Je poste le chapitre trois, pour ceux qui seraient interressés. J'ai corrigé au mieux le ch 1, je sais qu'il y a encore a faire, j'ai essayé de suivre les conseils qu'on m'a donné. Il doit sans doute rester des fautes d'orthographe, et des choses à revoir. Je compte sur votre indulgence.
Pour une meilleure lisibilité, le texte est dispo en pdf sur le site : http://peter.rulian.googlepages.com/
Chapitre 3 : Peter se prend un vent
Après la déculottée qu'il venait de se prendre, Peter n'avait guère envie de traîner à l'école. Dès qu'il le put, il rentra chez lui et gagna sa chambre où il se changea des pieds à la tête. Il choisit dans sa commode une élégante chemise de soie blanche ainsi qu'un long pantalon noir qui, pensait-il, faisait ressortir son joli petit postérieur.
Il prit soin de parfaire sa raie sur le côté, à droite, comme toujours, puis plaqua ses cheveux noirs sur sa tête. Il se parfuma le visage et cacha avec une crème qu'il avait dérobé à sa mère les quelques boutons qui gâchaient son si beau minois.
La cloche sonna quatre heures lorsqu'il eut enfin fini de se pomponner. Il avait tout juste le temps de passer chez Mistigri boire un petit café avant son premier cours de flûte avec la ravissante Héloïse. Elle était l'élue de son coeur depuis bien longtemps, et il s'était enfin décidé à lui déclarer sa flamme.
La Grand Rue était en pleine effervescence. Comme toujours, cette sinueuse ruelle grouillait de monde. Elle remontait depuis la place des sept sciences jusqu'au grand bazar. Peter passa devant la Boucherie des Bomboeufs avec ses buffles dépecés suspendus aux colombages, La Roue à Fromage et ses succulentes truffes au chèvre, disposées en pyramide sur le comptoir, puis salua Maître Cacaolis, un homme robuste et affable, qui servait aux clients de grandes louches de chocolat chaud depuis une petite charrette brune. Il parvint tant bien que mal à se frayer un passage au travers de multiples vendeurs ambulants venus des quatre coins du monde pour arriver jusqu'à l'entrée d'une petite librairie : « Au vieux Loup-Gris ». Derrière la vitrine se trouvaient exposés de poussiéreux manuscrits aux couvertures ternies par le temps. Peter les dévora des yeux quelques secondes. Il avait déjà lu tout ces livres plus d'une fois, et chacun d'eux évoquait en lui un souvenir particulier.
Il poussa la lourde porte de bois. Elle s'ouvrit avec un grincement sec et aussitôt, un petit grelot retentit. Il fit quelques pas et laissa la porte de se refermer. L'atmosphère était fraîche, comme dans un monastère, chargée de poussière, et silencieuse, loin du brouhaha incessant de la cité.
Il n'y avait personne. Pas même le vieux libraire fumant sa pipe derrière son comptoir. Peter raffolait de cet endroit. Les vieilles pierres sablonneuses, l'odeur du bois, les vapeurs de papier... Et ces montagnes de livres... Il y en avait tellement. Tous les murs regorgeaient d'étagères pleines à craquer d'antiques rouleaux et de vieux grimoires.
C'était un peu sa deuxième maison, son refuge. Il y avait passé des nuits entières à bouquiner, à s'instruire, et combien de fois le vieux Mistigri ne l'avait-il pas entraîné jusqu'à tard le soir dans ses histoires abracadabrantes.
Il erra pensif quelques minutes, quand il entendit soudain son vieil ami arriver.
- P'tite garce ! cria-t-il de sa grosse voix rauque. Tu veux t'faire la malle, c'est ça?
Il parlait à sa jambe gauche qu'il ne contrôlait plus très bien, et qui descendait les tortueux escaliers plus vite que ne le voulait son propriétaire. Le vieil homme poussa soudain un affreux cri et bascula la tête la première. Il dévala les marches en maudissant son membre impotent.
Peter se jeta au pied de l'escalier et aida le libraire à se relever, s'assurant qu'il n'avait rien de cassé.
- Mes lunettes, mes lunettes, ronchonna Mistigri en se redressant.
- Les voici, maître, les voici, lui répondit Peter en lui tendant une petite paire de lunettes rondes toutes tordues.
Mistigri, les posa sur son long nez fin, se remit les articulations en place, et se tourna enfin vers son jeune ami.
- Merci, mon petit Peter, merci. Je ne sais ce que j'aurai fait sans toi...
Il se lamenta encore quelques instants en se tenant les hanches, puis invita Peter à le suivre.
- Amène toi Peter, on va se boire un petit café. J'suis dans un de ces cirages...
Peter le suivit, un peu dérouté. Ils remontèrent les escaliers, traversèrent la librairie et gagnèrent les dépendances dans lesquelles vivaient Mistigri.
- Vous n'avez pas l'air dans votre assiette, Maître, demanda Peter.
- Oh non, lui répondit le vieil homme en laissant échapper un énorme bâillement. C'est la gueule de bois...
Peter regarda l'horloge. Seize heure trente quatre.
- Oui oui, Peter, je sais. Mais que veux-tu. Je me suis retrouvé embarqué dans un bouquin et j'ai pas pu le lâcher avant sept heures ce matin.
Le jeune Pompeux remarqua une bouteille de whisky, allongée sur la table. Il n'en restait pas même une seule goutte. Le salon de Mistigri empestait le renfermé et le tabac froid. Peter n'était pas bien habitué à ces habitudes de bouseux, mais il s'y faisait. Avec Mistigri, tout était différent. Même s'il était un peu négligé, s'il puait le bouc, Peter l'appréciait pour son immense savoir et la manière dont il le lui enseignait.
Mais il demeurait une personne intrigante, et la majorité des habitants de Morsmuth le prenait pour un fou. Cette grande sagesse et cette tenue si négligée... Ca ne collait pas ! Personne à Morsmuth ne parvenait à comprendre. Il n'était ni vraiment pompeux, ni vraiment bouseux, et cela faisait de lui un homme marginal dont on avait peur.
Peter, curieusement, l'appréciait. N'ayant plus de père depuis bientôt dix années, il avait trouvé en Mistigri une présence paternelle. Quelqu'un qui lui avait enseigné les préceptes de nombreux sages, les sciences, la philosophie et qui lui racontait toute sorte d'histoires, tard le soir.
«Putain d’alcool…» pensa-t-il. «…Putain d’alcool…»
Il ne savait s’il devait le maudire ou l’encenser. Tout avait été si paisible et harmonieux au sein du clan des Pompeux. Jusqu’à cette obscure période où son père se mit à boire. Personne ne sut vraiment pourquoi il ressentit un jour ce besoin de s’évader du monde qui lui était si cher. Lui, si subtile et raffiné...
La nouvelle avait fait parler d’elle pendant des semaines. Il n’avait pas été un jour sans qu’un journal ne titre ses premières pages de phrases tranchantes à son propos. «Le Bourgeois Gentil-Bourrin, Dr Bourge et Mister Bitouze, le Bourge et le Boire, tous plus méprisants à son égard les unes que les autres. Peter se souviendrait toujours de sa mère pleurant devant Morsmouth-Match dont la couverture était illustrée par une odieuse caricature de mon père, couverte des mots: Le Bouseulé nouveau est arrivé!
Aucune pitié ne lui avait été faite. Lui qui avait tant apporté à son clan, tant de recherches, tant de découvertes qu’on avait si vite oublié. Il était l’un des Pompeux les plus respecté de son clan, toujours prompt à se gausser de ces misérables bouseux.
Il ne fut plus jamais le même…Il passait de longues heures, une bouteille à la main, les yeux rivés dans sa chopine à marmonner des obscénités avec les plus odieux bouseux du village.
Jusqu’à ce maudit jour où après avoir descendu sa troisième bouteille de vinasse quotidienne, il bafouilla ainsi:
«Vie de merde! Marre de toutes ces conneries d’intellos dégénérés. Je…»
Ma mère l’interrompit promptement:
«Mais mon cher, vous déraisonnez, vous me faîtes pensez à l’un de ces pouilleux d’en face.»
«Et pourquoi pas», répondit mon père avant de lui lâcher l'un de ces gros rots qui lui étaient devenus familiers.
Les Bouseux ne voulurent pas plus de lui, et il finit par partir, sans que personne ne se soucia plus de lui. On ne le revit plus jamais à Morsmuth.
Peter ne bougeait plus. Il s'était arrêté, le regard perdu sur cette bouteille vide.
- Quelque chose ne va pas ?
Peter sursauta, comme s'il sortait d'un affreux cauchemars. Il bafouilla quelques mots.
- Si, si, ça va... Je... Je repensais à mon père.
Mistigri se passa la main dans son épaisse barbe et toussota légèrement.
- Tu... Tu penses toujours beaucoup à lui ?
- Non, répondit Peter, et je m'en moque. Qu'il aille au diable, ce malotru. Il nous as tous trahi.
Mistigri sursauta.
- Ce n'est qu'un sale Bouseux, pire encore ! Jamais je ne lui pardonnerai ce qu'il nous a fait.
- Oui, reprit Mistigri.
Il marqua une pause.
- Peut-être avait-il de bonnes raisons ?
- Ce n'était qu'un ivrogne, tout comme vous, lui hurla Peter de plus en plus furieux.
- Et tout comme toi, le reprit le vieillard avant de lui tourner le dos.
Peter s'interrompit, surpris, et demeura bouche bée.
Mistigri gagna une petite terrasse ombragée. Il invita le jeune pompeux à s'asseoir, puis s'en alla préparer le café, laissant Peter à ses réflexions.
« Putain d'alcool... », pensa-t-il à nouveau. Son destin était-il de finir comme son père ? Allait-il lui aussi terminer ses jours comme un bouseux ? Après avoir surmonté cette épreuve et gagné la tête de la jeunesse pompeuse, l'alcool allait-il avoir raison de lui? Il n'y croyait pas une seconde. Ca ne pouvait être la seule raison. Il y avait forcément autre chose. Lui même en consommait plus que régulièrement, et il ne se sentait pas bouseux pour autant. Quelle force avait bien pu s'emparer de son paternel pour le jeter ainsi à la risée de tout un royaume ?
Misitgri finit par arriver. Il lui servit le café le plus corsé de tout Morsmuth, tel que Peter l'aimait, et lui glissa une petite goutte de Whisky avant de prendre place en face de lui. Ils discutèrent de chose et d'autres, mais ne revinrent pas sur leur semblant de dispute.
Peter ne s'attarda guère plus longtemps chez ce son hôte. L'heure tournait, et il devait être à cinq heure trente au conservatoire. Il salua Mistigri et quitta la librairie l'esprit un peu secoué.
« Flûte, se dit-il, j'avais vraiment pas besoin de ça maintenant... »
Il gagna le conservatoire l'esprit préoccupé, comme chaque fois qu'il évoquait son père. Mais dès lors qu'il fut en vue de l'école de musique, tout ses soucis se dissipèrent. Le doux visage d'Héloïse se dessina dans son esprit, chassant tout ses tracas.
Il grimpa deux à deux les marches du parvis, parcouru le hall d'un pas paisible, grimpa les escaliers en s'agrippant aux cordes de la gigantesque contrebasse et arriva devant la porte du Ré.
- Héloïse, la reine du Ré, se murmura-t-il.
Il retira sa veste qu'il posa, bien pliée, sur son avant bras, défroissa sa chemise, huma son haleine en se soufflant dans les narines, puis, comme tout était en ordre, toqua à la porte. Le pas léger d'Héloïse retentit de l'autre côté. Peter sentit un frisson d'excitation lui parcourir l'échine jusqu'à l'extrémité de son cul blanc. La porte s'ouvrit enfin.
« Bonjour Héloïse », balbutia-t-il.
Elle lui répondit par un large sourire, puis passa une mèche de ses cheveux d'ébène derrière son oreille. Ce petit geste de rien du tout, se disait Peter. Il aurait aimé le faire à sa place, le faire et le refaire pendant des heures...Glisser ses doigts sur sa peau douce, caresser ses joues rondelettes et remonter dans sa chevelure soyeuse.
Et plus que tout, plonger ses yeux dans les siens.
Héloïse ne paraissait pas sujette à la même contemplation. Elle l'invita d'un signe de la main à gagner sa place, devant le pupitre. Une partition l'y attendait, mais Peter ne s'y attarda pas même une seconde. Sa tutrice s'affaira quelques secondes pour lui trouver un instrument convenable et vint s'asseoir à ses côtés.
Pour Peter, ce fut le coup de grâce : les gestes gracieux, la démarche naïve d'Héloïse et son parfum qui se déployait dans toute la pièce ; ses effluves lui caressaient les narines, et il se sentit chavirer.
La leçon commença. Elle lui montra comment faire un SI, puis un LA. Deux notes très simples : il suffisait de lever ou de baisser le majeur tout en maintenant le pouce et l'index sur les deux premiers trous. Mais il fallait se rendre à l'évidence, Peter n'était pas du tout concentré, et n'avait rien retenu. Il bredouilla quelques semblants de notes, soufflant tantôt trop fort, tantôt pas assez, sans parvenir à déplacer ses doigts sur l'instrument.
Héloïse souriait. Mais en la regardant bien, Peter se demanda si elle ne se foutait pas de sa gueule.
- Je crois que la musique n'est vraiment pas faîte pour moi... lui dit Peter tout penaud.
Elle lui posa la main sur l'épaule en agitant son index, puis s'empara de la flûte et mima un travail ardu et appliqué.
Peter sourit. Elle ressemblait à l'une de ces poupée de porcelaine aux bras articulés, que l'on trouvait au grand bazar de la cité.
- Mademoiselle Héloïse, dit-il après quelques secondes de silence, m'accorderiez vous une faveur ?
La jeune fille releva ses yeux dans ceux de Peter. Il sentit son coeur s'emballer.
- Je voulais vous... Je... Vous savez, demain, c'est le grand bal de la rentrée, et... Et je n'ai toujours pas trouvé de cavalière alors...
Il s'arrêta quelques instants.
- Oh non, ne vous imaginez pas que vous êtes ma roue de secours... Non, bien sur que non, bien au contraire... Ca fait plusieurs mois que je voulais vous le demander, mais je... Je n'en ai jamais eu le courage.... Vous comprenez.
Héloïse lui rendit un regard bienveillant. Peter s'enhardit.
- Depuis votre arrivée à Morsmuth, je ne pense qu'à vous, je... Toutes les autres, vous voyez, elles me paraissent tellement... insipides. Je... Vous êtes une telle lumière, plus rayonnante qu'une galaxie, plus resplendissante que le soleil. Et je... Je me disais que votre père, il devait être un sacré voleur... Pour avoir volé toutes les étoiles des cieux et... les mettre dans vos yeux...
Elle se retourna, fit quelques pas en arrière, la mine déconcertée. Perdu dans son envolée lyrique, Peter ne put s'empêcher de lui déclamer ces quelques vers improvisés :
« Elle a de ces lumières au fond des yeux
Qui rendent aveugles ou amoureux
Elle a de ces manières de ne rien dire,
de celles qui parlent aux bouts des souvenirs
Les mots pour elle sont sans valeur
Pour moi c'est sur, elle est d'ailleurs »
Après quelques longues secondes de lourd silence, Héloïse secoua la tête. Elle avait déjà un cavalier.
Il ne répondit rien. Complètement abasourdi, sentant combien il s'était couvert de ridicule, Peter quitta la pièce en courant, les larmes aux yeux. Il gagna le bar le plus proche et demanda au barman un cocktail, peu importe lequel, du moment qu'il fut tassé. Quelques minutes plus tard, Peter noyait son chagrin dans la pulpe rose-orange d'un « sex on the beach ».
Message édité par pedro le 17-06-2008 à 00:21:39