsule jour, une capsule nuit, il n’existait plus aucun moyen de se nourrir autrement sur la terre.
 
 Deux techniciens triés sur le volet cajolaient ces machines du matin au soir, avec la responsabilité écrasante de nourrir par cet expédient extraordinaire leurs compatriotes reconnaissants. Un système immuable s’était organisé autour de la maintenance de la provende nationale. Un unique expert en chef s’accompagnait dans l’autorité suprême de sa tâche d’un assistant moins expérimenté, qu’il formait lui-même durant une période de cinq années. En échange de ce glorieux service, il se voyait ensuite octroyer par le gouvernement une retraite anticipée autant que méritée, généralement prise sous de lointains tropiques. Ce maître absolu de la machine confiait ensuite les rênes de la Provende à son collègue, évidemment alors très fier de cette nouvelle et très attendue promotion. Ces courtes carrières formaient le sommet d’un parcours d’exception, la concrétisation d’un rêve professionnel quasiment inaccessible à la majorité des ingénieurs, mêmes les plus brillants.
 
 Précisément, je tenais à présent entre les mains l’ordre confirmant ma précieuse promotion, qui me voyait nommé expert en chef à mon tour, après avoir consciencieusement décodé les arcanes de notre Provende et assuré son service pendant ces dernières  longues années d’un labeur assidu. J’étais arrivé au sommet de mon projet professionnel, je vivais en plein l’aboutissement d’une sorte de rêve éveillé et magnifique. J’allais, avec mon nouvel acolyte, que je ne connaissais pas encore et que je m’apprêtais à former, posséder les commandes d’un incroyable et complexe système de production énergétique qui pondrait jour et nuit une alimentation savamment dosée, hyper-vitaminée, complète et accessible à tous, coiffant toute la gamme des besoins vitaux de l’organisme humain. Cette manne gratuite accessible à tous était le fruit splendide d’un long travail de transformation d’une matière première, une formule obscure qui constituait un secret bien gardé par les plus hautes sommités politiques mondiales. J’en ignorais moi-même les précieux composants, malgré ma fonction éminente aux commandes de la provende !
 
 Cette prodigieuse machine utiliserait pendant le temps de mon service la dose unique de son précieux combustible afin de le décupler, l’enrichir et fournir à chacun sa part de nutriments essentiels à sa propre survie. Comme Hector Ziolber, mon nouvel assistant que j‘allais bientôt rencontrer, j’avais autrefois moi-même suivi un itinéraire sans faille afin de parvenir à ce poste unique et jalousé d’assistant expert de la provende. Pour ma part, en devenant finalement expert en chef, je cédai à cet Hector un strapontin très envié. Mais avant de connaître un jour la consécration dont je bénéficiais à présent, Hector venait de suivre, comme toute les nouvelles recrues, un long séminaire de formation, au terme duquel il avait éliminé, par ses indiscutables compétences, un nombre impressionnant de concurrents malchanceux.
 
 C'était un quadra dont l'aspect négligé masquait en réalité un esprit vif doublé d'une profonde intelligence. Mal rasé, la chemise continuellement hors du pantalon, un air débonnaire qui ne présageait aucune assiduité, voir présumait d'une certaine paresse, cet homme que j'allais côtoyer pendant cinq années me fit au premier abord une impression défavorable. J’allais pourtant découvrir en lui des qualités rares qui me porteraient à réviser complètement ce premier jugement. Après les salutations d'usage, je le guidais dans le labyrinthe de couloirs, d'escaliers interminables que formait le vaste complexe abritant l'imposant système. Je voyais et comprenais parfaitement l'excitation qui gagnait mon camarade en approchant du saint des saints de la Provende :
- Mon cher Hector, ce que vous allez découvrir n'a pas grand chose à voir avec les simulateurs sur lesquels vous avez jusqu'à présent travaillé. Attendez vous à recevoir le choc de votre vie !
 
 Je devinais sans mal que l'émotion d'Hector se trouvait à son comble. J'enfonçais ensuite successivement nos cartes d'identification personnelle dans leur étroit logement, pour ouvrir l'énorme porte blindée qui nous séparait encore de la Provende. Les yeux d'Hector s'agrandirent de stupeur lorsque la machine se présenta finalement à nous. Je le laissais tranquillement s'abreuver du prodigieux spectacle, en me remémorant ma propre fascination lorsque je fus moi aussi promu assistant-expert, cinq années plus tôt.
 
 La Provende trônait au centre de sa salle d'exploitation. Ce monument parfaitement monstrueux dégageait une silhouette à la forme massive faite principalement de pièces de tôlerie cuivrée largement dimensionnées. Solidement rivée à ses parois, de nombreuses armatures de tiges d'acier frôlaient les plafonds presque trop bas. De plusieurs trappes d'accès, jaillissaient sur ses flancs de gros sabots en saillie, veinés de tubes plastifiés, lesquels rejoignaient en étoiles des pistons rotatifs, des barres stabilisatrices, qui déclinaient sans interruption dans la pièce une douce musicalité. De grosses pompes de mise en pression alimentées par injection veillaient à la régularité essentielle des échanges thermiques. Le pont rigide d'une étroite passerelle cerclait de son diaphragme chromé le ventre de la Provende, dans le but de permettre un contrôle visuel du dessus de la cuve. Sur sa gauche, d'imposants tuyaux contournés charriaient en permanence leurs liquides mystérieux en direction du poste de pilotage truffé de lampes rouges, vers lequel j'entraînais Hector, de plus en plus envoûté par le spectacle. Sur la large console, scintillaient sagement des diodes lumineuses, encadrées par une multitude de cadrans groupés. Je m'appuyais négligemment contre l’un des épaulements d’acier bichromaté, regardant Hector en m’amusant presque de le voir  cacher si mal sa grande impatience.  
 
- Alors ? Cette machine produit dans ses veines métalliques la nourriture exclusive de cent vingt millions de personnes, c’est intéressant, n’est ce pas ?
 
- Surtout lorsque l’on s’en voit confier les leviers de commande !
 
 Précisément, je notais d’un oeil exercé une difficulté d’écoulement sans gravité signalée depuis deux minutes par l’un des voyants correspondant à l’un des circuits hermétiques. Je laissais Hector analyser et corriger le problème à sa guise, mais je savais pouvoir lui faire une entière confiance :
 
- Votre baptême du feu, cher assistant !
 
 Passant pour la première fois de la théorie à la pratique, Hector jeta un rapide regard aux anodes alignées devant lui, puis il se pencha sur la grande tablette afin de pousser à peine l’un des curseurs régulant la température des électrodes incriminées. L’une des crémaillère de l’un des volumes latéraux articulés s’anima à peine. Un filetage au déclencheur souple rétablit rapidement l’équilibre fragile des échanges complexe du système. Nous partageâmes ensuite un regard satisfait, enchanté tous les deux par l’inauguration de cette prometteuse collaboration.  Tout le reste de cette journée, je donnais encore à Hector de nombreuses explications, alors que rien ne devait plus venir perturber le déroulement des étranges digestions de la machine, heureusement strictement automatisées.
 
 Bien évidemment, ce type d'alimentation normalisée avait définitivement banni chez les couples l’habitude plaisante des dîners intimes. Pourtant, ce soir là, lorsque je retrouvais Menolla dans notre nouvel appartement de fonction, on n'aurait pas omis d’observer qu’elle avait placé selon une expression empruntée aux temps révolus, « les petits plats dans les grands ! ». Au milieu d’une ambiance doucereusement érotique, savamment orchestrée aux quatre coins du salon par une infinité de photophores colorés, Menolla m’offrit le triomphe de sa somptueuse beauté physique. Je savais que ma promotion donnait le coup d’envoi à la satisfaction du désir d’enfant de mon amie. Dans un langoureux corps à corps où j’abreuvais Menolla d’un arsenal de caresses inédites autant que voluptueuses, nous nous acharnâmes à mettre ce projet en action,  jusqu’au bout de la fatigue la plus extrême.
 
 Cinq années se sont écoulées depuis ces heures enchanteresses. Hector est finalement devenu mon égal et pourrait se permettre de diriger la Provende les yeux fermés. J’ai atteint la limite temporelle imposée à ma digne fonction. Avec Menolla et Lia, notre fille de cinq ans, nous partirons bientôt terminer nos jours sous les rayons généreux d’un soleil mérité, éternel et chaleureux. Je bénéficierais d’une pension de retraite confortable, ce qui n’est qu’un pâle euphémisme pour parler d’une rente considérable, laquelle m’assurerait une jolie fortune. Je nageais au comble du parfait bonheur.
 
 La Provende était devenue pour moi plus qu’une simple machine à nourrir l’espèce humaine. Elle personnifiait pour moi une amie intime, une confidente muette dont, en vétéran, je décodais chaque jour le langage discret. Je tirais dans les coulisses de la bête le meilleur parti de son étrange complexité. Avec l’autorité de mon expertise, je posais ma patte, apportant des réponses parfaites pour renforcer la vitalité de ses cellules en multiplication constante. J’entrais au cœur d’une relation intime avec la Provende enfermée dans la monotonie des processus laborieux de minéralisation soumis aux activateurs biotiques, je lui prêtais non sans audace un corps et même, à la limite, une sorte d’inconscient...
 
 Au sein des transmissions en constante évolution, je restais pourtant son  maître, le guide précieux. Je traquais les marquages, jour après jour, gérant au mieux une flopée de micropoudres, jaugeant l’efficacité des actifs, examinant la flore et les omégas. Je visualisais sans repos la position des curseurs, dans une ambiance électrique, afin de contraindre les surplus d’hormones à activer certains enzymes. Au milieu d’une constante brume aromatique, je me satisfaisait d’une excellente prolifération bactérienne et virale. J’était enchanté de sentir viscéralement la Provende brûler ses calories, avant de régurgiter patiemment son lot de molécules complexes. Je rendais le système de défense réactif, pour mieux prévenir la machine des maladies métaboliques. Attentif aux pics de l’index glycémique, je freinais les sucres, plaçant par ailleurs au meilleur taux les matières grasses, les vitamines B et C, le zinc et la cystine. Je limitais particulièrement les échauffements et Hector prenait de plus en plus souvent le relais pour faciliter ma tâche, stimulé quand à lui par un zest d’ambition, car il prendrait bientôt ma place.
 
 Ce jour vint enfin. Les reins brisés après une ultime nuit de veille, toussant dans l’air climatisé, je passais mes dernières minutes seul aux commandes de la Provende, attentif comme toujours à optimiser ses précieux équilibres. Nous arrivions au terme de ma précieuse mission. Parallèlement, le combustible premier de la machine serait à nouveau renouvelé, fidèlement approvisionné sur la règle d’un cycle-temps invariable. J’étais attentif à contrôler le contenu d’une ampoule, lorsqu’un  panneau s’ouvrit sans faire de bruit, sur l’un des côtés de l’énorme cuve. Je restais stupéfait car j’ignorais tout de cette singulière fonctionnalité. Intrigué, je m’approchais de l’ouverture qui ne dégageait qu’une sorte de cabine d’ascenseur en acier. Un écran allumé, incrusté dans la paroi me faisant face, m’ordonna d’avancer complètement dans ce mystérieux réduit. J’obtempérais. Le panneau d’ouverture coulissa pour se refermer brutalement dans mon dos. Plongé soudain dans le noir absolu car l’écran s’était aussitôt éteint, j’entendais mon cœur battre follement, au milieu de cette nuit incompréhensible.
 
 Puis je sentis les organes vitaux de la Provende se mettre en branle. Je me vis baigner peu à peu dans une sorte de liquide poisseux et nauséabond qui montait rapidement le long de mes jambes, inondant peu à peu la cabine. En vain, je tentais d’appeler à l’aide, mais pour finir, je me dissolvais totalement pour devenir le fameux sérum physiologique, l’indispensable combustible secret, l’énergie primordiale tirée de chacune de mes propres cellules que la Provende saurait démultiplier et enrichir à son avantage pour une nouvelle période de cinq ans, au bénéfice du pays tout entier.
 
 Gourmande de cette attendue matière première, la machine feulait comme jamais de ses suintements bienheureux. Plus tard, le gouvernement y veillerait, Menolla emmènerait malgré tout notre  petite Lia au soleil lointain, maudissant pour elle-même mon inexplicable disparition.


Message édité par talbazar le 16-04-2006 à 12:03:15
n°281
orcusnf
les dents de l'amer...
Posté le 15-04-2006 à 18:09:52  profilanswer
 

je l'ai lue il y a quelques semaines, j'ai bien aimé le concept. je m'y attarderai pour détailler la nouvelle.

n°282
talbazar
solve et coagula
Posté le 16-04-2006 à 12:02:16  profilanswer
 

Merci mon prince ! :jap:


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n°283
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 17-04-2006 à 10:18:13  profilanswer
 

Beaucoup d'imagination!
J'admire particulièrement la description de la Provende qui "trônait au centre de la salle d'exploitation..."
Et la chute très inattendue, par moi en tous cas.
J'ai lu vite, mais tout cela me semble parfaitement bien écrit.
Bravo talbazar!


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n°284
talbazar
solve et coagula
Posté le 20-04-2006 à 10:23:15  profilanswer
 

Merci Mouysset. Malheureusement, je n'ai guère de temps à consacrer à ce forum, ça me désole. Je suis honteux de ne pouvoir m'attarder davantage sur les excellents textes de tous. C'est chiant.  :sweat:  

n°328
orcusnf
les dents de l'amer...
Posté le 11-06-2006 à 09:57:10  profilanswer
 

j'ai pensé à ton texte hier, tu pourrais peut être essayer de l'envoyer au webzine marmite et micro-ondes, comme il parle de bouffe, il pourrait passer. ( et il n'est pas mauvais en plus)

n°329
talbazar
solve et coagula
Posté le 20-06-2006 à 14:12:56  profilanswer
 

késako la coco ?
balance le lien, cher baleine, que j'aille faire un tour dans leur cambuse !
et merci, mousaillon ! :jap:


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n°333
orcusnf
les dents de l'amer...
Posté le 22-06-2006 à 16:57:24  profilanswer
 

marmite-et-micro-onde.org

n°452
Eridan
Mage noir
Posté le 20-06-2007 à 11:41:19  profilanswer
 

Avis :
Ah ! Un Talbazar, cela faisait longtemps que je ne m'étais plus penché sur un de tes textes. On y retrouve tout ce qui fait ta force, mais aussi tes faiblesses.
 
L'histoire est correcte, peut-être un peu longue et descriptive, mais digne d'intérêt. Elle est sans surprise car, dès que tu as parlé de "seule ressource" j'ai songé à "Soleil vert".
Bon, j'ai toujours du mal avec ta science-fiction un peu light au niveau science. Techniquement, je vois mal tenir tous les besoins énergétiques pour une personne en deux gélules par jours, c'est une question de rapport masse/énergie. Le problème ne vient pas des apports en vitamines/sels minéraux et compagnie, mais bien qu'il faut une certaine quantité de matière pour véhiculer les quelques 2000 kcal qu'il faut par jours. De même, deux gélules posent le problème des besoins journaliers qui diffèrent selon les personnes et leurs activités. Et quid des enfants ? Ce sont des détails, mais c'est ce qui fait la différence entre un univers solide et un simple concept.
Encore dans le même domaine, tu parles de la "matière première" secrète ou "combustible" ou "énergie primordiale" tout ces termes ne me conviennent pas. J'aurais appelé ça plutôt un catalyseur ou une "référence de culture" car pour produire un millier de tonne de gélules, il faut bien apporter un millier de tonne de matière première. Rien ne se perd, rien ne se créé. Quoi que, en théorie, si la matière peut devenir énergie, l'énergie peut devenir matière, mais la provende ne semble pas fonctionner selon ce principe, mais bien comme une culture biologique.
 
Au niveau texte : l'utilisation de terme techniques/mécanique un peu au petit bonheur la chance. Je t'en avais déjà parlé pour une autre nouvelle. Par exemple "un filetage au déclencheur souple".
J'ai surtout eu un gros problème avec la narration. Il s'agit d'un mode à la première personne. Déjà pour les deux premiers paragraphe de présentation du monde. Si toi, tu venais à décrire la situation du nucléaire, tu dirais : "la plupart des pays d'Europe possèdent des centrales nucléaires". Or, tu utilises l'imparfait. Au présent, cette mise en bouche serait déjà plus juste mais surtout plus immersive, plus attractive.
Et c'est pareil pour tout le reste du texte avec une utilisation constante de l'imparfait.
La narration à la première personne pose la question "quand se fait-elle ?" Et là tu changes plusieurs fois le référant en le marquant à peine par un saut de ligne. Il faudrait des marques bien plus prononcées, voire même une date, comme sur un journal.
Et tant qu'à faire, mettre tout à un temps bien plus agréable et immersif : passé simple (comme s'il racontait sa journée) ou présent (ce qui cadre avec la fin "dématérialisée" )
 
Bref, il s'agit de questions de rigueurs, elles paraîtront sans doute négligeables à la plupart des lecteurs, mais je pense que cette histoire gagnerait en force avec une forme remaniée de la sorte.
 
 
 
Bon, allez, je te mets une revue de texte détaillée à la suite :
 
Chaque pays possédait la sienne.
 
J'en ai parlé
 
Ces machines sophistiquées appelées les "Provendes" fournissaient désormais
 
A mon sens "désormais" exclut directement l'utilisation de l'imparfait
 
 
Les précieuses Provendes procuraient à chaque homme de la terre ces deux indispensables gélules énergétiques que l‘on prenait accompagnée
 
ées
 
d‘un verre d‘eau de mer déstalinisée, vingt quatre heures sur vingt quatre, par les mêmes machines. Une capsule jour, une capsule nuit, il n’existait plus aucun moyen de se nourrir autrement sur la terre.
 
 
Terre avec une majuscule, peut-être.
 
J’allais, avec mon nouvel acolyte, que je ne connaissais pas encore et que je m’apprêtais à former, posséder les commandes d’un incroyable et complexe système de production énergétique qui pondrait jour et nuit une alimentation savamment dosée, hyper-vitaminée, complète et accessible à tous, coiffant toute la gamme des besoins vitaux de l’organisme humain. Cette manne gratuite accessible à tous  
 
Répétition d' "accessible à tous"
 
était le fruit splendide d’un long travail de transformation d’une matière première, une formule obscure qui constituait un secret bien gardé par les plus hautes sommités politiques mondiales. J’en ignorais moi-même les précieux composants, malgré ma fonction éminente aux commandes de la provende !  
 
C'est trop direct, trop clair quant à l'origine de cette matière première. Quoi que, je n'imaginais pas une personne unique étant donné la quantité de matière qu'il faut sortir
 
Cette prodigieuse machine utiliserait pendant le temps de mon service la dose unique de son précieux combustible afin de le décupler, l’enrichir et fournir à chacun sa part de nutriments essentiels à sa propre survie.
 
Pourquoi "propre survie", "survie" tout court suffit.
 
Je devinais sans mal que l'émotion d'Hector se trouvait à son comble. J'enfonçais ensuite successivement nos cartes d'identification personnelle
 
Au pluriel
 
 La Provende trônait au centre de sa salle d'exploitation. Ce monument parfaitement monstrueux dégageait une silhouette à la forme massive faite  
 
"dégager une silhouette" me semble impropre.
 
principalement de pièces de tôlerie cuivrée largement dimensionnées. Solidement rivée à ses parois, de nombreuses armatures de tiges d'acier frôlaient les plafonds presque trop bas. De plusieurs trappes d'accès, jaillissaient sur ses flancs de gros sabots en saillie,
 
je ne vous pas du tout ce que décrit ces "sabots".
 
 veinés de tubes plastifiés, lesquels rejoignaient en étoiles des pistons rotatifs, des barres stabilisatrices,
 
Je suppose qu'on est pas censé visualiser ce que tu décris, mais juste un tirer un sentiment de machine de métal, de verre et de fluides.
 
 qui déclinaient sans interruption dans la pièce une douce musicalité. De grosses pompes de mise en pression alimentées par injection
 
des pompes hydrauliques quoi. Des pompes hydrauliques (ou pneumatiques) animées par des pompes… Ca peut ce tenir dans la mesure ou une pression primaire alimente un réseau de pompes délivrant différentes pressions utiles.  
 
 
- Alors ? Cette machine produit dans ses veines métalliques la nourriture exclusive de cent vingt millions de personnes, c’est intéressant, n’est ce pas ?  
 
 
qui parle ? on le devine, mais l'expliciter, c'est mieux.
 
- Surtout lorsque l’on s’en voit confier les leviers de commande !  
 
 Précisément, je notais d’un oeil exercé une difficulté d’écoulement sans gravité signalée depuis deux minutes par l’un des voyants correspondant à l’un des circuits hermétiques.
 
C'est mieux pour un circuit d'être hermétique
 
 Je laissais Hector analyser et corriger le problème à sa guise, mais je savais pouvoir lui faire une entière confiance :  
 
- Votre baptême du feu, cher assistant !  
 
 Passant pour la première fois de la théorie à la pratique, Hector jeta un rapide regard aux anodes alignées devant lui,
 
Tu parles du pupitre ou de ce qui se trouve plus loin, des composantes de la machine ? Parce que si c'est les électrodes du pupitre qui posent problème, le truc est aussi mal fichu qu'un produit Microsoft.
 
 puis il se pencha sur la grande tablette afin de pousser à peine l’un des curseurs régulant la température des électrodes incriminées. L’une des crémaillère
 
pluriel
 
de l’un des volumes latéraux articulés
 
C'est quoi ?
 
 s’anima à peine. Un filetage au déclencheur souple
 
J'en ai parlé
 
 rétablit rapidement l’équilibre fragile des échanges complexe du système. Nous partageâmes ensuite un regard satisfait, enchanté tous les deux par l’inauguration de cette prometteuse collaboration.  Tout le reste de cette journée, je donnais encore à Hector de nombreuses explications, alors que rien ne devait plus venir perturber le déroulement des étranges digestions de la machine, heureusement strictement automatisées.  
 
 Bien évidemment, ce type d'alimentation normalisée avait définitivement banni chez les couples l’habitude plaisante des dîners intimes. Pourtant, ce soir là, lorsque je retrouvais Menolla dans notre nouvel appartement de fonction, on n'aurait pas omis d’observer qu’elle avait placé selon une expression empruntée aux temps révolus, « les petits plats dans les grands ! ». Au milieu d’une ambiance doucereusement érotique, savamment orchestrée aux quatre coins du salon par une infinité
 
Ce n'est pas un peu beaucoup ?
 
 de photophores colorés, Menolla m’offrit le triomphe de sa somptueuse beauté physique. Je savais que ma promotion donnait le coup d’envoi à la satisfaction du désir d’enfant de mon amie. Dans un langoureux corps à corps où j’abreuvais Menolla d’un arsenal de caresses inédites autant que voluptueuses, nous nous acharnâmes à mettre ce projet en action,  jusqu’au bout de la fatigue la plus extrême.
 
A ce point !  
 
 Cinq années se sont écoulées depuis ces heures enchanteresses.
 
Là tu marques assez bien le changement référence de narration. Mais tu entres en conflit avec le tout début : "Précisément, je tenais entre mes mains l'ordre confirmant…"
 
 Hector est finalement devenu mon égal et pourrait se permettre de diriger la Provende les yeux fermés. J’ai atteint la limite temporelle imposée à ma digne fonction. Avec Menolla et Lia, notre fille de cinq ans, nous partirons bientôt terminer nos jours sous les rayons généreux d’un soleil mérité, éternel et chaleureux. Je bénéficierais d’une pension de retraite confortable, ce qui n’est qu’un pâle euphémisme pour parler d’une rente considérable, laquelle m’assurerait une jolie fortune. Je nageais au comble du parfait bonheur.  
 
 La Provende était devenue pour moi plus qu’une simple machine à nourrir l’espèce humaine. Elle personnifiait pour moi une amie intime, une confidente muette dont, en vétéran, je décodais chaque jour le langage discret.
 
Là, il y a une opposition entre "confidente" et "langage discret". Le propre d'un confident c'est d'écouter sans parler. Là, c'est plutôt le gras qui est le confident.
 
 
 Je tirais dans les coulisses de la bête le meilleur parti de son étrange complexité. Avec l’autorité de mon expertise, je posais ma patte, apportant des réponses parfaites pour renforcer la vitalité de ses cellules en multiplication constante. J’entrais au cœur d’une relation intime avec la Provende enfermée dans la monotonie des processus laborieux de minéralisation soumis aux activateurs biotiques, je lui prêtais non sans audace un corps et même, à la limite, une sorte d’inconscient...  
 
 Au sein des transmissions en constante évolution,
 
Que veux tu dire par là ?
 
 je restais pourtant son  maître, le guide précieux. Je traquais les marquages, jour après jour, gérant au mieux une flopée de micropoudres, jaugeant l’efficacité des actifs, examinant la flore et les omégas. Je visualisais sans repos la position des curseurs, dans une ambiance électrique, afin de contraindre les surplus d’hormones à activer certains enzymes. Au milieu d’une constante brume aromatique, je me satisfaisait
 
ais
 
d’une excellente prolifération bactérienne et virale.  
 
Vu le peu de poids d'un virus, je ne vois pas à quoi ça peut bien servir.
 
 
J’était
 
ais
 
enchanté de sentir viscéralement la Provende brûler ses calories, avant de régurgiter patiemment son lot de molécules complexes. Je rendais le système de défense réactif, pour mieux prévenir la machine des maladies métaboliques. Attentif aux pics de l’index glycémique, je freinais les sucres, plaçant par ailleurs au meilleur taux les matières grasses, les vitamines B et C, le zinc et la cystine. Je limitais particulièrement les échauffements et Hector prenait de plus en plus souvent le relais pour faciliter ma tâche, stimulé quand à
 
quant
 
ui par un zest d’ambition, car il prendrait bientôt ma place.  
   
 
Voilà. Bon, si j'arrive après que ce cette histoire soit définitivement classée, tant pis pour moi, j'avais qu'à la lire plus tôt  :hello:  
 


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n°453
talbazar
solve et coagula
Posté le 30-06-2007 à 13:20:05  profilanswer
 

eh bien comme toujours, je reste effaré par le rigueur de tes remarques et de tes réflexions. Il est certain que le point de vue scientifique s'éclipse un peu au profit d'une certaine dose d'onirisme, dans ma façon de traiter ce texte. Je n'avais pas la notice d'emploi de cette machine, après-tout !
 
enfin je te remercis beaucoup de t'être penché aussi savamment sur cette nouvelle.
 
Pour cause de taff, je serais sur mon ordi par de brêves intermittences, donc peu présent, en fait, et ton intervention m'est une heureuse surprise, en fait.
 
J'apprécie ton point de vue de lecteur, c'est drôle comme le décodage sensible d'un texte , (en dehors de la technique, qui ne sort guère des règles, après-tout) peut être si éloigné, que l'on soit auteur ou lecteur, c'est vraiment le sel de ce forum, oui, vraiment. :hello:

Message cité 1 fois
Message édité par talbazar le 30-06-2007 à 13:20:43
n°454
Eridan
Mage noir
Posté le 30-06-2007 à 17:12:52  profilanswer
 

talbazar a écrit :

c'est drôle comme le décodage sensible d'un texte ,  peut être si éloigné, que l'on soit auteur ou lecteur


C'est sûr !
C'est pour cela qu'on ne peut pas se passer d'un avis extérieur.
Plus compliqué encore : le décodage peut être différent selon le lecteur.
 
Mais toi, tu voulais dire quelque chose d'autre par rapport à ce que j'ai compris ? Et quoi ?


Message édité par Eridan le 30-06-2007 à 17:15:07

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n°456
talbazar
solve et coagula
Posté le 07-07-2007 à 10:40:15  profilanswer
 

non, non, mais je suis étonné de ta demande aussi rigoriste, j'ai l'impression à lire tes commentaires d'avoir écrit une nouvelle complètement incohérente, c'est drôle.


Message édité par talbazar le 07-07-2007 à 10:42:55

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n°457
Eridan
Mage noir
Posté le 07-07-2007 à 16:58:14  profilanswer
 

Non, pas complètement incohérente, ni même incohérente du tout au niveau de l'histoire. En revanche, au niveau des techniques, des inventions, c'est un peu léger dans le domaine scientifique et là, c'est vrais que je  suis très rigide dans ce qui me semble possible ou pas. Ou dû moins toute découverte, tout changement par rapport à la science d'aujourd'hui doit même précisément expliqué. Ici, c'est surtout un problème de rapport entre l'énergie et la matière.
 


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