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[Fantasy/Humour] Contes et fées - environ 55% (libre)

 
n°927
Milora
Posté le 01-04-2007 à 20:07:56  profilanswer
 

Voilà voilà... Deux mots pour présenter ce texte, une novella, je pense, d'après le format... N'étant pas très très douée en pourcentages, je ne suis pas certaine du tout de l'approximation, lol. ça fait 36 pages word (108 216 caractères pour plus de précision ! lol) et je poste à peu près les 4 premières... C'est trop long, trop court ? Mon but étant, logiquement, d'être lue, je peux changer le format à votre guise, chers potentiels futurs lecteurs ! lol
Bref, l'histoire, présentée en deux mots. C'est une parodie de contes de fées (donc j'hésite un peu à le mettre en fantasy, ce serait plutôt merveilleux... mais ça ne correspond à aucune autre rubrique, et de toute façon, pour les littératures de l'imaginaire, les classements sont toujours un peu réducteurs). Je ne ferai pas de bref résumé (ça serait peut-être vendeur, mais je n'y arriverais pas sans dévoiler quoi que ce soit ^^), mais l'élément de départ, c'est un narrateur qui refuse de raconter son histoire... Je n'en dis pas plus...
Dernière chose : je ne sais pas si vous aimerez, j'ai eu des commentaires plutôt positifs des gens qui l'ont lu, et en tous cas, je me suis beaucoup amusée en l'écrivant. J'espère que ça se voit dans le texte. Si ça fait sourire quelques fois quelqu'un, alors mon but est atteint !  
Bonne lecture

 
 
______________________
 
 
Bonjour !
 
Le silence. Pas de réponse. Pas un bruit, pas un souffle, pas un frémissement. Rien. J’attends.
 
Bonjour !
 
Toujours rien. Toujours le silence. Pas le moindre signe de réaction. Rien qui permette de penser qu’un petit éclair a circulé, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, entre deux neurones égarés. Une hébétude sans nom. Un vide. Une ligne blanche.
 
Bonjour !
 
Hé, tu pourrais répondre, lecteur, quand je te parle ! C’est le minimum de la politesse. Je secouerais bien la tête de dépit, si j’en avais une. On recommence.
 
Bonjour !
 
Ah, j’aime mieux ça. Enfin, on fera avec. J’avoue que ce n’est pas un début très orthodoxe, mais vois-tu, c’est que je suis un narrateur débutant. J’en oublie même les présentations, d’ailleurs. Je suis… le narrateur. Comment dire ? Je n’ai pas de nom, pas de rôle, pas vraiment d’existence, je suis juste là pour raconter. Et c’est bien ce que je compte faire.
Oh non, pas de sentimentalisme, je t’en prie, je suis très content d’être un narrateur sans existence ! C’est drôlement pratique : c’est moi qui contrôle tout. C’est moi qui décide où commencer, quand finir, comment montrer ce qui se passe. Je suis le chef, le Dieu, je suis le cœur et le sang de cette histoire, sa vie, son essence, son maître absolu, ha ha ha ! Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai : il y a l’auteur, au-dessus, mais je ne l’ai pas vu dans les parages, récemment. Quand le chat n’est pas là…
Il me semble que j’oublie quelque chose. Ah oui, de commencer. Excuse-moi, lecteur, je suis un peu dispersé – voilà ce que c’est que d’être un narrateur sans existence. Tu es là pour entendre une histoire, pas pour m’écouter m’appesantir sur mes pouvoirs incommensurables dont, bien sûr, tu ne tarderas pas à percevoir l’étendue. Mais trêve de bavardage.  
Une dernière chose : je décline toute responsabilité, si tu as des réclamations. Mettons ça parfaitement au clair, si tu veux bien, même en étant un narrateur débutant, je ne compte pas me laisser faire en cas de représailles. Règle ça directement avec l’auteur.
Tu vois, je te l’avais dit, c’est moi qui contrôle : je n’ai toujours pas commencé. Je vais aussi décider de comment le faire. Laisse-moi réfléchir… Ah oui, voilà, je sais. Tu es prêt ? On y va.
Regarde cette jeune femme brune, qui court dans la forêt. Elle halète, elle jette un coup d’oeil par-dessus son épaule, trébuche, continue. Sa cape se prend dans les broussailles, son pied se tord dans un faux pas. Ses yeux sont brillants, son souffle rauque, son cœur battant. Elle s’arrête une seconde, se plaque contre un tronc pour s’empêcher de frémir ; des bruits autour d’elle, une brindille se brise, des feuilles se froissent. Elle se fige, aux aguets ; une mèche affolée lui tombe sur le visage, sa poitrine se soulève avec violence au dessus du carcan de son corset, fait onduler sa robe bleu roi comme une vague de terreur. Elle écoute. Non, rien, personne. Elle n’est pas suivie de près. Tressaillement nerveux. Elle se décolle de l’arbre et fait quelques pas, tremblante encore. Là, un tronc creux, caché par un entrelacs de lianes serpentines. Elle détache l’objet de sa gorge, et le tend vers le trou ; un rayon de soleil, verdi par le dôme de feuilles, fait un instant scintiller la pierre rouge en son milieu, comme un éclat de sang, avant qu’il soit avalé dans le creux du tronc d’arbre.
Au fait, il ne te viendrait pas à l’idée de remettre en question mon pouvoir absolu, si ? Hum. Je voudrais laisser les choses limpides, entre nous. C’est la base de toute bonne relation, tu comprends ? Bon, bon, je te laisse à la lecture… Je vais juste reprendre ce même passage, pour que tu voies un peu ce que je peux faire, hé hé.
Une femme en bleu se déplace entre les arbres, agilement, très vite, avec prestance. Sa cape fauve flotte derrière elle telle la queue panachée d’un renard, qu’elle dégage des broussailles d’un geste désinvolte, avec une pincée de majesté. Elle s’arrête une seconde, s’appuie à un arbre pour regarder par-dessus son épaule ; ses yeux sont brillants, son souffle puissant ; elle écoute. Des bruits autour d’elle, une brindille se brise, des feuilles se froissent. Une mèche noire vient danser devant son visage, elle attend sans bouger. On ne la suit pas. Un frisson d’excitation. Elle se décolle de l’arbre et fait quelques pas. Là, un tronc creux, caché par un entrelacs de lianes serpentines. Avec un sourire mystérieux, elle ôte l’objet de sa gorge, et le tend vers le trou ; un rayon de soleil vient illuminer la pierre précieuse en son milieu, qui projette des nuances écarlates sur son visage fin ; elle fait glisser la chaîne dans le creux de l’arbre.
Mais non. Ça ne va pas. Je n’aurais pas dû commencer comme cela. Pardonne-moi, lecteur, mais comme j’ai dit, je suis débutant. Je pense que je ferais mieux de m’effacer un peu, le temps de laisser l’histoire prendre son envol. Voyons voir, hum hum…
Il était une fois… non, non, non, ça ne va toujours pas ! Toutes les histoires commencent par « il était une fois ». Je suppose que tu prétends à un peu d’originalité, n’est-ce pas ? Je me concentre. Je ferme les yeux… non, je n’en ai pas, mais c’est une image. Voilà, je sais. Tu es prêt, lecteur ? Alors attention, cette fois c’est bon, attache bien ta ceinture, affermis ta prise sur cette feuille, trois, deux, un, c’est parti !
 
 
* * *
 
Le soleil laiteux versait ses rayons sur les étendues de blé, en bas, tout en bas, qui ondulaient sous le vent comme une mousse dorée. Bérénice rentra la tête à l’intérieur, laissant le contour de la fenêtre, qui apparut dans son champ de vision, dessiner un cadre autour du paysage matinal. Elle soupira. Le ciel était tout bleu, d’un bleu frais, voilé de quelques nuages translucides ; elle songea qu’elle aimerait pouvoir voler. Parcourir des contrées lointaines, ou chevaucher des heures durant, parler aux paysans qu’elle croiserait, caresser du bout des doigts la terre des montagnes qui se silhouettaient au loin dans leur teinte plus foncée. Et… oui, danser à la réception de princes exotiques, dans une robe éclatante, qui virevolterait au rythme de ses pas. Parce que tout de même, elle était princesse, il ne fallait pas l’oublier. Son rang l’obligeait à certaines concessions, jusque dans ses rêveries. Elle soupira (de nouveau), et se détourna de sa contemplation nostalgique.
Longtemps, elle avait cherché un moyen de s’enfuir. Elle était la prisonnière choyée de son donjon aménagé, qu’elle ne pourrait quitter qu’au jour de son mariage, telle était la règle édictée par les oracles. « Cette enfant est en grrrand dangeeeer…, avait annoncé la prêtresse quelques semaines après sa naissance, faisant tinter ses boucles d’oreilles contre ses multiples colliers chargés d’amulettes. Je le sens, je le pressens, quelqu’un… quelque chose… lui en veut… Il faut… la mettre à l’abri, les signes ne mentent pas…. » Et de se faire porter pendant plusieurs jours moult poulets à sa tanière pour lire dans leurs entrailles – poulets dont les dépouilles disparurent toutes par magie, une fois leur fonction remplie, et dont on ne trouva plus que les os, consciencieusement rongés, dans la poubelle de ladite prêtresse. « Croyez-moi, monseigneur, avait finalement conclu la vieille femme. Votre fille court un grave péril, par tous les Auteurs, si vous ne la mettez pas en sûreté, ses jours risquent d’être écourtés d’une façon atrooooooce ! » Prédiction qui, selon certains, fut quelque peu aidée par le fait qu’on ait attenté à la vie de la petite princesse le jour même de sa naissance : une étrange malédiction s’abattit sur sa mère au moment de l’accouchement, que les érudits médecins diagnostiquèrent avec toute la précision due à leur savoir ancestral, comme « un poison difficile à analyser ». L’amour de la mère pour son enfant à naître fut néanmoins plus fort que tous les poisons de la terre ; elle lutta contre la fièvre qui l’avait saisie et, faisant abstraction de la souffrance, mit au monde contre toute attente la petite Bérénice juste avant d’expirer, lui faisant don de la vie dans un dernier sacrifice. Par miracle, le jeune être fragile qui vociférait désormais dans les bras du roi son père, ne connut aucune séquelle, si ce n’est une humeur changeante que l’on préféra attribuer à cet événement, plutôt qu’à son enfermement continuel dans trois chambres en haut d’une tour isolée.
La reine Clarence montra un grand attachement pour elle. Ne pouvant avoir d’enfant elle-même, elle accepta avec bonheur cette héritière engendrée par son royal époux et la noble Dame Blanchette, bonne à tout faire de son état. Elle dissuada le roi d’envoyer sa fille en sécurité dans le royaume voisin de son cher et tendre frère – le seul de sa génération qui, vraisemblablement, n’avait pas ouvertement comploté contre son aîné, à qui revenait la part la plus grande de l’empire familial.  
- Sire, objecta Clarence en caressant le visage de l’enfant endormie. Je vous en conjure : elle vient de perdre sa mère, laissez lui connaître son père…
Il fut donc décidé que Bérénice vivrait dorénavant en haut du donjon, à l’abri, cachant sa beauté légendaire – légendaire au sens où, presque personne n’ayant eu le privilège de la voir de près, on ne pouvait juger de ce qu’il en était en réalité – jusqu’au jour bienheureux où elle prendrait époux et offrirait son royaume à l’élu de son cœur, ou plutôt à l’élu de son père.
Toutefois ce matin-là, quand Bérénice contemplait avec nostalgie les champs de blé frissonner sous le vent printanier, la date d’un tel événement semblait encore lointaine, notre jeune protagoniste n’étant alors âgée que de quinze courtes années.
Elle fit quelques pas dans sa chambre, effleurant du bout des doigts les roses qu’on lui faisait porter chaque jour pour embaumer la tour humide, et fredonna de sa voix harmonieuse une douce mélodie.  
- Oh, Père, murmura-t-elle devant le grand cadre accroché au-dessus de son lit, d’où son royal paternel la toisait d’un regard autoritaire. Quand pourrais-je fouler le sol de nos terres, sentir la neige contre ma peau, attraper des coups de soleil pour m’être endormie en plein été dans ce champ, là, en bas, si près que je pourrais quasiment le toucher ?
Elle soupira (pour la troisième fois, si tu suis bien), et une expression mélancolique se peignit sur son visage. Dans sa robe blanche, avec ses blonds cheveux sagement noués en un chignon, et sa peau claire comme le pelage d’un chevreau innocent, elle incarnait la douceur même.
- Louiiiiiiise ! brailla-t-elle. Bon sang, vous ne pouvez pas fermer la fenêtre quand vous faites le ménage ? Il fait un froid de canard ici, empotée !
Mais Louise ne répondit pas. Les trois pièces du haut du donjon demeurèrent plongées dans le silence le plus pur. Bérénice releva gracieusement le bas de sa robe à un niveau convenable, et se dirigea d’un bon pas vers la salle adjacente, pour fermer la fenêtre elle-même, puisque sa dévouée servante avait décidé d’ignorer ses modérées requêtes. Louise n’était pas là. Le salon était exempt de toute présence humaine, ses riches décorations étaient ses seules occupantes. Et la fenêtre était fermée.
- C’est étrange, murmura Bérénice qui, faute de compagnie, avait pris l’habitude de réfléchir à haute voix. D’où vient donc ce courant d’air que je sens sur ma nuque et qui met en péril ma santé délicate ?
Elle fit le tour de la pièce de son regard bleu tel le ciel en cette matinée de mai, comme si elle cherchait une nouvelle fenêtre subitement découpée dans le mur de pierre épais. Et aucune comparaison n’aurait mieux convenu à ce qu’elle découvrit (ce qui est logique, lecteur, puisque c’est moi qui l’ai trouvée) : tout un panneau du mur lambrissé aux chaudes couleurs de bois vernis, s’était légèrement décollé des autres d’un côté, découpant une espèce de porte derrière le sofa où reposait son dernier travail de broderie.
- Fichtre ! s’exclama-t-elle avec distinction.
Et de s’avancer, les sourcils froncés fort joliment. Sa main fine se posa sur le bord du panneau, qu’elle parcourut précautionneusement, à la recherche, peut-être, d’une indication sur son origine – en vain. Qui donc avait osé lui cacher, à elle l’héritière, la châtelaine, la maîtresse de ces lieux, l’existence d’un passage secret menant directement à ses appartements ? Alors ça, papa allait en entendre parler, pour sûr. Mais d’abord, où menait exactement ce passage ? Courait-elle le risque de voir surgir en pleine nuit une horde de mercenaires sans pitié voulant s’en prendre à elle ? Elle se sentit frémir à cette seule pensée. Avec une inspiration tremblante, elle ouvrit l’unique battant de la nouvelle porte ; l’air glacial s’échappa de plus belle de la cavité, faisant voleter la mèche savamment détachée de son chignon. L’ouverture n’était qu’un trou noir, s’enfonçant dans les profondeurs de la pierre, encore et encore, toujours plus bas, vers des horizons toujours plus profonds, toujours plus froids.


Message édité par Milora le 16-05-2007 à 19:37:31

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"Maudit démon ! C'en est fini de toi ! Le Feu Réducteur te guette ! Je vais répandre ta vile Essence dans tout le bâtiment comme... euh, comme de la vulgaire margarine, et... et en couche épaisse en plus !"  
n°932
Milora
Posté le 15-04-2007 à 19:51:03  profilanswer
 

Personne n'a lu ou tout le monde a détesté ? Comme je le disais en intro, si c'est la longueur qui vous gène, je peux éditer le message et raccourcir. Le titre n'est pas attractif ? (il est provisoire, de toute façon). Ou alors c'est les premirèes lignes qui n'accrochent pas ? Ou encore le thème ?


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"Maudit démon ! C'en est fini de toi ! Le Feu Réducteur te guette ! Je vais répandre ta vile Essence dans tout le bâtiment comme... euh, comme de la vulgaire margarine, et... et en couche épaisse en plus !"  
n°940
Eridan
Mage noir
Posté le 27-04-2007 à 17:37:21  profilanswer
 

Alors pour la découpe, tout d'un coup c'est encore ce qu'il y a de mieux pour moi, ça m'évite de revenir à chaque fois, de faire copier/coller et de réimprimer. Tu es simplement limité par la taille maxi de ce que prend le forum par page.
 
Avis :
J'aurais dû me douter que l'humour que tu proposais était une satire, pour l'instant je n'ai encore rien vu d'autre que ce style sur le site. Je ne suis pas amateur du genre, au contraire, j'en suis un ferant détracteur, mais un texte a déjà fait exception. En sera-t-il de même du tien ? Pour le moment il est trop tôt pour le dire.
 
Penchons-nous d'avantage sur l'histoire :
- Le narrateur : pourquoi pas ? J'attends de savoir quel usage tu vas faire de ce style. En tous cas, la meilleure introduction est de loin la deuxième.
- L'histoire : je ne peux encore rien en dire.
 
Le texte :
 
Je suis le chef, le Dieu, je suis le cœur et le sang de cette histoire, sa vie,
Minuscule à "dieu"
 
des bruits autour d’elle, une brindille se brise, des feuilles se froissent.
Une phrase sans verbe, à priori ce n'est pas français. On m'a dit de les éviter pour paraître crédible, alors c'est ce que je fais, même si c'est vrais que c'est plutôt commode et léger comme tournure.
 
Tressaillement nerveux.
Idem
 
Là, un tronc creux, caché par un entrelacs de lianes serpentines.
 
Idem
 
…et le tend vers le trou ; un rayon de soleil…
les points-virgules sont d'une utilisation délicate. Ici, je vois vraiment un vrai point.
 
Des bruits autour d’elle, une brindille se brise, des feuilles se froissent.
re
 
Le soleil laiteux versait ses rayons sur les étendues de blé, en bas, tout en bas, qui ondulaient sous le vent comme une mousse dorée.
J'ai buté sur le "en bas". A priori, une description, on commence à l'imaginer au niveau du sol. Moi j'ai cherché le "en bas" dans un paysage, avant de comprendre à la quatrième lecture que tu voulais donner un effet de chute. En ce cas, il faudrait comment "en haut" : les nuages, les oiseau, etc…
 
 
Son rang l’obligeait à certaines concessions, jusque dans ses rêveries.
Je définis une "concession" comme un laisser faire à un ordre établi. Là il s'agit de l'inverse. Ou alors "concession à sa liberté".
 
« Cette enfant est en grrrand dangeeeer…, avait annoncé la prêtresse quelques semaines après sa naissance, faisant tinter ses boucles d’oreilles contre ses multiples colliers chargés d’amulettes.
Je trouve l'insertion narrative dans la citation un peu longue. Il faudrait refermer les guillemets, puis les rouvrir.
Et sur un autre propos, je ne suis pas trop pour l'utilisation des onomatopées ou mots dééééééformés. Mais je suppose que le style satirique permet ces digressions.  
 
 
notre jeune protagoniste n’étant alors âgée que de quinze courtes années.
C'est déjà plutôt vieux pour ne pas être encore mariée dans un monde médiéval (et noble), ou dû moins pour ne pas être fiancé officiellement.
 
- Louiiiiiiise ! brailla-t-elle. Bon sang, vous ne pouvez pas fermer la fenêtre quand vous faites le ménage ?
Ce n'est pas elle qui l'avait ouverte pour regarder dehors ?
 
Bérénice releva gracieusement le bas de sa robe à un niveau convenable,
Je n'aime pas trop "niveau convenable". Plutôt "respectant les convenances"
 
Conclusion :
En fait, cette découpe en petit morceaux est plutôt nuisible. Je pense qu'on peu apprécier ou pas ce genre de texte en fonction de l'ambiance qu'il distille. Et là, devoir s'interrompre, coupe fatalement l'ambiance.
En attente de la suite, donc.  ;)  
 
 


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n°941
Milora
Posté le 28-04-2007 à 18:42:02  profilanswer
 

Saut ! Et merci d'avoir lu ! Je me permets de répondre point par point... (j'aime bien me justifier :$)
 
Non, ce n'est pas vraiment une satire... Il y a un petit peu de satirique, comme dans toute parodie, mais la satire s'attaque à quelque chose pour le tourner en ridicule et le critiquer. Certes, le passage sur la Prêtresse est un peu comme ça, mais c'est tout. Et encore, c'était plus une tentative d'ironie que de satire (l'un n'est pas assimilable à l'autre). Quoi qu'il en soit, pourquoi n'aimes-tu pas les satires ?
 
Enfin c'est vrai que ce passage est court. Je ne sais pas encore bien comment fonctionne ce forum ; je sais que sur les autres où je suis, ce texte aurait encore paru trop long, et je n'aurais eu aucun lecteur (ils aiment les novellas postées par petits bouts). Je peux mettre des passage beaucoup plus longs, si tu préfères (je n'ai pas de lien où le texte serait en entier, sauf sur ces autres forums)
 
Pour les phrases sans verbe, qui t'a dit que ça n'était pas français ? Grammaticalement, ça s'appelle même une phrase nominale... Après, on peut aime ou pas, ça, c'est vrai. ça ne produit pas le même effet. Qu'entends-tu par paraître crédible ?
 
Pour le "en bas", tu es sûr que ça gène ? ça a eu l'air de te poser vraiment problème, et de tous ceux qui l'ont lu, personne ne me l'a fait remarquer... Je dois dire que je ne vois pas vraiment où est le problème, mais si tu dis que ça ne va pas...
 
Quant à concession, non, je maintiens. C'est bien une concession. Elle est en plein rêve d'aventures, elle s'imagine partir et parcourir le monde, etc., et le fait de devoir introduire un prince charmant est bien une obligation, une concession qu'elle doit faire au statut de princesse-héroïne de contes de fées. Je définis concession comme un abandon d'un avantage, d'un droit, d'une prétention ; il me semble que ça colle...?
 
Pour les onomatopées et mots déformés, d'habitude, je suis plutôt de ton avis. Enfin non, j'aime bien les onomatopées, mais pas les mots déformés, lol. D'habitude. Mais il m'arrive de faire des exceptions ^^
 
Et pour les quinze courtes années, tu sais, c'est plus un monde de conte de fées qu'un monde médiéval vraisemblable. Parfois les princesses se marient à 15 ans, dans les contes, mais souvent vers 17 ans, aussi... Enfin, je devrais peut-etre revoir cette phrase, aux vues de ce que je dis plus loin (pas dans ce passage), c'est vrai.
 
Pour la fenêtre, je n'ai pas précisé qu'elle l'avait ouverte, mais c'est vrai qu'on peut logiquement le comprendre aussi comme ça... Je rajouterai un petit quelque chose, tu as raison !
 
Merci de tes corrections ! Es-tu intéressé par la suite ?


Message édité par Milora le 28-04-2007 à 18:44:39

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"Maudit démon ! C'en est fini de toi ! Le Feu Réducteur te guette ! Je vais répandre ta vile Essence dans tout le bâtiment comme... euh, comme de la vulgaire margarine, et... et en couche épaisse en plus !"  
n°942
Eridan
Mage noir
Posté le 30-04-2007 à 15:43:56  profilanswer
 

Justifie-toi, p
 
Là, j'ai appuyé sur une mauvaise touche et ça à validé.  :lol:  
J'édite donc et je reprends :
 
Justifie-toi, pas de problème, c'est en dialoguant qu'on avance et c'est ainsi que moi aussi je peux apprendre des choses. Et je réponds à mon tour.
 
- Satires et parodies, je n'aime pas, je les mets dans le même sac. Et je te remercie de poser la question du pourquoi. Je réponds donc :
A la grande époque de l'heroic fantasy, (Howard, Moorcock) c'est vrais que ce genre pouvait paraître un peu bêta (personnages trop carrés, coïncidences énormes). Et j'imagine bien ce qui a pu agacer des auteurs comme Pratchett. Pareil pour le féérique. Mais aujourd'hui, quel bon auteur (à part Gemmell) fait encore de la fantasy ? Je trouve davantage de caricatures que de vraies bonnes aventures qui me plairaient. D'où ma grande amertume sur le sujet.  
Ce n'est pas tout. Pour qu'une histoire me plaise, il faut que les personnages me plaisent. S'ils sont caricaturés, impossible de les aimer, de s'y identifier ou tout du moins qu'ils me fassent rêver.
 
J'arrête là ma diatribe pour passer aux autres sujets.
 
Pour les phrases nominales (je te remercie de me rappeler comment ça s'appelle, j'avais oublié) C'est une ancienne prof de français qui s'est penché à une époque sur mes écrits. Elle fut professeur es lettre, ce qui fait que je n'ai pas trop remis en cause ses conseils. C'est elle qui m'a dit que les phrases nominales n'étaient pas françaises (ou tout du moins littéraires) et qu'il faillait les éviter pour paraître crédible. Elle m'a aussi corrigé sur bon nombre d'anglicismes et d'autres choses encore. A présent tu fais ce que tu veux. Moi aussi je me dis que faire tant d'efforts pour "paraître crédible" est bien inutile car je ne suis toujours pas édité.    
 
Pour le reste, de toutes façons, ça reste des détails.
 
J'ai peut-être omis de préciser que ce que j'ai lu de ton texte est aisé et agréable à lire (hormis pour les passages cités) et de plus très propre en orthographe et que c'est déjà un très bon point.
 
Oui, je suis partant pour la suite. Je te l'ai dit : impossible de se faire une opinion sur aussi peu.  :sol:  


Message édité par Eridan le 30-04-2007 à 16:09:01

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n°944
Milora
Posté le 02-05-2007 à 19:43:19  profilanswer
 

Voilà, voilà. C'est encore trop court ?
 
Pour les phrases nominales, désolée d'insister, mais qu'est-ce que tu entends par "crédible" ? Parce que la littérature "moderne" (XX° siècle par exemple, mais c'est pas vraiment une question de date), les auteurs sont bien moins stricts sur ce genre de chose. L'écriture de Marguerite Duras, par exemple, pourtant étudiée en classe, emploie des phrases nominales et des choses de ce style ("Lol n'était pas - elle dit : là", c'est pas très très français, si tu compares à la langue académique...). Et même Flaubert met des incorrections dans son texte, volontairement ( le "célèbre" "Ce fut comme une apparition", deux points à la ligne, est même grammaticalement incorrect !). Je ne me compare aps à l'un de ces auteurs, hein ! C'est juste les exemples qui me viennent à l'esprit parce qu'on les a étudiés en classe. Ce que je veux dire c'est que, je pense, il faut permettre une certaine souplesse dans les textes. Je ne suis pas non plus en train de te dire que tu es trop sévère avec mon texte, loin de là ! J'aime les commentaires précis et sévères ! Si je réponds et que je me justifie, c'est que je pense que c'est comme ça qu'on avance, en comprenant les raisons des critiques, et en faisant la part des choses entre ce avec quoi on est d'accord et ce qu'on veut maintenir... Enfin, je ne suis pas très claire. Tu vois ce que je veux dire ?
 
Et pour la parodie... Ben c'est pas vraiment pareil, satire et parodie. Quand tu dis qu'il n'y a pas d'auteur sérieux de fantasy, tu parles d'héroic fantasy, ou de fantasy en général ? Parce que l'héroic fantasy, style Conan, je connais pas trop, mais la fantasy médiévale, il me semble qu'il y a quand même de bons auteurs. Robin Hobb, par exemple. Ou dans un genre plus difficile à classer, Philip Pullman. Et ils font des textes sérieux. En plus, parmi tous ceux qui font de la fantasy humoristique, ce n'est pas que de la parodie... Enfin, là n'est pas le débat, mais ce serait intéressant d'ouvrir un sujet dans la partie du forum appropriée, pour en parler ! :) Je ne suis pas très calée en auteurs, je me fournis encore pas mal au rayon enfants, d'ailleurs (mais je trouve que le rayon enfant est souvent injustement rejeté... mais c'est encore un autre sujet ! lol)
Bon, j'arrête ici cette entre en matière qui va être plu longue que le texte, si ça continue ! Merci d'avance pour tes critiques, même si elles doivent être négatives ! (d'après ce que tu dis, je ne sais pas si tu vas aimer le ton de cette novella :S)

 
 
 
_______________
 
 
Bérénice ne put retenir un mouvement de recul devant cet inquiétant spectacle qui semblait tout droit venu des Enfers (en panne de chauffage, alors). « A la garde ! » voulut-elle s’écrier, mais sa voix s’éteignit dans sa gorge ; sa poitrine résonnait des palpitations effrénées de son cœur. C’est qu’une princesse qui se respecte fait déjà un malaise à la vue d’une goutte de sang, alors à celle d’un tel spectacle, je te laisse imaginer, lecteur.
- Oh, mon Auteur, fit-elle dans un souffle. Que faire ? Rester ici, torturée à l’idée qu’on puisse entrer à la dérobée dans mes appartements ; faire refermer au plus vite ce démoniaque passage pour attendre raisonnablement la date de mon mariage, confinée entre ces murs ; ou prendre la poudre d’escampette, là, maintenant, tout de suite ? Non, je ne dois pas, ce serait mal, ce serait dangereux… Et pourtant c’est probablement la seule chance que j’aurai jamais de réaliser mes rêves… Cependant je suis une princesse, j’ai des devoirs… (Ndlr : je m’accorde ici le droit de couper la suite de cette touchante tirade, qui se prolongea pendant plus d’une demi-heure, pour ne pas te plonger dans un sommeil profond, ami lecteur. Nous en arriverons donc à la conclusion de Bérénice, à savoir : ) … oh et puis zut pour tout le monde, je pars, c’est décidé !
Sur ce, la douce princesse retroussa de plus belle jupes et jupons, et s’enfonça dans les profondeurs du passage secret. L’humidité était si forte qu’elle prit la jeune fille à la gorge, et le froid lui donna la chair de poule. Ses pieds glissaient sur la boue du sol toujours plus pentu, et sa nuque lui faisait mal à force de la maintenir pliée inconfortablement, la hauteur du passage ne lui permettant pas de se tenir droite. Elle ne voyait pas où se portaient ses pas, en raison de la faible lumière dispensée par quelques torches, insérées à intervalle régulier dans les encoches du mur. La descente lui parut interminable.  
Enfin, au bout d’un très long moment, le terrain se redressa quelque peu, et le plafond s’éleva sensiblement. Saisie d’un regain de courage, Bérénice accéléra le pas, le cœur battant. Il lui fallut néanmoins encore bien longtemps avant de parvenir à ce qui semblait être le bout du tunnel, dans tous les sens du terme : un mur aveugle, hérissé de barreaux métalliques rouillés, qui constituaient une échelle rudimentaire menant à une trappe de bois sombre. Bérénice dut s’y prendre à plusieurs fois pour arriver en haut, sa robe à volant ayant la fâcheuse tendance de se glisser entre son pied et le barreau, pour la faire déraper. La trappe s’avéra fort lourde, mais la vaillante princesse parvint à la faire pivoter sur ses gonds dans un rugissement d’outre-tombe (de la trappe, pas de la princesse) ; la lumière du soleil pénétra d’un seul coup dans le passage, aveuglant Bérénice après tellement de temps de semi obscurité oppressante.
Elle s’extirpa du souterrain dans un piteux état, à bout de forces, et totalement égarée. Elle se trouvait dans un petit bois aux arbres touffus, qui bourdonnait de l’activité des insectes et des petits oiseaux. L’odeur de feuilles était plus forte que tout ce que Bérénice avait eu l’occasion de sentir, et même à travers les branches, le soleil lui picorait la peau de tous ses rayons.
- Oh, miséricorde, gémit-elle en se laissant tomber au sol à côté de la trappe toujours ouverte. Où suis-je donc ? Ma robe est déchirée, mes mains sont couvertes de boue, j’ai faim et j’ai soif, et je suis plus fatiguée qu’après le plus éreintant des travaux de broderie… (Ndlr : ne jamais remettre en question le caractère éreintant d’un travail de broderie, lecteur. Tu ignores tout des pouvoirs cachés d’une épingle récalcitrante, ou de la puissance sournoise d’un fil de laine. Prends garde, si un jour tu en croises un, le péril est immense…) Que vais-je donc faire ? Je veux mon papa …
Le visage barbouillé de terre de la jeune fille fut rapidement lavé par ses larmes, et elle passa ce qui restait de la matinée à hoqueter, seule, perdue, dans la forêt. Etant donnée la pente glissante qu’elle venait de descendre dans le souterrain, repartir par où elle était venue semblait chose infaisable. Lorsqu’enfin elle parvint à se ressaisir, son estomac gargouillait d’une façon peu princière, et ce fut la raison principale pour laquelle elle résolut de se lever.
- Allons ! fit-elle. Je ne vais pas m’apitoyer sur mon sort, je vais chercher un de mes sujets qui me portera assurément secours ! Louiiiiise ! Ah non, j’oubliais qu’elle n’est pas là. Tant pis, je peux y arriver, je le sais, je le sens !
Certes, une musique triomphale eût été de mise, mais je te rappelle que nous sommes dans un texte, ami lecteur, alors nous ferons sans. C’est donc sans trompette ni tambour ni synthétiseur, que Bérénice se mit en route au hasard à travers bois, ses longues manches échancrées laissant des lambeaux blancs accrochés un peu partout sur son passage, tels des flocons de neige immortels.
Avant de continuer cette histoire, je me dois de procéder à une petite digression fort profitable pour ta culture générale, lecteur. Tu n’es pas sans savoir que les forêts des contes de fées sont truffées de toutes sortes de créatures, hideuses ou splendides, de farfadets et de loups, de nains insupportables et d’ogres sans pitié. Et de bûcherons. De beaucoup de bûcherons. Mais il est une espèce dont on parle peu, qui n’est jamais évoquée sous la plume de messieurs Perrault ou Grimm, et qui pourtant mériterait d’être mieux connue. Il s’agit du tétras lyre. Mesurant une cinquantaine de centimètres, avec une queue en forme de lyre qui lui donne son poétique petit nom, cette espèce d’oiseau vit six à neuf ans en général, sauf par intervention de l’un de ses prédateurs redoutables : autours, renards, sangliers, mustélidés, corneilles et pies pour les couvées et les œufs. Son plumage est noir à reflets bleus, ses ailes brunes, avec une charmante barre blanche, couleur du dessous des ailes et de la queue. Majoritairement végétarien, le tétras lyre se nourrit de feuilles, de bourgeons, de graines, de fleurs et de baies, et il complète son alimentation avec des insectes, des araignées et des invertébrés. On dénombre plusieurs sous espèces aux noms musicaux et évocateurs, tels le Lyrurus mlokosiewiczi, responsable de nombreuses crises de bégaiement, le Lyrurus tetrix mongolicus, à l’intelligence éclatante, ou encore le Lyrurus tetrix tetrix, sans doute très doué pour manier des briques virtuelles.  
Or donc, Bérénice se remit en route, s’enfonça dans les bois, et se perdit aussitôt entre branches et buissons. Au bout d’un long moment, elle entendit un bruit, tout proche, un bruissement entre les feuilles. Elle s’arrêta, aux aguets, prête à recevoir avec toute la bienséance de la princesse qu’elle était, sa première rencontre de l’histoire, se demandant avec crainte et excitation quel être étrange pouvait se tapir de la sorte dans la forêt. Par contre, toi, lecteur attentif, tu sais évidemment ce qu’elle allait rencontrer, bien sûr. Mais non, pas un tétras lyre, voyons, un bûcheron ! Pourquoi j’ai parlé du tétras lyre, dans ce cas ? Je te l’ai dit : pour ta culture générale – j’ai recopié ça d’une encyclopédie. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos princesses. Ce fut donc une main large et velue, puissante, qui écarta d’un geste sans appel la branche la plus proche, le feuillage fut repoussé sur le côté, et le nouveau venu se dressa face à notre vulnérable Bérénice, de toute sa hauteur, soit un mètre cinquante, pour une quarantaine de kilos. A noter : le concept de « main puissante » est très relatif.
- Heu… bonjour monsieur, articula Bérénice avec une courbette avortée, se souvenant de justesse des rites de politesse que sa jeunesse princière lui avait inculqués.
- ‘Jour, m’zelle ! répondit en retour le gamin.
Car un s’agissait bien d’un gamin, tout frêle, avec une chemise à carreaux trop large pour lui, et sur l’épaule, une hache massive dont on se demandait comment il avait fait ne serait-ce que pour la soulever. Ses cheveux d’un noir de jais étaient coupés plus courts que ceux de tous les chevaliers ou pages que Bérénice eût jamais vus de sa fenêtre, et qui portaient tous un petit catogan – quant à son père, sa queue de cheval lui descendait de notoriété publique jusqu’en bas du dos. De toute évidence, ce… charmant jeune homme… n’était pas noble.
- Damoiseau, auriez-vous la gentillesse de m’indiquer le château de votre Seigneur, je vous prie ? reprit-elle, évitant pour le moment de mentionner son identité par mesure de prudence, ou plutôt pour ménager ses effets au moment de la révélation subite de sa prestigieuse ascendance.
- Heu… répondit-il dans un long et profus développement fourni en explications topographiques des plus précises.
Il regarda autour de lui d’un air expert, se gratta élégamment le haut du crâne, et plissa les yeux en fronçant les sourcils.
- Cela signifie-t-il que vous ne savez pas ? insinua Bérénice, que son estomac torturait de plus en plus.
- Non non, mam’zelle, c’est juste que... c’est difficile à indiquer…
Il pivota sur ses talons, scruta l’horizon végétal derrière lui, reproduisit le même rituel sur le côté, puis hocha la tête d’un air satisfait.
- Cinq cent pas vers le nord, puis douze vers l’est, tournez à droite après le chien, puis deux pas direction nord-nord-ouest, un saut à cloche pied, treize pas vers le nord, et huit vers le sud, et vous y êtes, mam’zelle ! débita-t-il enfin.
Bérénice plissa les yeux en fronçant les sourcils à son tour. Elle n’avait jamais eu le sens de l’orientation, et s’était révélée incapable de lire une carte ; le discours du jeune garçon était par trop technique pour elle, se dit-elle. Elle enroula avec grâce une mèche de cheveux autour de son doigt.  
- Je crains de ne pouvoir cheminer bien longtemps dans ces broussailles, avoua-t-elle en papillonnant des yeux
- Je peux vous conduire, proposa alors le jeune bûcheron.
- Vous feriez ça pour moi ? se crut-elle obligée de s’exclamer.
- Non, pas pour vous, mam’zelle, mais pour les pièces d’or que vous allez me payer si je remplis ma mission.
« Rustre ! » songea Bérénice, se retenant de justesse de penser à voix haute. Elle lança un regard désespéré alentour, à la recherche d’un guide moins onéreux et… oui, un peu plus fiable physiquement, parce que la demi-portion d’en face ne ferait assurément pas le poids devant un ours sauvage. Mais il fallait se rendre à l’évidence : elle était absolument seule, perdue dans un milieu hostile, à la merci du premier bûcheron venu, demi-portion ou non.
- Soit ! capitula-t-elle théâtralement. Comment dois-je vous appeler, mon cher ?
- Oh, ma mère m’a baptisé Tusillanime, mais tout le monde m’appelle P’tit Tus. Et vous ?
- Bérénice, répondit-elle dignement en tendant le bras pour recevoir le baisemain d’usage, mais le garçon se contenta d’une poignée de main cordiale.  
Une fois cet arrangement conclu, les deux se mirent en route prestement vers ce qui semblait être le nord, lui sifflotant avec nonchalance, elle haletant avec élégance.
 
 
*  *  *
 
Je pense que ces deux là sont bien partis. Il me faut à présent donner un petit coup de pouce au récit par un autre côté. Une histoire, c’est comme une course d’escargots : bien que tu agites la feuille de salade du dénouement au bout de la piste, les protagonistes sont incapables d’avancer par cette seule motivation, il faut sans cesse les houspiller un peu. C’est pourquoi, direction le château seigneurial, sa garde en alerte, et son donjon plus rempli que jamais. J’espère que tu as bien en tête la menue description de tout à l’heure, parce que je ne compte pas revenir là-dessus.  
Le salon richement décoré, aux lourdes tentures de couleurs vives, élevait son haut plafond de toute la force de ses murs de pierre et de lambris, et le parquet de bois noir était en partie recouvert d’un tapis tissé à l’emblème du royaume. Il grouillait à présent de gardes et de serviteurs, de conseillers, de pages, tous s’activant autour du sofa où gisait, abandonné, le travail de broderie incomplet qu’avait laissé Bérénice derrière elle. Le soleil de midi lançait ses rayons depuis sa fenêtre, comme si même les éléments étaient curieux de savoir de quoi il retournait. Le roi se tenait, bien droit, devant le passage secret.  
- Oh, malheur ! se lamentait le royal papa de notre héroïne. Qu’est-il arrivé à mon héritière, ma fille, le fruit de mes entrailles ?
- M’est d’avis qu’elle s’est barrée, chuchota un galant chevalier de l’assemblée, mais des coups de coude le firent terre. Oups, j’ai fait une faute : le firent taire.
- Page ! Où sont mes consultants !
- Ils arrivent, sire, répondit le jeune homme aux cheveux ternes qui se tenait tout près. Nous avons fait venir les plus réputés de toutes les régions du royaume – et retiens ce « en si peu de temps ? » qui te brûle les lèvres, lecteur. Sache que si l’amour donne des ailes, les contes de fées aussi.
   En effet, comme pour confirmer ces dires, la porte du donjon s’ouvrit à la volée, et l’un des pages, essoufflé, ordonna à chacun de faire place aux nouveaux venus qui le suivaient. Ils étaient trois. Dans un roulement de tambour, leurs silhouettes se dessinèrent solennellement dans le sombre encadrement de la porte, le port digne et le front haut, baignées de fumée triomphale qui s’élevait en panaches héroïques – eh bien quoi, ce n’est pas parce que ceci est un conte à petit budget, qu’on ne peut pas se permettre quelques effets spéciaux.
- Votre majesté, la Prêtresse ! clama le premier page.
La vieille femme en guenilles sombres, et aux rides marquées comme des coups de cuillère dans un pot de margarine, s’avança, sa bouche édentée continuellement agitée d’un tremblement. Les plus anciens chevaliers se souvinrent de ce jour terrible, où elle avait de sa voix grave annoncé le danger qui planait sur la princesse.
- Grande Prêtresse, commença le roi. Ma fille a disparu. Tu nous avais prévenus, il y a quinze ans, lors de sa naissance ; j’aurais dû t’écouter. A présent, je t’en conjure, aide-nous à la retrouver !
La vieille femme s’avança jusqu’à la porte secrète, et posa sa main sur le bord, exactement comme Bérénice l’avait fait quelques heures plus tôt. Elle ferma ses yeux qui disparurent dans les plis de ses paupières, et se mit à fredonner quelques mots barbares et inconnus. Tout le monde retint son souffle.
- Cette enfant est en grrrand dangeeeer…, annonça-t-elle finalement, faisant tinter ses boucles d’oreilles contre ses multiples colliers chargés d’amulettes. Je le sens, je le pressens, quelqu’un… quelque chose… lui en veut… Il faut… la mettre à l’abri, les signes ne mentent pas….  
Une rumeur de panique parcourut l’assemblée tel un vent de frayeur. La mine du Roi était totalement déconfite, il avait pâli d’un seul coup, comme l’intérieur d’un esquimau à la vanille – le fait d’être un narrateur sans existence n’empêche pas un soupçon de gourmandise.
- Où se trouve-t-elle ? demanda-t-il, implorant.
- Dans… dans… – tout son corps se convulsa, elle rejeta brusquement la tête en arrière, les yeux révulsés. Dans la… dans la FORÊT !  
Puis elle s’effondra, à bout de forces, tas de haillons décharné sur le sol du donjon. Cette démonstration de sa puissance de divination n’avait pas laissé de marbre, la moyenne des teints des spectateurs se rapprochait de plus en plus de celui du roi, lequel avait agriffé sa barbe dans le plus grand état de nervosité. Deux pages se précipitèrent pour aider la vieille prêtresse à se relever, et on l’emmena aux cuisines pour la revigorer. Une fois qu’elle eut quitté la pièce, les deux autres conseillers spéciaux s’avancèrent, la mine concentrée. L’un était grand, maigre, brun, avec une casquette à carreaux à l’ancienne et une pipe ; l’autre, son assistant, se voyait affublé d’une moustache.
- Consultants, je vous en prie, dites-le moi : où se trouve-t-elle ? répéta le roi, une larme à l’œil, en se tournant vers eux.
Le grand brun se pencha en avant, tira d’un geste vif une loupe de sa poche, et se mit à examiner en silence la porte de l’entrée du passage.
- Avez-vous touché à quoi que ce soit ? demanda son second pendant ce temps.
- Non, nous vous attendions, répondit le roi.
- Des traces, cher ami, des traces, marmonna le premier en ramassant du bout des doigts un peu de terre du passage. Des traces de pas.
- Elle a été enlevée ? s’étrangla quelqu’un dans l’assistance.
Le silence s’établit, un silence lourd, pesant, dense. On eût entendu le sang circuler dans les veines de son voisin, pour peu qu’on n’eût pas la totalité de son attention focalisée sur le grand homme penché dans le passage secret. Il se redressa, rangea sa loupe et, les sourcils sévèrement froncés, dit :
- Seulement ses traces de pas, fins et légers. Elémentaire, mon cher, il n’y a aucun doute : il s’agit d’une fugue.  
L’assemblée eut un mouvement de surprise. La princesse s’était enfuie, de son plein gré ? Elle avait abandonné son père et son royaume ! La consternation se lisait sur bien des visages, mais le roi était déterminé à ne pas laisser souiller l’honneur de sa fille chérie qui, quelles que fussent les circonstances, avait bel et bien disparu et se trouvait en danger. La prêtresse l’avait dit. Un détachement de gardes royaux fut envoyé fouiller le passage secret, et revint bredouille. Le souterrain ne menait qu’à un mur aveugle, et à une trappe verrouillée de l’extérieur, que l’on résolut de détruire au plus tôt pour partir à la recherche de la jeune disparue.
Au repas, le roi apparut encore plus abattu, et la reine Clarence ne se départit pas de son air préoccupé de tout le repas. Le château entier se sentait en deuil, comme ralenti, ce qui contrastait singulièrement avec l’effervescence du quartier des gardes, où les allées et venues avaient pour le moins triplé depuis l’annonce de la terrible disparition, tout le monde étant réquisitionné pour partir à la rescousse de la princesse Bérénice.
 
 
* * *
 
A quelques kilomètres de là, la princesse en question marchait d’un bon pas sur les talons de son guide de fortune. Ils cheminaient depuis un long moment, et malgré le morceau de fromage et de pain sec qu’ils avaient partagé, l’estomac délicat de la jeune fille ne la laissait pas en paix.
- C’est encore loin ? s’enquit-elle pour la cent quatre-vingt deuxième fois.
- Non non, on arrive… bientôt…, répondit P’tit Tus pour la cent douzième fois – toutes les autres, il avait soit ignoré la question, soit déplacé sa réponse dans le vaste champ des synonymes existants au mot « bientôt ».
Mais cette fois-là, c’en était trop. Bérénice s’arrêta net, sa robe toute déchirée, et croisa les bras d’un air boudeur.
- Je ne ferai pas un pas de plus, décréta-t-elle. Je suis épuisée, j’exige que vous me disiez exactement où l’on est.
- Eh bien, c'est-à-dire que…, répondit P’tit Tus pour la cinquante-troisième fois.
- Et j’exige également une réponse un peu plus fournie ! Sinon, je ne vous paierai point, damoiseau. Et d’ailleurs, je repars immédiatement, je ne veux plus rien avoir à faire avec vous !
Il laissa tomber sa hache à terre, la mine déconfite. En son for intérieur, Bérénice se sentit incommensurablement satisfaite de son sens de l’autorité. Voilà comment devait se faire obéir une vraie future reine. Elle tourna sur ses talons et tenta de se remémorer les explications premières du jeune bûcheron. Voyons, ils avaient déjà dû parcourir les cinq cent pas vers le nord…
- Nom d’un axolotl enragé, ne faites pas ça, mam’zelle ! s’écria P’tit Tus.
- Oh que si, je peux très bien me débrouiller seule ! répliqua la princesse en passant pompeusement la main dans ses cheveux. Laissez-moi, à présent !
Toutefois, elle ne put rien ajou…ter. Le jeune bûcheron venait de la plaquer au sol de toutes ses forces, et brandissait sa hache, ses yeux sombres luisant soudain d’un éclat terrifiant.
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaah ! s’égosilla Bérénice en portant une main à sa poitrine.
La hache s’abattit, le sang gicla, le cri se tut brusquement, ne laissant que son écho mourir entre les cimes des arbres sombres de la forêt. P’tit Tus se releva lentement, ses jambes tremblantes, les yeux fixés sur sa victime.
- Ça va ? demanda-t-il en lâchant sa hache.
Bérénice hocha la tête, incapable d’articuler un son. Le corps tranché de l’immense serpent gisait à côté de son bras, frémissant encore de l’adrénaline qu’il avait failli mettre à profit, une demie seconde auparavant, pour le royal petit déjeuner qu’il tentait de prendre. La jeune princesse se releva, les restes de sa manche maculés de rouge, les larmes aux yeux.  
Sans qu’on pût vraiment dire en quoi, l’attitude de P’tit Tus avait changé notablement.
- D’accord, gente dame, dit-il. J’ai une confession à vous faire.
Bérénice retint un mouvement de surprise face à ce ton si différent et assuré, mais son état de choc ne lui permit pas de prononcer le moindre mot. Même la voix du jeune garçon s’était faite plus profonde, moins agreste.
- Je vous avoue, gente dame, qu’il y a une certaine probabilité de chance pour que nous soyons, heu, comme qui dirait, perdus.
Cette (pseudo)révélation tomba comme un coup de massue sur les épaules de la jeune et fragile princesse, qui sentit sa gorge et ses poings se serrer. Elle était perdue, dans un bois regorgeant d’horribles serpents carnivores, du fait d’un guide menteur à peine plus petit qu’elle. Oh, ça, il le lui paierait, ce misérable bûcheron, papa en entendrait parler !
- Et comment cela se fait-il ? questionna-t-elle. Avez-vous tenté de m’égarer dans les bois pour me faire du mal ?
- Gente dame, sauf votre respect, vous étiez déjà égarée, ce me semble. Non, la réalité est toute autre. C'est-à-dire que… je ne suis pas véritablement un bûcheron.
- Oh, fit la princesse en se grattant à son tour le haut du crâne. Êtes-vous un chevalier en quête de sa monture enlevée ? Un seigneur dépouillé par des brigands sauvages ? Avez-vous tenté sans me l’avouer de me sauver des griffes de quelque dragon sanguinaire rôdant dans les parages, tout à l’heure, en m’éloignant de là d’où je venais ? – un regain d’espoir la secouait subitement.
- Ma foi non, je suis chevrier dans le village d’à côté ; ou tout du moins qui se trouvait à côté au moment où je vous ai rencontrée.
- Oh, répéta la demoiselle de plus en plus en détresse. Mais alors, quelle est la raison de votre curieux comportement ?
- Je suis en fuite, gente dame.
La jeune fille ne put s’empêcher de porter ses mains à ses joues, son cœur manqua un battement. Un renégat ! Un fugitif dangereux l’accompagnait depuis plusieurs heures ! Elle faillit défaillir, si tu me pardonnes la répétition, ami lecteur.
- Avez-vous tué quelqu’un ? s’étrangla-t-elle.
- Ma foi non. Pour être franc, je fuis ma famille vers de plus vastes horizons ; j’aspire à devenir scribe itinérant.
- Oh, répéta encore Bérénice.  
- Je vous prie de croire que je voulais sincèrement vous conduire au château, quelle que soit la raison pour laquelle vous souhaitiez vous y rendre. Cela dit, mes chèvres ne restaient guère que dans leur enclos, et j’ai peu vu du pays. Je vous conjure donc de bien vouloir me pardonner.
- Mais certainement pas, décréta Bérénice en relevant ce qui restait de sa jupe pour se remettre en route dans la direction opposée à celle du soi-disant bûcheron-chevrier-scribe itinérant.
Les épaules de ce dernier s’affaissèrent. Il adressa à la jeune princesse un signe de la main qu’elle ne vit pas, car elle avait repris son chemin, le plus loin possible de la dépouille du serpent. Elle trébucha, se releva, boitilla quelque peu, fit encore quelques pas hésitants, puis sursauta. Quelque chose s’approchait d’elle. Elle tourna la tête.
- C’est aussi ma direction, déclara P’tit Tus. Cheminons ensemble, si vous ne me voulez plus pour guide.
- Je ne cheminerai point d’égal à égal avec un enfant, non noble qui plus est, laissa-t-elle échapper.
- Un enfant ! s’insurgea P’tit Tus. J’ai tout de même quinze ans !
La remarque la surprit quelque peu ; elle l’examina attentivement, ses bras maigres, son visage fin, ses yeux noirs et brillants. Elle s’était sentie généreuse en lui attribuant douze ans. « Je comprends son surnom », se dit-elle. Elle parcourut du regard la forêt sombre et inquiétante, l’absence de sentier, la dépouille encore chaude du reptile, et la hache salvatrice de P’tit Tus.  
- En ce cas, je vous concède l’insigne honneur de m’escorter, sentencia-t-elle d’un ton sans réplique.
Et ils se remirent en route.
Ou du moins ils essayèrent.
Une flèche sifflante vint se ficher dans un tronc, à sept centimètres et demis de la joue gauche de la princesse. Ce que viennent faire des Indiens dans un conte de fée ? Rien : ce n’en sont pas.
- Nom de l’Auteur ! jura P’tit Tus – pardonne-moi pour cette grossièreté, c’est que je n’aime guère censurer mes personnages.
Les deux se jetèrent en avant, cherchant le refuge de quelque buisson touffu. Un autre projectile trancha l’air non loin, puis des pas se firent entendre.
- Il faut fuir ! chuchota P’tit Tus avec une perspicacité sidérante.
Ils se mirent à ramper entre genets et ronces, s’enfonçant des épines dans la peau et des insectes dans les cheveux. Par malheur, la robe (presque) immaculée de la jeune princesse miroitait dans la forêt ; chacun eut beau se faire le plus petit possible, deux mains puissantes – et cette fois-ci, l’adjectif « puissantes » n’est plus aussi relatif – fouillèrent les sous-bois et en extirpèrent la princesse gesticulante, qui les maudit entre deux glapissements étouffés. On lui banda les yeux, on entrava ses poignets avec de la corde rude et épaisse, et on la fit avancer, encore et encore, entre les arbres à l’écorce rugueuse qui lui râpaient les bras, dès qu’elle déviait de son chemin par excès de fatigue. Un voyage infernal commençait.  
Je te laisse deviner que « on », ce sont les méchants.


Message édité par Milora le 02-05-2007 à 19:58:49

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"Maudit démon ! C'en est fini de toi ! Le Feu Réducteur te guette ! Je vais répandre ta vile Essence dans tout le bâtiment comme... euh, comme de la vulgaire margarine, et... et en couche épaisse en plus !"  
n°945
Eridan
Mage noir
Posté le 03-05-2007 à 09:37:44  profilanswer
 

Avant de lire ce deuxième morceau, je continue le débat :
 
Oui, c'est encore trop court !  :lol:  
 
Bon, pour les phrases nominales, va de soit que tu fais ce que tu veux. C'est vrai que de grands auteurs utilisent des tournures peu académiques et des mots familiers que je ne me permettrai pas de mettre dans mes textes. Je t'ai expliqué pourquoi je les bannis de mes écrits. Comme j'utilise les mêmes critères pour mes lectures que pour mes écritures, je te signale que moi, je ne les aurais pas utilisées. A présent, le Bien, le Mal, tout est relatif.  :ange:  
 
Les auteurs modernes de fantasy. Je ne connais Pullman que de nom. Quant à Hobb, c'est vrai, elle existe, mais comme ne n'avais pas aimé du tout, je l'avais chassée de mon conscient lol, :kaola:  j'ai sans doute fait de même pour d'autres.  :heink:  Laissons de côté le rapport entre fantasy de référence et caricatures, disons que je n'aime pas que l'on égratigne mon style fétiche.  :fou:  
 
Allez, j'imprime ce bout de texte et je ferais mes commentaires dans quelques jours.
 :sol:  


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n°946
Eridan
Mage noir
Posté le 06-05-2007 à 18:48:48  profilanswer
 

Cette histoire me semble très bonne dans son genre, le travail que tu fais avec le narrateur semble de bon aloi, j'ai apprécié les "Mon Auteur !" qui sont tout à fait délire. (J'aime bien les films délirants du style "y-a-t-il un pilote dans l'avion" ) C'est bien écrit, bien mené, je pense qu'il a de quoi ravir les amateurs, mais, comme je n'apprécie pas le genre, mon avis est à mettre entre guillemets. Personnellement, je ne peux pas passer à côté des incohérences de ce texte : la princesse qui sort du tunnel est qui se retrouve "perdue" en pleine forêt alors qu'il lui suffit de rebrousser chemin. C'est pour moi intolérable. Et, comme tu le dis clairement avec les conseillers qui viennent immédiatement des quatre coins du royaume, ces incohérences ne te gênent pas. Là, il y a une réelle incompatibilité entre nous.
 
Bon, après l'avis général, une revue de texte détaillée :
- "L'enfer en panne de chauffage" j'ai bien aimé.
- La princesse vit en haut d'une tour. Elle trouve un passage secret. Je trouve incohérent que ce soit un couloir qui descende. Pas d'escalier ?
- Le passage éclairé par des torches… Qui les change ?
- Le mur du fond hérissé de barreaux métalliques… "hérissé" n'est-il pas un peu fort pour des barreaux d'échelles ?
- Je ne reviens pas sur la possibilité de faire demi-tour.
- Après le bonjour de Pti'Tus : "Car il s'agissait"
- "- Damoiseau, auriez-vous la gentillesse de m’indiquer le château de votre Seigneur, je vous prie ? " Je doute qu'un roi apprécie qu'on l'appelle seigneur.
- "- Heu… répondit-il dans un long et profus développement fourni en explications topographiques des plus précises." Je suppose que tu as voulu faire une opposition entre l'onomatopée et les longues explications, mais je trouve que ça ne colle pas. Tu parles de topographie alors qu'il n'y en a pas. Tu aurais mis "Ses explications de le route à suivre furent exhaustives : "Heu….." Là oui.  
- "- Cinq cent pas vers le nord, puis douze vers l’est, tournez à droite après le chien, puis deux pas direction nord-nord-ouest, un saut à cloche pied, treize pas vers le nord, et huit vers le sud, et vous y êtes, mam’zelle !" Je suppose que c'est simplement de l'humour, je n'accroche pas à celui-ci. Trouvez le nord ouest dans une forêt. Une direction, c'est à vol d'oiseau dans une forêt.
- pareil dans le paragraphe suivant pour le château seigneurial.
- Je n'ai pas trouvé agriffé dans le petit Robert.
- "l'emmena aux cuisines pour la revigorer" dans la tour il y a aussi des cuisines?
- "L’assemblée eut un mouvement de surprise. La princesse s’était enfuie, de son plein gré ?" s'était-elle enfuie.
- " Il laissa tomber sa hache à terre, la mine déconfite. En son for intérieur, Bérénice se sentit incommensurablement satisfaite de son sens de l’autorité. Voilà comment devait se faire obéir une vraie future reine. Elle tourna sur ses talons" L'expression correcte est, il me semble "tourner des talons". Là le gars lâche sa hache et une seconde après il la brandit pour l'abattre.  
- Le serpent veut se faire un petit-déjeuner de la princesse… Il était si gros que ça ?
- "Probabilité de chance" c'est un peu une tautologie, volontaire, je suppose ?
- Des chèvres dans un enclos ! L'avantage des chèvres c'est quelles broutent n'importe quoi. Si c'est pour les laisser dans un enclos autant prendre des moutons. Et d'ailleurs, pas besoin de pâtre dans ce cas.
- "- Mais certainement pas, décréta Bérénice en relevant ce qui restait de sa jupe" elle a un robe, pas une jupe. Ou "jupons" alors.
- " Les deux se jetèrent en avant," Ca c'est une tournure qui se voit souvent dans les traduction, mais à priori ce n'est pas français. (même source que les phrases nominales) (Je crois que ça s'explique par le fait que seul un nom, ou un groupe de mot comprenant un nom peut être sujet; "deux" est un adjectif.
 
En conclusion, j'arrêterai là la lecture de cette histoire, mais ce que tu dois retenir c'est que l'ensemble reste (je crois pour quelqu'un qui aime) fort sympathique et bien mené.
 :hello:  


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n°947
Milora
Posté le 07-05-2007 à 11:22:35  profilanswer
 

C'est très gentil à toi d'avoir pris le temps de lire et de faire toutes ces remarques sur un texte qui ne te plaisait pas. Je me permets quand même, encore une fois, de répondre en détail... Mais je précise [mode publicité ^^] que cette novella est un peu une expérience, et que mes autres textes n'ont pas le même ton, la plupart du temps ! [fin mode publicité^^] Doooonc.
 
- Tu as tout à fait raison pour le passage secret, je vais changer pour des escaliers. En fait, je devais sans m'en apercevoir avoir en tête la confirugation du bâtiment d'une précédente historie à moi, où la maison était adossée à une montagne... Enfin bref on s'en fiche, lol. Pour le fait qu'elle ne revient pas sur ses pas (la princesse, pas la maison), j'ai précisé que le passage était bien trop raide pour être parcouru en sens invrse. Si je change pour des escaliers, je peux employer le truc assez banal des escaliers qui s'effondrent, ce serait plus clair...?
 
- Pour les torches ; hé hé, tu l'aurais vu, si tu avais lu la suite !
 
- Merci pour le "car il s'agissait" : j'ai beau lire et relire, des fautes de frappe m'échappent toujours !
 
- Pour le Seigneur, j'avoue que je ne vois pas trop le problème... Je n'ai pas été très pointilleuse sur les titres ni sur une cohérence historique, étant donné que c'est un conte de fées, mais de toute façon, dans le système féodal, les rois sont des seigneurs (et quelque fois des vassaux)...
 
- Quant au développement topographique, ben non, justement, c'est volontaire : c'est de l'ironie, ou une antiphrase, si tu préfères.
 
- Ah bon, on se repère à vol d'oiseau, dans une forêt ? Je l'ignorais... De toute façon, à vol d'oiseau signifie qu'on évalue une distance sans prendre en compte les virages, dénivellations et autres éléments qui peuvent la changer, sur terre. C'est une distance euclidienne, quoi, pas vraiment une direction... J'ajoue quand même que je serais bien incapable de trouver le nord ouest dans une forêt (même si c'est faisable, je crois, avec les lichens qui ne poussent que dans une certaines direction, et avec le soleil... enfin, j'en serais quand même incapable^^), mais de toute façon, oui, c'était de l'humour.
 
- Pour "Agriffer", il est en tout cas dans le Larousse, puisque c'est là que je l'ai découvert (et comme le mot m'a amusée, je l'ai retenu pour le caser dans un texte ! lol)
 
- Quant aux cuisines... La tour n'est pas isolée, je n'ai pas cru bon de préciser qu'elles se trouvaient ailleurs dans le château ; est-ce vraiment nécessaire ? :S (idem oour la hache : ça alourdirait de préciser qu'il la ramasse ; d'autant plus que, Bérénice ne le voyant pas, et la scène étant à cet endroit en focalisation interne...) Et pour le serpent... Moi je m'imaginais une sorte d'anaconda, lol ^^
 
- La tautologie est en effet volontaire
 
- Ah oui, c'est vrai, pour les chèvres. Je n'y avais pas pris garde... Je me demande quoi changer : sa réplique, ou carrément le travail de P'tit Tus ?
 
- Pour la jupe... Je ne crois pas avoir précisé qu'elle portait une robe au lieu d'une jupe, si ? :S Il faudrait que je vérifie. Sinon, si c'est gênant, je peux mettre robe, ça ne coûte rien :)
 
- Et pour ce "les deux", ça me turlupine, maintenant que tu le dis. Je sais qu'au début, quand je voyais cette tournure, ça me faisait bizarre ; mais à force de la trouver, j'ai pensé que c'était juste une structure que je ne connaissais pas, et je l'ai intégrée à mon écriture... Est-ce vraiment incorrect, ou est-ce juste peu pointilleux, comme ce que tu disais des phrases nominales (j'en ai encore trouvé une dans le livre que je suis en train de lire, hier soir, d'ailleurs. Mais ce n'est pas une référence, vu sa qualité, c'est sûr, lol)
 
Encore une fois, merci pour tes corrections ! Toi qui connais ce forum mieux que moi ; tu penses que j'aurai d'autres lecteurs, à l'heure qu'il est, pour lire la suite ? Si tu lis ce message, lecteur intéressé, réponds-y donc, pour que je poste la suite ! (je n'aime pas la mettre sans savoir si quelqu'un lit ou si je poste dans le vide ^^)


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n°948
Eridan
Mage noir
Posté le 07-05-2007 à 14:45:34  profilanswer
 


J'ai bien lu tes remarques. Elles n'appellent pas à de nouveaux commentaires de ma part.
 
Je dirais juste :
 
Il me déçoit beaucoup le petit Robert, je le prenais justement pour avoir d'avantage de définitions par rapport au Larousse et c'est la deuxième fois qu'il me fait faux bond par rapport à son concurrent. La première fois c'était "tire-laine" (invariable)
 
Quand aux chances d'être lue sur ce forum, je dirais qu'elles sont pour l'instant proche de zéro, mais je ne désespère pas qu'un jour le site gagne en activité.
/mode 3615 c'est ma vie
En fait, en tant que modérateur, il ne serait pas incompatible que je prenne en charge de faire connaître le site, mais j'en suis viscéralement incapable, je ne le fais même pas pour le mien alors... wait and see.
/ fin de monde 3416 c'est ma vie  :lol:  
 
En tous cas j'apprécie beaucoup la gaîté que tu apportes et je t'encourage à continuer de poster ici, même si cela reste pour le moment confidentiel.
 
 :hello:


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n°949
Ink
Répondeur
Posté le 08-05-2007 à 13:26:12  profilanswer
 

Salut Milora, Salut Eridan,
 
Moi je te lirai avec plaisir quand j'en aurai le temps mais malheureusement, je suis très pris et j'ai déjà plusieurs autres engagements pour lire d'autres histoires longues.
Est-il utile de poster sans savoir si on va être lu ? Je pense que oui. L'intérêt d'un système comme celui-ci est qu'il est sans contrainte et qu'il rend disponible les écrits. A moins que tu ne sois inquiète des risques de plagiat, une fois qu'un texte est ici, il est disponible pour un lecteur le jour où il en a envie ou le jour où il nous trouve.
 
Même si c'est lent et laborieux, il y a ici un vrai projet alternatif d'entraide et de diffusion d'histoires et les auteurs intéressés par le système de vente reçoivent plus d'attention car ils permettent d'alimenter la dynamique. Il y a des discussions et des explications sur la philosophie du site dans la partie Bureau du forum.
 
En ce qui concerne la fréquentation du site par d'autres auteurs et des lecteurs, ça viendra forcément parce que les bases et les objectifs sont bons. Chacun est désormais libre et invité à parler du site autour de lui, mais entre les auteurs qui ont des engagements auprès de sites comme manuscrit.com, ceux qui préfèrent poster sur des sites généralistes où ils vont avoir des avis plus nombreux mais plus superficiels, ceux qui postent sur des sites de maisons d'édition en espérant être remarqués, et ceux qui ont "peur" de rendre leurs écrits publics, et les lecteurs qui, pour la plupart ont une image fantaisiste de l'auteur non publié et sont peu enclins à mettre le nez dans des textes bruts, la fréquentation chez les Parrains n'est pas une évidence.
D'où la volonté de fond de travailler à la finition d'histoires longues dans le but de les diffuser ici et, à moyen terme, sur d'autres sites pour faire la preuve que ce qui se passe ici est digne d'intérêt.
 
Le tout sans contrainte et sans engagement juridique ou financier.
C'est un peu difficile à appréhender et à mettre en place, mais nous avançons  :) .
J'espère que tu ne vas pas t'impatienter et que vas avoir envie de rester et de voir où tout ceci va nous mener.
 :hello:


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n°950
Milora
Posté le 08-05-2007 à 14:02:20  profilanswer
 

Pas de problème, je compte rester ^^ Je me sens juste un peu mal à l'aise parce que j'ai peu le temps de lire (et ça ne se fait pas de n'être ici que pour poster ses propres textes^^). Je suis sur d'autres forums d'écriture, sans ce système payant, et ils marchent très bien. Je ne compare pas ! C'est juste que, pour moi, Les Parrain de la Plume sont un autre forum d'écriture, avec des commentaires précis et pertinents, mais peu de membres actifs, comme d'autres forums.  
Mais après, pour des raisons tout à fait personnelles, je n'aime pas poster une histoire longue sans savoir si au moins une personne lit... enfin, surtout, je l'avoue, parce que mon but est d'avoir des commentaires, et si je poste dans le vide, je suis à peu près sûre de ne pas en avoir ! C'est vrai que c'est une position un peu limite par rapport à l'ambition du forum... Si tu me demandes de continuer à poster malgré tout, je le ferai, mais pas de façon très enthousiaste, je l'avoue...
Enfin, on fait un peu de hors sujet, là, même si c'est intéressant !


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n°951
Eridan
Mage noir
Posté le 08-05-2007 à 17:20:40  profilanswer
 

Libre de tout engagement, c'est la devise d'Ink. Donc ne te sens pas obligée de lire en retour.  :sol:
 


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n°952
Ink
Répondeur
Posté le 09-05-2007 à 10:05:23  profilanswer
 

Exactement,
 
Que ce soit pour lire, poster, ou aider à dynamiser le site. Aucune obligation pour personne.
Le moteur est l'envie.
 
 :hello:


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n°964
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 11-05-2007 à 13:32:06  profilanswer
 

Ben moi j'ai lu les deux extraits, en entier, jusqu'au bout...
Le style détone un peu de ce que l'on voit d'ordinaire, ça reste frais et j'ai en effet souri à quelques passages. Notemment celui de l'explication encyclopédique sur le tetras lyre.
 
J'aime bien l'opposition des personnage entre la princesse rêvant d'aventure tant que c'était dans sa tour, et quui se révèle malgré tout un rien arrogante et hautaine une fois plongée dans la difficile réalité forestière avec le bûcheron-scribe-chevrier un peu menteur.
 
Cela dit, et même si je perçois l'humour général et le ton du texte, certaines petites choses me gênent.
en effet, certains passages heurtent ma lecture et forcément ça en déstabilise la fluidité. quiand on bute sur quelque chose, l'intérêt diminue.
Ho bien sûr, je ne m'arrête pas aux incohérenes relevées par Eridan, partant du principe que c'est un monde imaginaire farfelu et un brin échevelé, ça (comme les torches qui brûlent qsans qu'on sache qui les change ou le couloir dépourvu d'escaliers) ne me gêne pas outre mesure, pas plus que les digressions du narrateur. En revanche certains points précis m'iont pour le moins posé question :

Citation :

Elle soupira (pour la troisième fois, si tu suis bien),

En fait là, la parenthèse me gêne. Non j'ai pas suivi et j'ai surtout pas compté ses soupirs et en fait, en tant que lecteur je m'en fiche...
 

Citation :

- Oh, miséricorde, gémit-elle en se laissant tomber au sol à côté de la trappe toujours ouverte. Où suis-je donc ? Ma robe est déchirée, mes mains sont couvertes de boue, j’ai faim et j’ai soif, et je suis plus fatiguée qu’après le plus éreintant des travaux de broderie… (Ndlr : ne jamais remettre en question le caractère éreintant d’un travail de broderie, lecteur. Tu ignores tout des pouvoirs cachés d’une épingle récalcitrante, ou de la puissance sournoise d’un fil de laine. Prends garde, si un jour tu en croises un, le péril est immense…) Que vais-je donc faire ? Je veux mon papa …


 
Là pareil : la parenthèse me gêne dans ma lecture...Puisqu'on sait que le narrateur se permet et se permettra d'intervenir comme bon lui semble, pourquoi ne pas transformer cette explication ironique entre parenthèse (qui tombe donc un peu comme un incongruité) en une assertion du narrateur?
Et puis au pire, si tu tiens à conserver les parenthèses, puisqu'on s'éloigne totalement du sujet de fond, pourquoi mettre Ndlr? Ndn (note du narrateur) ne serait-il pas plus ironique dans la continuité du fait que le narrateur fait ce qu'il veut comme il a pris soin de le préciser d'entrée?
 

Citation :

Par malheur, la robe (presque) immaculée

Ici par contre, la parenthèse ne me gêne pas, mais le fait que la robe soit, d'après ce qu'on lit plus haut plus déchirée qu'autre chose si. En effet, j'aurais plus vu un effet du style : sa robe (presque) intacte... [bon là c'est mal dit je te l'accorde, mais c'est pour l'idée plus que pour ce point précis]
 
Donc dans l'ensemble, j'aime bien le parti pris du texte, c'est échevelé, parfois délirant, décousu mais c'est voulu, la seule chose qui me gêne, disais-je c'est ce qui prête à l'inconfort de la lecture comme les passages cités plus haut. Ha si, encore une chose... Les incohérences: soit. Les choses impossibles (comme les conseillers déjà présents) soit.
Par contre (et là je révèle mon petit côté diptero-sodomite) les anachronismes: j'aime pas. Par exemple tu fais réference à un moment à une musique de synthétiseur là, dans le contexte, le mot me dérange.
 
D'un autre côté, j'admets que l'exercice est difficile et dans l'ensemble tu t'en tires assez bien. Essaie de ne pas t'enfoncer dans le délirant à tout prix. Faire un bon mot à toute force, ou une digression casseuse de rythme à tout bout de champ risquerait (si tu le faisais, mais je n'ai pas dit que c'était le cas) de nuire à la fluidité du récit.
Même Pratchett, au milieu de ses considérations abracadabrantes garde une ligne de fond du récit et nous y emmène en évitant les circonvolutions inutiles, se contentant de placer des comparaisons amusantes ou d'évoquer des choses délirantes qui font partie de l'univers décrit et n'en sont pas des choses rapportées à l'emporte-pièce.
 
Donc, je ne me suis pas ennuyé à la lecture, j'ai apprécié le fond et le style (j'aime les phrases bien construites et le vocabulaire choisi ainsi qu'une syntaxe et une orthographe satisfaisantes, les tiennes sont excellentes, je l'ai déjà dit sur un autre de tes textes).  
Si suite il y a, je la lrai avec intérêt.


Message édité par eskael le 11-05-2007 à 13:52:03

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La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir.
n°970
Milora
Posté le 15-05-2007 à 20:06:25  profilanswer
 

Bonjour Eskael, et merci de ta lecture et de ton commentaire !  
 
Le style détonne... ? Heu... pas trop en mal, j'espère ! :S
Pour les passages que tu relèves, il y a une chose qui me chiffonne... Sur l'autre forum où j'ai posté cette histoire, ils ont été aussi relevés... mais en bien ! Je pense donc que, comme j'ai misé sur un humour un peu particulier, il y a plus de chances pour que le lecteur aime ou n'aime pas... Ce n'est pas forcément très bon signe quant à ce texte. Mais de toute façon, vu que j'ai voulu faire un narrateur casse-pieds, je laisse, na ! Espérons qu'il ne se révèle pas trop casse-pieds par la suite (il n'en fait qu'à sa tête, de toute façon^^) Pareil poru les anachronismes (mais j'en ai pas mis beaucoup, enfin, je n'ai pas cette impression...)
 
Pour la robe presque immaculée, c'était de l'ironie. Mais c'est vrai que intacte accentue encore plus l'effet. Je vais peut-être changer (sauf que du coup, il n'y a plus de fait qu'elle est davantage visible, aprce que blanche... Enfin, intacte me plait bien aussi !=)
 
Pour les incohérences relevées par Eridan, je les ai corrigées (la fenêtre et le manque d'escaliers), mais je n'ai pas encore édité les messages précédents avec les modifications (manque de temps...)
 
Quant au délirant... C'est un peu délicat. Moi, je n'appelle pas vraiment ce texte délirant : il y a une historie continue (bon, avec ces courts extraits, elle n'apparait pas énormément), des personnages avec une personnalité constante (qui ne sont pas là que pour la caricature, je veux dire, même si je n'ai pas cherché à les rendre particulièrement bien campés. C'est difficile en si peu de pages, et c'est surtout le personnage du narrateur que j'ai travaillé...), etc. Je n'ai pas lu Pratchett, donc je ne peux pas dire...
Mais si tu appelles délirant les... espiègleries du narrateur, sur la forme (digressions, commentaires, etc.), eh bien par contre, c'est justement le ton que j'ai voulu donner au texte. Mais... au final, rien de ce que dit le narrateur, aussi à côté du sujet de l'histoire que ça ait l'air, ne l'est totalement... Enfin, je te mets la suite, on verra bien si tu aimes mieux, moins, pas du tout, ou tout autre dégradé !


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n°971
Milora
Posté le 15-05-2007 à 20:08:06  profilanswer
 


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Vois-tu, lecteur, si j’étais un narrateur désobligeant, je te laisserais languir un petit moment avant de répondre à ta question muette et obsédante : « mais que va-t-il se passer ? ». Si j’étais un narrateur désobligeant, j’éviterais le sujet, te parlant du temps qu’il faisait à l’autre bout du royaume de Bérénice – un ciel dégagé, avec quelques rafales par endroits, dues à la présence d’une dépression au sud-est, 24°C en moyenne – ou en intercalant un aperçu de l’attitude du roi au même instant – il était assis à son bureau, repassant inlassablement sous ses yeux des parchemins qu’il n’arrivait pas à lire, trop préoccupé par le sort de sa fille, tandis que la reine Clarence se triturait les mains devant sa fenêtre, scrutant l’horizon en se demandant où pouvait bien être la gamine. Si j’étais un narrateur désobligeant, je pourrais aussi t’asséner une nouvelle digression, sur une légende du coin totalement saugrenue ici : par exemple celle du féroce dragon Bardéssava.  
Il y a en effet, quelque part dans le monde que je te décris, une grotte, ou plutôt un renfoncement dans la pierre, une bouche minérale s’ouvrant sur une obscurité sans nom, un trou, à même la montagne, comme si un colosse sans cœur avait jadis planté un pieu dans la forêt pour y ouvrir une cavité diabolique et infâme. Les villageois, craintivement, voulurent génération après génération oublier son nom immonde, et l’on finit par l’appeler, très vite, sans s’attarder sur le mot, comme pour repousser par son peu de place dans la phrase sa présence angoissante, La Grotte. Il y a très longtemps, peu après les origines du monde dit-on, une créature horrible élut domicile dans cet antre, marquant son territoire par ses cris d’outre-tombe qui s’entendaient à des kilomètres à la ronde, et qui rappelaient l’interdiction de fouler ce territoire maudit. Dans les premiers temps, personne ne sut, personne ne voulut savoir, quelle était cette bête. L’on restait dans sa chaumière, l’on se calfeutrait au coin du feu, l’on en oubliait jusqu’au chien qu’on avait laissé dehors avant d’entendre le cri, et qui glapissait, apeuré, sur le seuil. Mais bientôt, le cri se transforma en voix, puissante et terrifiante, et la voix forma des mots, des mots impitoyables, qui firent frissonner chaque habitant du village. La bête clamait son identité, haut et fort, avec insolence et menace, c’était le dragon, le dragon redoutable Bardéssava. L’on se boucha les oreilles, l’on se serra contre son mari, sa femme ou ses parents, l’on ne voulait plus entendre, plus savoir, pouvoir vivre sans la certitude qu’une créature infernale vivait à quelques kilomètres seulement. Mais la voix s’amplifia, pénétra chaque masure, s’insinua par la moindre fenêtre entrouverte, entre les doigts pressés sur les oreilles, sans faiblir. Le dragon demandait, réclamait quelque chose. Il voulait que chaque année, au printemps, on lui portât une jeune fille pure qu’on lui offrirait en sacrifice, et qui serait la seule condition à la survie du village. Autrement… Un nuage de feu dévala tout à coup la montagne, surplomba le village de sa chaleur insupportable, qui fit virer au rouge la pointe du clocher, puis se retira soudain avec un claquement menaçant. Et depuis lors, chaque printemps, on porte au dragon de Bardéssava une jeune fille, que l’on ne revoit, ensuite, plus jamais.
Mais moi je ne suis pas un narrateur désobligeant. Tu commences à me connaître, tu sais que je déteste couper l’histoire avec des développements qui n’ont rien à voir. Je ne vais donc pas me faire prier pour te renseigner sur le sort de Bérénice qui, rappelons-le, est toujours prisonnière de ravisseurs non identifiés aux mains puissantes et au tir précis.
La pauvre princesse remuait furieusement, ses liens lui entamaient les poignets, sa bouche était rendue pâteuse par la soif. Il lui fallut un certain temps avant de se rendre compte qu’on ne l’avait pas bâillonnée, et pour prendre l’initiative d’utiliser sa voix désormais éraillée.
- Misérables ! Comment osez-vous vous en prendre à moi ? Vous ne savez pas ce que vous risquez, mécréants, vous le regretterez !
Un coup dans les reins la fit taire brutalement.
- P’tit Tus ? appela-t-elle faiblement.
Un second coup la dissuada de continuer ses récriminations, et aucune parole ne lui répondit, aucun gémissement, aucun signe de vie. Si P’tit Tus avait été fait prisonnier avec elle, il le cachait bien.
Cette longue marche dans un silence forcé conduisit notre jeune Bérénice à s’apitoyer sur son sort – à réfléchir à sa situation, dirons-nous plus diplomatiquement. Que n’était-elle restée sagement dans son donjon ! Voir le monde était par trop dangereux, une princesse comme il faut devait se contenter du charme confiné de sa prison dorée, et attendre son prince charmant sans trop de regard sur l’âge de ce dernier. Voilà la vie rêvée. Broder, chanter, se languir à la fenêtre, et laisser sa beauté au statut de légendaire. Elle soupira. « Comme ils sont loin, mes rêves d’aventure ! » se dit-elle tristement.
Je viens de m’apercevoir qu’il y a un moment que les personnages sont en action ; nous en arrivons donc à la nuit. On fit s’allonger Bérénice à terre, on lui lia les pieds avant de lui détacher les poignets, et, toujours sans lui retirer son bandeau des yeux, on lui fournit de quoi manger, le tout dans un silence pesant. La jeune princesse, exténuée, ne tarda pas à trouver le sommeil, malgré les traumatisants événements des douze pages précédentes.
Au matin, la marche fut de courte durée, et l’on permit enfin à la royale héritière de voir. Elle était escortée par deux grands hommes massifs, revêtant une armure brillante, qui la retenaient par le bras comme une prisonnière conduite à l’échafaud. Elle tressaillit irrépressiblement. La sinistre procession avait quitté la forêt depuis peu, et évoluait à présent dans un champ de blé, se frayant un chemin à coups de dague aiguisée, en direction d’un petit groupe de maisons, serrées les unes contre les autres, à quelques centaines de mètres. Les yeux de Bérénice, si longtemps fermés, mirent un certain temps avant de s’accoutumer à transmettre de nouveau des informations à son cerveau – ou plus exactement à l’aire visuelle, située à l’arrière du cortex, mais je ne crois pas que tu sois là pour un cours de biologie, vénéré lecteur. Les renseignements lui venaient dans le désordre le plus complet. P’tit Tus n’était pas là. Une épaisse barrière de montagnes pointues s’élevait, plus proche que jamais, derrière les maisons – elle ne put retenir un hoquet de stupéfaction : ces reliefs, si lointains autrefois, qu’elle avait tant rêvé de parcourir. En d’autres circonstances. Il manquait notamment le cortège royal, les honneurs, et le prince charmant. Puis elle remarqua l’accoutrement, je devrais dire (et vais le dire) l’uniforme de ses deux tortionnaires : un écusson jaune avec un lion bleu était cousu sur leur poitrine (oui, sur l’armure, tout à fait. La vraisemblance n’est pas de mise ici). Un écusson qu’elle connaissait bien, pour l’avoir brodé elle-même maintes fois. L’écusson royal.
- Sapristi ! s’exclama-t-elle.
Ses ravisseurs n’étaient autres que des soldats de sa propre garnison, qui avaient prêté le serment, lors de leur engagement, de servir la famille royale jusqu’à la mort. Et il était sous-entendu qu’il s’agissait de leur mort à eux, non de celle de la famille royale en question, bien que visiblement, ils eussent pris ces paroles dans le mauvais sens.
Toutefois, la douce princesse n’eut pas le temps d’entrer plus profondément dans ses théories de complot, car un étrange personnage, tout courbé, vêtu de loques, s’avançait vers eux à travers champs, s’aidant d’un bâton noueux. Non lecteur, il ne s’agit pas de la prêtresse, où vas-tu donc chercher ça ? Tu n’es pas bien futé, ces derniers temps, permets-moi de te le faire remarquer.
- Holà, villageois, dit l’un des gardes d’une voix de ténor. Nous te l’amenons.
Bérénice redressa fièrement le menton, prête à montrer comment meurt une princesse, dignement, la tête haute.
- Je vous salue, messieurs, dit l’homme en s’arrêtant à leur niveau. Mais cette gamine a l’air bien mal en point, elle est sale et sa robe est toute déchirée. Je ne sais pas si elle conviendra.
- Allons, vous vouliez une jolie jeune fille, pas une jolie robe. On ne va pas chipoter, vieil homme.
- Hum, certes, certes, chevalier. Mais êtes-vous sûr que nous avons l’autorisation de l’avoir ?
- Evidemment. Nous avons signé une décharge, regarde donc.
Le soldat lui tendit un rouleau de parchemin marqué du sceau royal. Le villageois plissa les yeux pour en lire le contenu, puis hocha la tête.  
- Oui, c’est bien une autorisation. Je la prends. Vous pouvez me l’amener là bas, dans l’écurie ? Ah, et pour le bon de garantie, on fait comment ?
- Holà, villageois, répéta le rustre kidnappeur. Oserais-tu mettre en doute la qualité d’une marchandise royale ?
- Oh non, non non, bien sûr que non, minauda le vieil homme. Je vous fais confiance.  
Bérénice n’osa pas dire un seul mot. Elle n’arrivait pas à déterminer, d’après l’attitude du villageois, s’il savait où non qui elle était. Quant aux gardes, eux, il n’y avait aucun doute qu’ils étaient au courant. Néanmoins, autre chose l’empêchait de s’exprimer : une énorme boule coincée dans sa gorge. Son père, le roi, avait ordonné qu’on la livrât à cet infâme petit être ! Non, c’était impossible, impensable, insupportable. Quelqu’un avait dû lui dérober son sceau. Quelqu’un d’influent, au palais, qui voulait… la tuer. Mais qui ? Serait-ce un des membres de la famille royale, dirigeant d’une contrée voisine, trop petite à son goût par rapport à la sienne ? Ou l’un de ces vils conseillers au regard sournois, qu’elle voyait depuis sa fenêtre parler au roi ? Ou encore le colonel Moutarde, dans la bibliothèque, avec un revolver ? Un véritable casse-tête chinois.
Les deux soldats la firent avancer jusqu’au village, où un groupe de solides paysans prirent le relais pour la conduire à travers les ruelles tortueuses et non pavées. Malgré les jambes fatiguées de notre amie Bérénice, on ne lui permit pas de se reposer, on la fit traverser le village entier, jusqu’à un petit sentier qui s’enfonçait dans les bois bordant les dernières chaumières, et le groupe s’enfonça dans ce qui semblait être les débuts de la montagne. La marche fut de bien plus courte durée que la précédente, mais Bérénice, moins intimidée par une poignée de paysans aux épaules rigides et aux faux acérées, que par deux gardes royaux empêtrés dans leur armure, eut le courage d’échanger quelques mots avec ses nouveaux maîtres.
- Auprès de qui m’avez-vous achetée, messire ? risqua-t-elle, à l’adresse du gros bonhomme moustachu qui la menait par le bras à ce moment-là.
Il lui lança un regard soucieux, puis haussa les épaules, se disant que de toute façon, là où elle allait, elle ne risquait pas de raconter grand-chose à qui que ce fût.
- Un intermédiaire du roi, fillette, répondit-il. Mais rassure-toi, tu ne nous as pas coûté bien cher, et encore moins que prévu, parce qu’avec ce retard, qu’ils ne comptent pas sur les cinq sacs de blés au complet !
Cinq sacs de blé ? Voilà tout ce qu’elle valait ? s’indigna la malheureuse héritière du trône. Mais de toute façon, le vil intermédiaire suscité devait avoir agi fort rapidement, pour qu’il ait pu conclure un tel marché en quelques heures, après sa disparition, comptant sur une chance incroyable pour la retrouver. A moins que tout ne fût prévu depuis le début, depuis ce passage qui s’était miraculeusement ouvert dans son salon, depuis sa fuite…  
- Quand avez-vous effectué cette transaction, monseigneur ? demanda-t-elle, usant de la plus haute politesse.
- Le mois dernier. Mais silence, on arrive.
Ainsi ses soupçons se confirmaient. Cependant les réflexions de la jeune fille s’interrompirent brusquement : on l’avait conduite sans ménagement jusqu’à une gueule béante dans le roc, un trou aveugle et insondable, dont elle ignorait que les gens appelaient, ici, La Grotte. (Ne critique pas mes effets de suspense, lecteur, je fais ce que je peux.)
- Miséricorde ! gémit-elle devant un spectacle si effrayant. Qu’en sera-t-il de moi ?
Le moustachu la poussa en avant, vers le danger, vers l’inconnu, vers la mort assurée. Les jambes de jeune fille tentèrent de se dérober, mais elle s’employa à les maintenir raides, et elle s’avança, lentement, vers le gouffre maléfique.
- Désolé, fillette, lui lança quelqu’un qui avait vraiment l’air de le penser – parce qu’il ne faut pas douter qu’un homme jetant une gamine en pâture à une cruelle bestiole ne le regrettât sincèrement, comme son geste l’indiquait sans l’ombre d’un doute.
Bérénice essaya de s’empêcher de trembler. Elle marcha vers l’entrée de La Grotte apparemment vide, et saisit une branche biscornue qui gisait par terre, sa seule arme à présent. Le groupe de villageois s’en retourna d’où il était venu sans qu’elle s’en rendît compte. Son cœur battait comme toutes les pompes d’un ascendeur hydraulique. En plus poétique. Avec les lambeaux de sa robe qui laissaient ses bras et ses jambes apparaître lorsque le vent, rejetant en arrière sa coiffure défaite, les faisait claquer avec emphase, elle avait tout d’une vaillante héroïne de bande dessinée d’aventures. Son regard, craintif mais déterminé, lui conférait l’allure d’une amazone vengeresse sur le point de livrer bataille. Elle s’avança, brandissant fièrement son bâton devant elle, et fut engloutie par l’obscurité de La Grotte. Sa vision mit un temps incalculable à s’habituer au manque de lumière. Lorsqu’enfin elle put distinguer des formes indistinctes, elle se trouva nez à nez avec une créature immense, de deux fois sa taille, qui l’observait de ses yeux scintillants, d’un regard malsain. La pauvre princesse poussa un hurlement suraigu qui disparut dans la forêt.
Par le plus grand des hasards – mais après tout, dans un conte de fées, tout est possible – un prince passait justement dans les parages. Monté sur son fidèle cheval blanc, son épée immaculée à la ceinture, et son regard bleu et limpide, il trottait sereinement sur un petit sentier dans le bois, laissant sa cape onduler avec grâce pour accompagner ses mouvements. Il croisa un groupe de villageois à pied fort pressés, qui le dépassèrent sans le regarder, la mine douloureuse. Intrigué, il poursuivit son chemin, sur ses gardes, menant son pur-sang d’une main de maître, prêt à voler au secours de tous veuves et orphelins disponibles à la ronde. Soudain, un cri perçant retentit dans les arbres, semblant venir de partout et de nulle part, s’élever jusqu’à un paroxysme d’épouvante, et s’éteindre dans un pressant appel à l’aide. Le jeune prince hâta le pas de son cheval, passa devant une grotte obscure dont on ne distinguait rien, et s’enfonça dans les bois à la recherche de la demoiselle en détresse qui avait ainsi hurlé.
Eh oui, c’est bien joli, les princes, dans les contes de fées, quand on leur demande d’être charmants. Mais dès qu’il faut un peu de jugeote, il n’y a plus personne !  
 
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Te souviens-tu de ce que je t’ai enseigné autrefois, jeune lecteur ? Non, pas sur les tétras lyre. Sur les histoires. J’ai dit que c’était comme une course d’escargots. Or, mon second escargot s’est encore arrêté : songe que le roi n’a toujours pas progressé d’un millimètre, depuis tout à l’heure. Si je n’intervenais pas, il serait encore attablé avec la reine, dans un profond désespoir, tandis que les allées et venues s’intensifiaient parmi ses gardes. Mais j’en ai décidé autrement.
La reine sortit de sa chambre, pensive, et longea un large couloir de pierre transpercé de meurtrières, par lesquelles le vent se faufilait avec un sifflement désagréable. La souveraine jeta un regard par-dessus son épaule dans un accès de méfiance, puis s’arrêta devant une porte, actionna précautionneusement la poignée, et entra.
- Qui va là ? maugréa le roi, en rangeant précipitamment quelque chose dans l’un des tiroirs de son bureau.
- Oh, Sire, vous êtes là, constata la reine en plissant les yeux. Ne deviez-vous pas être en train de mener un conseil de guerre, pour décider de la suite des recherches de votre enfant ?
- Si si, je m’y rendais. Je… je faisais juste… – il tourna la clef dans la serrure de son tiroir et la rangea discrètement dans sa poche. Et vous, ma dame, que veniez vous faire dans mon bureau ?
- Oh, je… je croyais y avoir oublié ma broche, hier.
Les deux se dévisagèrent un moment avec intérêt. Puis :
- Votre Altesse ? demanda quelqu’un à travers la porte.
- Entrez, Razmol, mon fidèle conseiller, répondit le roi en se levant de son fauteuil.
Un homme d’une cinquantaine d’années, un petit bouc noir sur le menton et les yeux perçants et rapprochés, passa la porte. Il s’inclina brièvement devant le roi, puis devant la rei