Mot :   Pseudo :  
 
Bas de page
Auteur Sujet :

Les Larmes du spectre (3%)

n°790
Deidril
Posté le 12-10-2006 à 09:48:37  profilanswer
 

J'ai décidé ( pour l'instant ) de me remettre à l'écriture de mon roman 'Les Larmes du Spectre' qui a été mon premier essai. Ca faisait presque un an que je n'y avait plus touché. Comme je n'arrive pas à me décider sur les modifications à apporter à la fille du nécromant, j'ai décidé de revenir à mon premier essai.
 
Voilà donc le prologue, qui est plutot amélioré par rapport à sa version d'il y a 2 ans sur HFR :
 
                                          Prélude
 
Au début des temps, l’archange Ephariel fut banni des cieux par son créateur, Valarian, dieu de la loi et père des premiers hommes : les valariens. Le séraphin déchu fut emprisonné aux tréfonds du néant, dans le royaume qu’il avait créé secrètement pour œuvrer à ses plans, Andrahyr.  
 
Epharial adopta alors le nom d’Andragoras, ce qui signifie Le Dévoreur. Condamné à demeurer dans son monde souterrain, il put cependant à force de ruse et de malice à conduire une âme pure à le libérer de ses chaînes. Il étendit alors sa main sur le monde des hommes afin de tenir en son pouvoir la destinée de l’humanité. Ainsi débuta la Grande Guerre, qui amena les valariens et les autres races à s’unir contre l’adversité. Des hordes de démons, créatures qui devaient demeurer à jamais enfermées en Andrahyr, déferlèrent sur les villes et les campagnes, détruisant toute trace de vie sur leur passage. Néanmoins c’est contre leurs propres frères que les hommes eurent leurs plus terribles batailles car nombres de seigneurs se rangèrent sous la bannière d’Andragoras, tant les trésors qu’il offrait étaient fabuleux.  
 
Tous, des écuyers aux rois, mirent au combat ce qu’ils avaient de courage et de foi pour repousser les forces du mal. Mais quand le Haut Roi tomba, l’espoir mourut avec lui. C’est alors qu’un valarien armé de sa seule foi se dressa pour stopper l’ennemi. Il refoula l’esprit malin aux portes mêmes d’Andrahyr et en scella l’entrée. Mais avant de retourner sur son trône d’obsidienne, Andragoras maudit notre monde, annonçant la venue prochaine de son Messie, qui dresserait le fils contre le père, le frère contre le frère, et répandrait la damnation éternelle.
 
C’est ainsi qu’Albior et les sept champions de Valarian scellèrent la porte d’Andrahyr, emprisonnant de nouveau l’ange des ténèbres tel que cela avait été décidé par la volonté suprême. Ce fut peu de temps après la Grande Guerre que les hommes commencèrent à domestiquer la magie. Un archimage nommé Soren en établit les bases, transformant les rituels hasardeux en une science accessible à tous. Parce que cela survint peu après la Grande Guerre, l’église pensa que cela était l’œuvre du Malin. L’idée que les hommes puissent se substituer à Valarian en manipulant les forces naturelles fit son chemin dans les esprits, et c’est ainsi que l’inquisition, destiner à traquer les suppôts d’Andragoras et les magiciens, vit le jour.
 
Le temps passa. Les royaumes valariens se remettaient de leurs blessures. Après un millénaire, la malédiction d’Andragoras devint une légende dont bien peu de valariens se souciaient.
 
Mais en d’autres lieux, il en était tout autrement…
 
 
 
                                                     Prologue
 
Un cri strident déchira l’air. Il résonna dans la plaine rocailleuse et gagna la cité. Ceux qui l’entendirent ne purent l’ignorer et se mirent à hurler. Certains tombaient à genoux et se tenaient la tête, leur nez et leurs oreilles se mettant à saigner. D’autres s’écroulaient et demeuraient inanimés, cadavres vivants dont l’esprit était irrémédiablement brisé. Les hurlements déments s’insinuaient dans les consciences, brisaient les volontés et ravageaient les raisons.  
 
Mêmes les animaux n’étaient pas épargnés. Les chevaux d’un carrosse se jetèrent contre une échoppe d’argenterie, brisant la devanture de pierre sous leur charge. La voiture fit une embardée, se renversa dans l’avenue et écrasa plusieurs passants sous les têtes à queues.  Des chiens aboyèrent à la mort et attaquèrent des passants, les mordant à la gorge jusqu’à leur arracher la tête.  
La cité de Sombreden tout entière était la proie du chaos.
 
Un nouveau cri percuta la ville, plus puissant que les précédents, plus stridant que le chant des harpies, plus pénétrant que le regard de la méduse.  
Les hommes tombèrent au sol par vagues entières. Les fenêtres des maisons et les vitraux des temples volèrent en éclats. Les murs se fendirent et se lézardèrent. Une femme sortit de sa demeure en hurlant, pleurant des larmes de sang et se griffant le visage si profondément qu’elle se défigurait à vie. Sur les remparts de Sombreden, les sentinelles se cramponnaient aux créneaux pour supporter la douleur. L’un des gardes, incapable d’en supporter davantage, se jeta dans le vide pour stopper la folie qui lui dévorait l’esprit.  
 
A quatre lieues de la cité, au milieu d’une lande aride et désertée de toute vie, au centre d’une nécropole dédiée aux rois et demi-dieux de ténèbres qui gouvernèrent le monde  il y a de cela mille ans, le mausolée d’où provenaient les hurlements était désormais l’objet de toutes les attentions.  
 
La grande herse de noiracier qui fermait la porte sud de la cité se leva, et un petit groupe de cavaliers montant de sombres destriers s’élança au galop en direction de la nécropole d’Asgarroth tandis qu’un nouveau gémissement emplit l’air, ravageant la cité d’une nouvelle vague de chaos.  
 
Un sorcier en faction sur les remparts épongea la sueur froide qui coulait de son front tandis qu’il observait les chevaux arriver à destination. Bien qu’il fut un habitué de la douce musique des sortilèges de démences et des plaintes des âmes tourmentées, le magicien noir était incapable d’identifier la créature à l’origine du phénomène. Et malgré l’étendue de son sombre savoir, il ne pouvait déterminer si les intonations et les sons dans les hurlements appartenaient à un langage. En fait, il n’avait pas la moindre idée de ce qui se passait. Si son esprit gardait encore son intégrité, c’était uniquement grâce à ses sortilèges protecteurs. Mais il les sentait s’effilocher à chaque nouvel assaut. Si cela ne s’arrêtait pas bientôt lui aussi sombrerait dans la folie.  
 
La cité de Sombreden avait beau être l’incarnation du mal et des ténèbres pour ce monde et être peuplé de ce qui se faisait de plus vil et de plus machiavélique comme être, le phénomène qui la mettait maintenant à genoux dépassait l’entendement de ses habitants. Tous ceux qui gardaient un semblant de raison cherchaient, sans succès, l’explication d’un cataclysme, qui, une fois n’est pas coutume, n’était pas de leur fait.
Enfin, presque tous…
Arrivés à l’entrée de la nécropole d’Asgarroth, les cavaliers mirent pieds à terre. Ils portaient de grands manteaux noirs à capuchon et leur visage restait dans l’ombre mais leurs mains gantées de métal trahissaient leur équipement militaire. La lande derrière d’eux était déserte. Une poignée de gros rochers noirs brisaient l’horizon, s’élevant de la mer de scories volcaniques et de charbons ardents qu’était la Terre des Cendres. Devant eux, au-delà de remparts lugubres recouvert d’une vigne de la teinte du sang et de fresques aux personnages effrayants, s’étendait une vaste étendue de tombeaux.  
 
Ainsi était la nécropole d’Asgarroth : une véritable ville fantôme, une mer de stèles parsemée de magnifiques manoirs funéraires qui hébergeaient la caste suprême du temps où le mal régnait sur ce monde. Mais Asgarroth n’était pas qu’une cité-cimetière, c’était aussi une gigantesque et morbide collection d’œuvres d’arts et d’architectures. Les défunts y reposaient dans de massifs tombeaux de pierre au couvercle sculpté à leur effigie, puis disposés dans les sections réservées à chacun des rois de ténèbres. Ceux dont le nom restait redouté occupaient le centre de la nécropole, chacun reposant dans sa crypte personnelle, petits édifices recouverts de roses sanguines et rehaussés d’anges déchus et de gargouilles démoniaques.
 
Les cavaliers se dirigèrent justement vers l’une des plus impressionnantes constructions : un gigantesque mausolée. Quatre colonnes de pierre noire haute d’une trentaine de mètres supportaient une unique dalle de pierre assez grande et assez lourde pour recouvrir et aplatir un château. De grands boucliers blasonnés qui avaient appartenu à des armées disparues à l’aube de ce temps faisaient office de murs. Au centre, un escalier titanesque descendait dans les entrailles de la terre. Au-dessus de la lande, le ciel était noir de nuages colériques. Dans le lointain, un éclair fendit le ciel. Une pluie de cendre chaude commença à tomber sur la lande et la ville alors que les silhouettes arrivèrent à leur destination.
 
Ils s’arrêtèrent devant l’escalier et en scrutèrent les profondeurs. Large de trente mètres, entièrement sculpté dans un marbre noir, une foule entière aurait pu y descendre.  
 
Un nouveau cri monta des profondeurs du mausolée, tirant le petit groupe de l’expectative. Glissant sur les visiteurs sans les blesser, le bruit explosa dans la lande, secouant Sombreden jusque dans ses fondations. Malgré l’obscurité complète, la douzaine de silhouettes commença de descendre l’escalier sans l’ombre d’un doute, faisant résonner sur les marches de marbre le bruit de leurs chausses métalliques.  
 
Sur les parois, de vieilles fresques sculptées et peintes relataient des batailles d’une barbarie et d’une infamie sans limites. D’antiques bannières arrachées aux vaincus pendaient d’un plafond situé quelque trente mètres plus haut. D’abord un lion d’or à deux têtes sur fond de saphir, puis venait un loup noir sur fond de sable. Les oriflammes se succédaient les uns au autres, déchirés et tachés de sang comme autant de témoignages de pays ravagés. D’autres trophées beaucoup plus morbides délimitaient une allée centrale dans l’escalier. De vieux trônes arrachés à des royaumes brisés soutenaient encore leur souverain. Pauvre pantin squelettique encore habillé de ses atours royaux, chacun des cadavres conservait sa propre tête tranchée sur ses genoux, sa précieuse couronne encore ceinte sur le front. Les soumissions des territoires conquis, écrites en lettres de sang sur de la peau humaine, étaient présentés tel des tableaux précieux dans ce macabre musée. Des séries de têtes bouillies et blanchies par des substances alchimiques de conservation complétaient l’immonde collection.
 
Plusieurs centaines de marches plus bas, les visiteurs débouchèrent dans un vaste hall. Plus large que les avenues de Sombreden, celui-ci se terminait au loin sur une massive double porte en métal noir. Sur chaque battant, huit glyphes magiques irradiaient une lumière rouge sang qui nimbait les portes d’une aura menaçante. Tel des oiseaux médusés par un serpent, vingt gardes fixaient la porte. Chacun d’entre eux portait autour de leur armure de plaque noire une épaisse cape pourpre bordée de fourrure maintenue sur leurs épaules par des broches d’argent finement ouvragées. La plupart avaient leurs armes à la main, des épées d’acier pourvues d’une garde d’ivoire, et sur chaque lame se trouvait gravé le même écusson. Bien que d’apparence humaine, les soldats avaient la peau d’une blancheur cadavérique et leurs veines ressortaient violacées sur leurs tempes et sur leurs puissants muscles. Alors que les visiteurs arrivèrent devant yeux, les soldats se retournèrent et leurs yeux rouges brillèrent dans l’obscurité.
 
Le premier des cavaliers se découvrit en ôtant son capuchon : une femme de grande taille à la silhouette élancée, au teint de peau violet pâle, aux longs cheveux noir et d’une beauté surnaturelle. Une armure de plaque noire de même facture que celle des soldats protégeait son buste,  ses épaules et ses cuisses mais laissait son ventre et ses bras nus. Ses yeux d’un rouge flamboyant semblèrent répondre à ceux des gardes, brillant un court instant d’un éclat rubis flamboyant. Les soldats mirent un genou à terre et baissèrent la tête pour indiquer leur soumission. Elle passa au milieu d’eux comme une ombre, suivit par ses compagnons qui se découvrirent également, révélant leur appartenance à la même engeance. Elle s’arrêta devant l’un des guerriers. Plus grand que ses compatriotes, l’homme tenait sous son bras un heaume pourvu d’un cimier rouge et or. La femme le questionna sans daigner baisser les yeux vers lui.    
 
«_ Quand cela a-t-il commencé ?
_ Depuis environ une heure Votre Altesse. J’ai envoyé un messager vous avertir aussitôt.  
_ Postez vos hommes à l’entrée du mausolée et assurez-vous que personne ne vienne troubler mon inspection.
_ Sur ma vie ! répondit le capitaine des gardes, en plaçant sa lame levée devant lui selon un salut traditionnel.  
_ En effet capitaine, sur votre vie… ».  
 
Bien que prononçant des menaces, la princesse Satrina parlait comme toujours d’une voix suave et charmeuse. Chaque mot, chaque phrase exprimait la sensualité hypnotique qu’elle dégageait. Son capitaine, bien que soldat d’élite, fut immédiatement captivé par les paroles de sa souveraine. Retrouvant ses esprits alors que celle-ci s’éloignait, il se redressa et ordonna à son bataillon de le suivre vers l’escalier.  
 
La mystérieuse princesse s’avança vers la double porte d’où venaient maintenant des gémissements ponctués de mots incompréhensibles. Elle retira ses gantelets de métal. Avec l’un de ses longs ongles noirs, elle se fit une sanglante strie dans la main gauche d’où perla un sang violet, et la plaqua contre la porte droite, exactement à l’emplacement de l’un des glyphes lumineux. Celui-ci s’éteignit. Elle répéta l’opération pour chacun des symboles magiques protégeant la porte, puis elle se retourna vers ses compagnons.  
 
«_ Restez ici. »  
 
Se mettant en garde à vous, ils se tournèrent vers l’entrée et dégainèrent leurs épées pour former un barrage. Les délaissant, Satrina poussa les portes qui s’entrouvrirent sans effort devant elle. Elle se glissa alors à l’intérieur. Les battants se refermèrent derrière elle et les glyphes réapparurent, aussi flamboyants et menaçants qu’un instant plus tôt.  
 
La pièce était plongée dans les ténèbres mais l’obscurité était pour les yeux rougeoyants de la princesse comme la lumière pour le commun des mortels. Le sol était recouvert d’une couche de poussière véritablement millénaire. Au centre de la pièce reposaient deux sarcophages faits d’un métal noir et entourés de trésors dorés. Devant celui de gauche reposait une armure de plaque et de maille noire et or sur un parterre de crânes. Une épée de grande taille était plantée dans le sol, juste devant la tombe. Des stries violettes à l’image des veines violacées de Satrina parcouraient la lame. Une gemme grosse comme un poing d’enfant était enchâssée dans le pommeau. La gemme s’illumina subitement d’une aura chatoyante allant du rouge à  l’or. Des lueurs fantasmagoriques se reflétèrent sur les murs, se mouvant telles des flammes. Un œil inquisiteur rouge sang et violet apparut au centre de la gemme, droit fixé sur Satrina. Puis, tout aussi subitement que cela avait commencé, la pupille disparut et l’intensité lumineuse de la gemme diminua, ne projetant plus qu’une faible aura rougeoyante dans l’obscurité.  
 
Apaisée que l’arme l’ai reconnue, la princesse tourna son regard vers l’autre sarcophage. Devant celui-ci étaient déposés soigneusement pliés des vêtements féminins de fils d’argent et d’or plus fin que des cheveux, ainsi qu’une tiare d’orichalque ornée de saphirs noirs. De l’intérieur les hurlements qui s’en échappaient baissèrent en intensité pour devenir un inintelligible flot de murmures. Satrina s’en approcha. Elle enleva complètement son manteau et le jeta à coté, puis son armure qu’elle fit glisser à terre et finalement ses vêtements de satin noir. Une fois nue, elle s’allongea sur la tombe. Les gémissements se turent, comme si la chose qui les poussait avait pris conscience d’une présence. Complètement allongé sur le ventre, Satrina susurra alors lentement des mots à l’intention de l’occupant du sarcophage.  
 
«_ Mère, j’entends votre appel. Confiez-moi la source de vos angoisses. »  
 
La voix souffla des mots dans une langue secrète. Les yeux de Satrina s’écarquillèrent de surprise lorsqu’elle en comprit le sens. Elle se cramponna des deux mains au couvercle de pierre, écoutant avec stupeur les révélations qui lui étaient confiée. La princesse répéta le message qui lui était transmis afin de le graver dans sa mémoire.
Durant plus de six heures, Satrina écouta et mémorisa ce qui lui était révélé.
 
Lorsque la voix se tue, le silence revint dans le mausolée. Satrina se releva, remis ses vêtements et son armure, puis quitta le mausolée très troublée tandis que la lueur émanant de l’épée s’éteignait complètement. En franchissant la double porte, elle fut surprise par l’éclat lumineux de multiples torches et lanternes. Sa garde personnelle faisait front contre une troupe d’une centaine de soldats qu’elle identifia comme des humains. Ceux-ci arboraient sur le plastron de leur armure un blason représentant des flammes noires consumant les cieux et le soleil. Ce symbole, le Feu Obscur, lui tira un grimacement d’agacement. Leurs armes à la main, ils se tenaient prêt à bondir sur elle et ses gardes. Peu intimidée malgré leur nombre, Satrina éclata de rire devant la haine évidente qu’ils éprouvaient à son égard mais également la terreur qu’elle leur inspirait. Les gardes de Satrina suivirent d’un rire énorme qui résonna dans le hall.  
 
«_ Je ne me souviens pas avoir commandé mon repas, déclara la princesse à l’attention de la horde qui se massait devant elle. Mais puisque vous êtes venu à moi…, continua-t-elle en souriant, révélant deux canines proéminentes.  
  _ Faite place ! » scanda alors une voix.  
 
Les soldats s’écartèrent tandis que s’avançait une femme portant une armure de plate et de maille d’acier noir. Tenant son heaume sous le bras, elle avança fièrement dans l’allée formée par les soldats s’écartant sur son passage, puis elle se campa devant les gardes de Satrina, fixant directement la princesse dans les yeux.  
 
  «_ Dame Yliane ! réagit la princesse. C’est une visite bien impromptue que voici. Je vous remercie de vos mets mais j’en disposerais plus tard. Veuillez faire sortir vos pouilleux de cet endroit avant que leur odeur pestilentielle n’imprègne les pierres de ce mausolée sacré. Une fois lavés et débarrassés de leur crasse humaine, peut-être en disposerais-je à ma guise.  
 
Plus grande, la princesse dévisagea l’humaine d’un air hautain et méprisant. Yliane était, elle, à l’image de ses soldats. De corpulence très athlétique, elle incarnait un idéal guerrier tout à l’inverse de la grâce et de l’élégance que la princesse représentait. Elle avait natté ses longs cheveux blonds en une unique tresse qui descendait dans son dos. Des petites mèches bouclées encadraient son visage. Ses yeux vert émeraude brûlaient d’une haine évidente à l’intention de Satrina.  
 
«_ Qu’est ce que votre mère vous a révélé ?  
_ Voyons dame Yliane, vous savez sûrement que les liens qui unissent une mère et sa fille sont d’ordres privés, et vous plus que tout autre vous comprenez cela n’est ce pas ? »  
 
Les mots prirent Yliane au dépourvue. Comprenant l’insulte dissimulée dans la phrase, elle devint rouge de colère. Elle dégaine son épée, une rapière d’un métal argenté d’une facture exquise. Aussitôt sortie, des étincelles sombres parcourent l’arme, électrisant l’atmosphère. Des crépitements de Feu Obscur entourèrent Yliane. Le sourire de Satrina disparut pour laisser place à la concentration. Elle recula d’un pas, imitée par sa garde personnelle, fixant de l’œil les décharges d’énergie noire qui s’échappait de l’arme.  
 
Pendant un instant qui dura une éternité, Satrina mesura toutes les implications qu’un combat entre elle et Yliane déclencherait.
 
C’est alors qu’une voix mit fin à la dispute : « Range donc çà, sombre idiote ! »  
 
Une vielle femme s’avançait parmi les soldats. Ceux-ci tombèrent à  genoux devant elle, faisant preuve d’une déférence et d’un respect qu’envia Yliane. S’avançant lentement, la silhouette courbée s’aidait d’un bâton métallique dont elle frappait le sol à chaque pas. Elle était vêtue d’une robe violette et noire d’une austérité toute religieuse. Un manteau de fourrure d’hermine blanche était posé sur ses épaules. Son visage n’était plus qu’un ramassis de rides. Sa peau était décolorée et pendait sous le cou et sur le coté des joues. Son crâne était presque dégarni et il ne restait que de minces filets de cheveux blancs ébouriffés. Marchant lentement le bâton dans la main droite, elle était soutenu au bras gauche par un jeune page au visage chérubin portant la livrée des serviteurs du Feu Obscur.
 
La vielle femme s’arrêta devant Yliane.
 
«_ Je t’ai dis de ranger ton arme » ordonna-t-elle, fixant de ses yeux noirs ceux d’Yliane.  
 
Celle-ci défia l’ordre pendant quelque seconde avant de s’exécuter en contenant sa rage. Aussitôt fait, la vieille femme l’écarta avec le bout de son bâton et s’avança vers Satrina. La princesse salua la vieille femme d’un hochement de tête respectueux et prudent, mais sans jamais la quitter des yeux.  
 
« _ Matriarche Alveera, c’est toujours un honneur de vous rencontrer…  
_ Trêve de politesse, princesse. Vous vous doutez bien la raison de ma présence ici alors épargnons-nous les modalités d’usages et venons en au fait.
_ Si vous parlez de l’agitation provoquée par ma mère, c’est sans grand intérêt. Un mauvais rêve a troublé son éternel sommeil et je suis venu apaiser son esprit tourmenté. Nous avons simplement échangé quelques mots de mère à fille et le calme est revenu.
_ Un mauvais rêve dites-vous ? La dernière fois que votre prophétesse de mère s’est trouvée prise d’une pareille ‘agitation’, pour employer vos termes, ce fut pour prédire la chute de notre empire. Nos armées pourtant victorieuses furent balayées, nos pères respectifs plongés dans un sommeil sans rêve et notre sombre Seigneur exilé de nouveau dans les plans extérieurs. Et je ne parle pas de nos propres personnes, diminuées en pouvoirs. Aussi pardonnerez-vous mon insistance de vouloir m’insinuer dans cette discussion  de mère à fille ! »  
 
Disant ceci, la matriarche Alveera dardait la princesse d’un regard pénétrant. Impassible, celle-ci arborait un sourire à la fois courtois et narguant. De sa voix rauque brisée par le temps, la matriarche continua son exposé des faits.  
 
«_ J’ai convoqué les Héritiers des Douze Légions pour une assemblée extraordinaire, laquelle se tiendra à la Tour Noire lors de la nuit prochaine. Ceux qui n’étaient pas présent aujourd’hui à Sombreden sont désormais au courant des événements. Nul doute que nos pairs seront aussi curieux que moi d’entendre les révélations qui vous ont été confiées. Evidemment, en tant qu’héritière de la Légion du Sang, il vous appartient d’y représenter votre père. »
 
La vieille femme se fendit d’un sourire machiavélique, révélant des dents jaunies.    
 
«_ Je me ferais bien évidemment une joie d’entretenir les Héritiers de ce qu’il m’a été confié, répondit la princesse d’une voix suintante d’hypocrisie.
_ De cela je ne doute pas » repris Alveera en employant a dessein le même ton. Elle lui tourna alors le dos et s’en alla par le chemin qui menait à l’escalier, toujours soutenu par le jeune garçon qui n’avait dit mot durant toute la conversation. Yliane lança un dernier défi avant de partir.  
«_ Garce vampire, la partie n’est pas finie ! »  
 
Elle tourna le dos à Satrina qui fit mine de n’avoir rien entendu pour se retrouver face à face avec Jaeryne, la seule personne qu’elle détestait plus que la princesse des vampires. Sa cousine incarnait en effet tout ce qu’elle n’était pas. Elle avait une douce et magnifique peau bleu marine, héritage paternel d’une race d’immortels, une allure majestueuse et un charisme sensuel. Particulièrement douée en magie comme aux armes, elle possédait tous les talents. Elle portait pour l’occasion une robe de soie rouge sombre très décolletée brodée de fils d’argent dessinant des symboles mystiques.
 
Jaeryne pouffa d’un petit éclat de rire afin de rappeler à sa cousine qu’elle avait été ridiculisée un instant plus tôt par la matriarche, puis elle s’en alla, entourée de ses partisans qui eux, se limitèrent à de simples regards moqueurs. Yliane la regarda partir, la main pressant la poignée de sa rapière, luttant pour ne pas se jeter sur elle et l’embrocher. Jaeryne était tout comme elle héritière des pouvoirs du Feu Obscur et puisqu’elle était dotée d’une espérance de vie incroyablement longue, le temps jouait en sa faveur. Si Yliane était l’héritière en titre, elle savait pertinemment que cela ne durerait qu’un temps. Alors qu’elle vieillirait, sa cousine grandirait en pouvoirs magiques, jusqu’au jour où elle l’écraserait pour prendre sa place. Yliane savait que personne ne serait surpris le jour où on la retrouverait assassinée, car la plupart des autres maisons nobles considéraient Jaeryne comme celle qui aurait du être choisie. Une fois sa cousine hors de sa vue, elle quitta les lieux à son tour.  
 
Prétextant une lanière défaite, elle s’agenouilla à mi-chemin de l’escalier pour refaire un lacet et susurra aux ombres : «_ Espionne la vampire et trouve ce qu’il lui a été révélé avant la réunion du conseil. ».  
 
Puis elle repartit avec ses soldats, laissant le hall à Satrina et à sa garde.  
 
Lorsque le dernier des sbires d’Yliane fut partit, Satrina remarqua les corps de la garnison du mausolée dans l’escalier ainsi que les cadavres d’un grand nombre de soldats humains. Des torches encore allumées jonchaient l’escalier, projetant des ombres tremblantes sur les fresques impitoyables des murs. Satrina aperçu le cadavre de son capitaine. La tête tranchée avait roulé tout en bas des marches et le cou était brûlé sur le pourtour. La chair était noircie, rongée par la pourriture, et celle-ci se répandait à vue d’œil sur le corps. Satrina reconnut les blessures caractéristiques qu’infligeait l’arme d’Yliane.
 
«_ Disposez des corps en les saisissant par les armures,  ne touchez pas la chair si elle est noircie. Nettoyez-moi tout. Le tombeau de mes géniteurs ne doit pas être souillé par du sang corrompu. » ordonna-t-elle avant de partir a son tour.  
 
Des plans se bousculaient dans son esprit et elle devait faire vite afin de prendre un pas d’avance sur les autres rois et princes ténébreux. Elle commença l’ascension de l’escalier, prenant soin d’éviter les corps dont les chairs étaient dévorées par le Feu Obscur d’Yliane. Elle ne remarqua pas que son ombre semblait se mouvoir d’une volonté propre.  
 
Au même moment, à des milliers et des milliers de lieues au nord, le bien-aimé prince Octave félicitait son épouse d’un chaste baiser sur le front. Celle-ci, épuisée, était allongée dans un grand lit à baldaquin aux draps trempés de sang. Ses cheveux argentés s’étiolaient autour d’elle trempés de sa sueur. Ses yeux étaient cernés d’une fatigue qui enlaidissait son visage nacré, mais elle n’avait de regard que pour les deux nouveau-nés jumeaux qui dormaient maintenant de leur tout premier sommeil dans ses bras.  
 
L’heureuse maman profitait de son bonheur, ignorant qu’une princesse vampire connaissait déjà les noms de ses enfants alors qu’elle-même ne les avait pas encore choisis et qu’une nation de ténèbres et de maléfices allait désormais dédier ses efforts à les détruire.


Message édité par Deidril le 15-11-2006 à 16:57:32
n°791
Seb
tapissier-magicien
Posté le 12-10-2006 à 10:04:49  profilanswer
 

:bounce:  
 
Mais décidemment, tu es un éternel indécis...
 
Quand on sait que tu as attaqué "La fille du nécromant" parce que tu n'arrivais pas à te décider sur les choix à faire sur cette histoire.
 
Le bon côté des choses, c'est que tu n'en aies pas attaqué une 3e en laissant ces deux-là inachevées :D.
 
Bon, sinon, moi, c'est comme "La fille du nécromant". J'adore. Peut-être même plus celle-ci.
 
 :hello:

n°796
Eridan
Mage noir
Posté le 16-10-2006 à 15:08:28  profilanswer
 

Youpiii aussi  :D  
Deidril est de retour.
C'est effectivement dommage pour "la fille du nécromant"
Mais tant mieux pour "les larmes du spectre"  :sol:


---------------
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en  
cliquant

ici
n°809
Eridan
Mage noir
Posté le 04-11-2006 à 13:56:10  profilanswer
 

Salut Deidril
 
 
Je reviens deux secondes sur "La fille du Nécromant". La question qui se posait était de savoir comment disposer les deux histoires. Je te conseille déjà d'écrire les deux, comme va ton inspiration et d'ensuite peaufiner cette disposition. Rien besoin de réécrire, juste déplacer les chapitres, relire à tête reposée (pour ça prendre son temps c'est bien) et voir ce qui accroche le plus. Je le répète, à mon sens, pour éviter une cassure dans le rythme de la lecture, il faut commencer par la deuxième histoire (tu peux laisser ton prologue) qui est un véritable début sur plusieurs chapitres (avec introduction du monde et de nombreux personnages) et une fois qu'on est bien dedans, au point où tu t'es arrêté, ou plus loin (je ne sais pas ce que tu prépares) placer la première histoire. Peut-être même tout à la fin ou presque, mais il faut voir l'ensemble pour juger de comment les deux peuvent s'entremêler.
 
Maintenant "les larmes du spectre."
Pour moi le prélude n'a aucun intérêt. A mon sens, un livre doit commencer par une action et la découverte du monde se fait au fil de l'histoire. C'est d'ailleurs ce que tu fais avec le prologue et là j'ai beaucoup aimé. Surtout pour l'ambiance de "combat de chiens" entre les différents ordres noirs : ils se détestent sans vraiment oser en découdre. Là, je suis vraiment entré dedans. J'espère qu'on reverra beaucoup les méchants, car la fin du prologue donne l'impression que ce ne va pas être eux le centre de l'histoire et ce serait dommage. (enfin, faut voir)
Au passage, c'est sympathique de retrouver le même monde.
Un gros "bien" donc, pour ce prologue.
Je t'envoie sous quelques jours une correction détaillée du texte. J'espère que tu es preneur car ça pêche tout de même pas mal (vocabulaire et orthographe)
 :hello:  


---------------
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en  
cliquant

ici
n°810
Deidril
Posté le 06-11-2006 à 10:15:31  profilanswer
 

En fait j'ai commencé par 'Les larmes...', et la partie 'Korigwene/ranka/siegnar' faisait partie originellement de cette histoire. Cependant, lorsque les 3 arrivent à Yfor, j'ai disgressé sur le trip de l'histoire Lysandre/Thibault, et comme les lecteurs avaient aimé, j'ai arrêté 'les larmes' pour écrire l'histoire de lysandre.
 
Aujourd'hui, je pense que c'était une erreur, non pas que 'La fille du' est inintéressante mais je pense que c'est une histoire compliquée à écrire, même avec le plan sous les yeux...
 
Alors je me suis remis aux larmes, et j'ai extrait toute l'histoire de korigwene/ranka/siegnar et je l'ai remis selon mon idée première. Puis, si ca marche, je referais 'la fille du nécromant'. Cela justement car je pense que mélanger les histoires de korigwene et de lysandre est une erreur. Par contre, dans 'les larmes'... korigwene a tout à fait sa place car tout les personnages sont des 'débutants' ... et que cette histoire permet mieux une découverte du monde, de ses héros et de ses cultures.
 
Pour le lien entre les deux histoire, la vieille Alveera du prélude des larmes est la jeune fillette de l'entrevue Zaar/L'héritier du feu obscur.
 
J'ai bien reçu ta correction :) Merci beaucoup !!!!
 

n°813
Eridan
Mage noir
Posté le 07-11-2006 à 11:59:06  profilanswer
 

D'accord ! Tu as eu raison de séparer les deux, il faut éviter la surabondance de personnages (surtout pour moi, je les retiens difficilement) et plus on fait d'histoires plus chacune d'elle perd en intensité. Et si tu faisais deux histoires distinctes de "la fille du nécromant" ?
A+
 :hello:


---------------
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en  
cliquant

ici
n°816
Deidril
Posté le 07-11-2006 à 17:20:24  profilanswer
 

Les larmes du spectre contiennent le cheminement de 3 personnages ( dont  Korigwene). Je n'ai pas encore terminé l'enchevetrement des histoires jusqu'au point ou les personnages se rencontrent. Voici le premier chapitre de l'histoire de Soliana. Pour ceux qui l'on déjà lu sur HFR, c'est simplement une version corrigée et agrémentée de quelques détails.  
 
               Le Livre de Soliana - Chapitre I
 
   La lumière de l’après midi déclinait peu à peu sur Chestyrea. Les grands arbres qui peuplaient cette forêt enchantée commencèrent à frémirent doucement avec les vents du soir qui arrivaient en provenance des monts de l’Enclume. Les cimes les plus élevés libérèrent une pluie de feuilles orangées. Celles-ci planèrent un long moment en un ballet d’or et de rouge avant d’atteindre le sol, quelque cent mètres plus bas.  
   Parmi ces vents de montagnes, ces visiteurs du soir, une brise particulièrement agressive se retrouva piégée par l’épais feuillage d’un chêne millénaire, véritable et vénérable titan au sein de cette forêt de géants. Le souffle glacé tourbillonnait dans le labyrinthe des centaines de branches de l’ancêtre. Pressé de s’enfuir et de regagner les hauteurs, il secoua les rameaux les plus petits, arracha des feuilles aux teintes de l’automne, mais, ne trouvant pas d’issue, plongea finalement vers le sol en glissant le long de l’énorme tronc.  
   En dessous, niché entre deux racines géantes, une maisonnette au toit d’ardoise plongeait peu à peu dans l’ombre du soir tandis que la lumière du soleil se retirait lentement. Assise en tailleur sur le balcon en devanture de la demeure, une jeune femme était plongée dans une intense méditation.  
   Sa peau était pâle comme le nacre blanc. Ses cheveux aux reflets argent tombaient dans son dos comme une cascade de généreuses boucles. Son visage fin au petit nez retroussé et aux lèvres ne trahissait aucun sursaut dans la concentration. Ses mains délicates, aux ongles soigneusement peints selon les couleurs de l’automne, effleuraient une rapière d’une exquise facture posée sur ses genoux. Les yeux clos, la jeune eldryn s’arrêta de respirer et l’arme s’auréola d’une faible lumière verte.  
   C’est à cet instant que la bise gelée qui descendait des sommets de l’arbre atteignit la jeune femme. Dépité d’arrêter ainsi son chemin, le vent perfide décida de terminer sa course en beauté en provoquant un des plus déplaisants frissons qu’un froid eu jamais tiré d’une créature mortelle.
   Soliana poussa un cri strident quand elle son échine se glaça. Sa concentration s’évanouit et elle perdit le contrôle de son Don d’Investiture. La lueur émeraude qui enveloppait l’épée sur ses genoux s’évanouit.  
   
«_ Malédiction, jura la jeune eldryn. Encore une journée de perdue. »
 
  Depuis maintenant quatre jours, elle s’acharnait à ajouter un enchantement à son arme personnelle mais ses tentatives finissaient toujours de la même manière dès lors qu’elle approchait des limites de sa Force d’Ame. Dépitée, elle se releva de sa position accroupie. Les longues heures qu’elle avait passées ainsi se rappelèrent à ses muscles et elle entrepris de marcher un peu pour les dégourdir.
   Elle considéra un instant d’emporter sa rapière lors de sa promenade. La fine lame en acier eldryn reflétait la lumière en un éclat vert et bleu. Soliana rangea finalement l’arme dans son fourreau d’ébène et la lança à travers la fenêtre ouverte de sa maison. L’arme atterrit sur son lit.  
   Au loin, les contreforts montagneux de l’Enclume de Kaem se masquaient peu à peu à la vue derrière un voile gris. La Porte de Vaknar, l’entrée  de  l’antique royaume kaemite, s’éclaira alors d’une aura bleutée. Quatorze siècles après la disgrâce des kaemites, les enchantements de lumière pour diriger les voyageurs perdus dans la nuit fonctionnaient toujours. Malgré les dizaines de lieues qui séparait la construction de la forêt de Chestyrea, la Porte était toujours visible, vaste tunnel creusé à même le flanc vertical d’une montagne.
Soliana détourna son regard des montagnes pour quitter le balcon de sa demeure. Construite en marbre blanc veiné de vert, la maison était niché entre les racines du plus ancien des arbres de Chestyrea. Elle surplombait la plupart des autres demeures de la petite colonie eldryn, toutes bâties également à la base d’un des géants de bois et de feuille. Descendant l’escalier qui la mènera sur le sol, Soliana failli rater une marche tant elle était pensive quant à son nouvel échec.  
 Aucune rue ni aucune trace ne délimitait les passages au sol. En cette saison, celui-ci se recouvrait au fil des jours d’un feuillage brun et orange. Soliana se concentra et ajusta la couleur de son manteau qui changea alors du bleu azur en un vert foncé. Elle hocha la tête poliment en réponse à ceux qui, sur sa route, lui témoignèrent le respect dû à son rang, mais son esprit était déjà ailleurs, cherchant les mots qu’elle dirait à la personne qu’elle allait maintenant visiter.
 Comme un fantôme, la jeune femme traversa silencieusement une partie de la forêt pour rejoindre une demeure de briques ocres construite au-dessus d’un torrent. Une roue de bois entraînée par le courant grinçait et soulevait des litres d’eau lesquels était déversée dans la maison elle-même par une ouverture prévue à cet effet. De petites cloches cuivrées accrochées juste sous la toiture tintèrent sous le vent alors que Soliana frappa à la porte. Sans attendre la réponse du propriétaire, elle entra.
 Comme toutes les maisons eldryns, celle-ci ne comportait qu’une seule grande pièce. Un bassin creusé dans le sol occupait le centre de l’habitation. Des plantes aquatiques y poussaient au milieu d’une eau claire et limpide. Suspendus au plafond par des chaînes, des grands pots de terre cuite accueillaient des plantes exotiques ou hors saison. Juste à coté de la porte, des lianes recouvertes de fleurs aux longs pétales jaunes le long de lianes débordaient d’un des pots et s’entrelaçaient au sol. Soliana se baissa et approcha les doigts de celle-ci. Les extrémités de la plante frémirent et se déplacèrent, caressant la main  que tendait la jeune eldryn. Les fleurs prirent un instant une coloration dorée tandis que le contact se prolongeait.  
«_ S’il vous plaît, princesse, arrêtez de séduire mes plantes. »
Soliana tourna la tête pour voir un jeune eldryn occupé à arroser un plan de roses noires. Sa longue chevelure argentée descendait dans son dos jusqu’aux jambes. Elle était tressée et ornementée de bijoux d’acier noir et d’argent semblable à des feuilles. Torse nu, l’eldryn était d’une maigreur presque maladive. Ses côtes apparaissaient à travers la peau et ses bras avaient l’air tout aussi fragile que ceux d’un rachitique vieillard. Il ne portait qu’un pantalon de toile marron en guise de vêtement, ses pieds nus foulant librement le plancher de pierre.  
«_ Aramys, j’ai encore échoué dans mon enchantement. Je pense que je vais renoncer à ces préparatifs et passer de suite à l’étape suivante. »
Pensif, Aramys, versa quelques gouttes verdâtres d’une flasque de métal sur les roses noires. La teinte cendré des pétales se mua alors en une absolue noirceur.  
«_ Princesse, nous ne sommes pas pressés par le temps. Je pense que l’impatience est mauvaise conseillère et que nous ne devrions pas précipiter cette expédition.  
_ Je sais tout cela mais l’inactivité me pèse maintenant que nous avons décidé de rechercher l’héritage de Lantanna.
_ Certains ne se sont pas encore décidés et d’autres sont toujours très réservés quant à votre entreprise. Pourquoi ne pas vous donner encore un peu de temps ? Vous pourriez approfondir davantage votre maîtrise de la Force d’Ame par quelques exercices que je pourrais vous conseiller.
_ J’exècre ces séances de méditation et je ne supporte plus les sempiternelles leçons de Porean.
_ Soit ! Je n’insisterais pas davantage. Quoique vous décidiez, vous aurez mon soutien.
_ Je n’en attendais pas moins de toi. C’est pourquoi j’aimerais que nous soyons près pour partir avant le Deuil de Chestyrea. »
Aramys soupira et alla reposer sa flasque sur une étagère.
«_ Princesse, si tel est votre volonté alors cela sera ainsi. Mais tant que les affaires de l’empire retiennent votre père à Karador, vous êtes la seule apte à officier cette cérémonie.
_ Ces vieux protocoles m’ennuient !
_ Le Deuil de Chestyrea n’a rien d’un protocole ! » s’emporta Aramys en proie à une soudaine colère.
Un silence de malaise s’installa un instant alors que le jardinier s’en voulut d’avoir haussé ainsi la voix pour parler à sa souveraine.
_ Je suis désole princesse, mais la cérémonie est très importante pour renouveler les enchantements qui protègerons la forêt pendant l’hiver.  
_ Vraiment ? J’avais toujours crû qu’il s’agissait d’une vieille festivité pour arranger des mariages. »
Aramys ne put s’empêcher de rire.
« _ Ceci est le fruit des jeunes gens qui, tout comme vous, profitent de cette fête pour danser et festoyer, mais l’origine en revient à ceux qui fondèrent la colonie et plantèrent les premiers arbres ici. Sans le renouvellement de la magie des enchantements, la forêt ne saurait perdurer telle qu’elle est.
_ Vous devriez vraiment prêter plus d’attention à l’enseignement des anciens, finit-il par ajouter.
_ Je crois que je ferais bien de réviser mon rôle dans le Deuil alors. »
Aramys sourit et remercia silencieusement les Ancêtres de ce moment de clairvoyance de sa souveraine si excentrique et si peu traditionnelle. Remarquant que celle-ci restait sur le pas de la porte, il demanda :
«_ Avez-vous d’autres préoccupations que vous souhaitez partager, princesse ?  
_ En fait, j’aimerais savoir s’il te reste de cet alcool de noisette que tu m’as fait goûter la semaine dernière.
_ Bien sûr. »
Disant ceci, Aramys alla jusqu’à un coin de la pièce et souleva une trappe donnant directement sur le torrent. Une cage de fer maintenait fermement plusieurs bouteille dans le frais de l’eau. Il en tira une à la coloration brune et la donna à Soliana.
«_ Merci, cela me motivera sûrement à préparer le Deuil. »
Puis, elle s’en alla par la porte avec un petit geste d’au revoir. Aramys la regarda partir avec émotion. Il faisait partie des Gardiens de Soliana, ces eldryns s’étaient portés volontaire durant leur enfance pour protéger et servir personnellement la nouvellement né du seigneur régent Sorael. Le serment le liait à vie à la fantasque princesse mais jamais il n’avait regretté son choix. Il se souviendrait toujours de cette aube de rose et d’orange qui se leva quand lui et les autres avaient prêté serment autour du berceau de Soliana. Ils avaient alors juré de servir loyalement la princesse jusqu’à leur mort, sacrifiant leur vie pour la sauvegarde de celle-ci si nécessaire. Aramys songea alors que le plan fou de Soliana l’amènerait peut être à devoir honorer son serment plus vite qu’il ne l’aurait jamais pensé.
 
Six semaines plus tard, les géants sylvestres de Chestyrea abandonnèrent leurs dernières feuilles, nimbant le sol d’une ultime couche avant la neige hivernale. Comme chaque année, les eldryns procédaient au deuil de la nature en brûlant les feuilles mortes sur de grands bûchers. Chaque habitant de Chestyrea délaissait alors ses occupations et son métier pour quelques jours et contribuait à collecter dans un recueillement tout religieux les précieuses dépouilles des arbres. Feuilles, branches cassées, morceaux d’écorce, souches, tout cela était collecté et rassemblé sur de grandes esplanades de pierres uniquement consacrées à cette cérémonie millénaire. De la princesse Soliana jusqu’au chasseur miteux, de l’ancien de la cité jusqu’au jeune bambin sachant à peine marcher, tous participaient au deuil à leur manière.
Au quatrième jour du Deuil, une fois la collecte terminée, Soliana s’avança devant les esplanades où les eldryns avaient entassés leur récolte. La princesse connaissait son devoir :  pleurer chaque amoncellement avec le Chant du Deuil, une antique complainte chargée d’émotion et de signification. Elle entama le premier couplet et son peuple la suivit, chacun murmurant les paroles magiques. Soliana concentra alors son Don d’Investure et le chant des eldryns porté des centaines de voix devint un enchantement qui fortifierait les arbres pour l’hiver. Les dépouilles végétales se nimbèrent d’une douce pâleur orange alors que Soliana chantait, les yeux fermés, libérant sa Force d’Ame au gré des paroles.
Le soir venu, les esplanades brillaient dans la nuit d’une aura orangée. Chargés de l’énergie de l’enchantement, les bûchers étaient prêts à libérer la magie dès lors que les flammes les consumeraient. De chaque maison, les eldryns sortirent en procession, le plus ancien de la famille en premier pour terminer par le dernier-né, chacun tenant une torche allumée en main, leur visage caché en partie par un capuchon. Les eldryns s’avancèrent, pieds nus sur ce sol maintenant de nouveau vierge, terre fraîche et froide de l’automne. Il s’arrêtèrent devant ou en chemin vers la demeure de Soliana et attendirent. Lorsque la dernière lueur du soleil eu disparut, la princesse apparut à la porte de sa demeure. Enveloppée dans une robe blanche et soyeuse, son visage n’était qu’en partie visible, masqué par une capuche du même tissu qui descendait jusque sur les yeux. Elle s’avança alors pour parcourir le chemin délimité par la population. Portant haut une torche, Soliana murmurait les derniers couplets du Chant du Deuil. Alors chacun des eldryns se joignit au chant et leur voix devinrent un mélodieux et puissant murmure.
Aramys vit passer Soliana devant lui et la salua discrètement d’un hochement de tête. La princesse lui adressa un petit clignement d’œil tout en conservant la droiture et la majesté qu’imposait la cérémonie. Aramys se sentit soulagé lorsqu’il vit que sa protégée avait suivit la tradition au détail prêt. La princesse parcourut lentement la forêt, enveloppée par les voix des autres eldryns.  
Arrivée au bord de la première esplanade de pierre, elle redressa la tête pour contempler le bûcher. L’amoncellement de feuilles et de bois morts atteignait presque cinq mètres de haut. Elle reconnut dans les ballots d’herbes séchés des cœurs-de-renard qui ne poussaient qu’en lisière de la forêt, à dix lieux d’ici, ainsi que des épines de sapins, collectés sur les collines séparant la forêt de la montagne, à trente kilomètres au nord. Solennellement, Soliana se baissa pour enflammer le bord du bûcher, puis s’en alla au suivant. Derrière elle, les eldryns s’organisèrent en une longue file de plusieurs centaines de mètres. Chacun à son tour répéta les gestes de la princesse et contribua à chacun des bûchers par une flamme de sa torche.  
La procession dura des heures, jusqu’à tard dans la nuit. Lorsque le dernier eldryn eut contribué au dernier bûcher, Soliana chantonna l’ultime couplet, et les flammes s’élancèrent alors conjointement dans le ciel sous l’effet de l’enchantement. Des piliers de lumières et de flammes montèrent dans la nuit rejoindre les étoiles avant d’éclater en des millions de particules. Celles-ci flottèrent dans les airs, se dispersant sur toute la surface de la forêt.  
Alors les eldryns ôtèrent leur capuchon et contemplèrent l’illumination de la forêt dans un silence absolu.  
Après de longues minutes, les particules magiques retombèrent, touchant un arbre ou se mêlant au sol. La forêt fut à son tour imprégnée de l’aura colorée, marquant la réussite de l’enchantement. Les eldryns poussèrent alors des cris de joie et de célébrations. Plantant leurs torches dans le sol, soigneusement à l’écart des arbres, les eldryns se dévêtir de leur manteau et de leur capuche, dévoilant des tenues légères, des tuniques sans manche descendant jusqu’au nombril, de courte robe pour les femmes et des braies coupées aux genoux pour les hommes.  
 Les musiciens s’approchèrent alors de grands tambours fabriqués dans des portions des troncs d’arbres décédés et recouverts de peaux tannées et étendues à l’extrême. Les maestros eldryns commencèrent alors à battre un rythme rapide et endiablé. D’autres apportèrent de longues flûtes en bois rares et ajoutèrent leur musique au son des percussions qui résonnaient maintenant dans toute la forêt. Les eldryns commencèrent alors à danser avec grâce et rythme, les plus anciens laissant la scène aux plus jeunes, cadençant leur entrain en frappant des mains. Les danseurs s’abandonnèrent totalement à la musique, leurs corps fins et splendides se contorsionnaient en un ballet splendide, rapide, et parfois acrobatique.
 Soliana prit sur elle de rencontrer chacune des personnalités de la cité, les félicitant pour leur présence et pour la bonne participation de la partie de la population sous leur influence. C’est alors qu’un jeune eldryn aux cheveux courts l’attrapa par le bras et l’attira dans une ronde d’une centaine de participants.
 «_ Lâchez donc les anciens, princesse, et dansez avec nous ! »
 Elywenn s’empara de la main de Soliana tandis que les danseurs repartaient, frappant la terre de leurs talons au rythme des tambours. S’abandonnant à la musique, la princesse poussa un cri de joie lorsque l’émotion de la danse la saisit.  A son tour, en sautillant, elle marqua de ses pieds nus la terre de la forêt.  
 Prodige de la nouvelle génération guerrière, Elywenn dansait divinement, se déhanchant avec grâce, exécutant des cabrioles et des acrobaties au centre de la ronde. A leurs tours, d’autres esthètes firent preuves de leur souplesse, puis Elywenn exécuta une nouvelle prestation. Revenant dans la ronde, il prit la main de Soliana et l’attira au centre, pour l’inviter à faire à son tour son numéro.
 Rouge de confusion, Soliana ne sut quoi faire, malgré l’habitude de parler et de se montrer en public. Les danseurs l’encouragèrent en frappant des mains et en scandant son nom. Saisissant deux torches, elle exécuta alors sa danse en maniant les bâtons enflammés comme des armes, utilisant les mouvements venant de son entraînement à l’épée. Espérant n’avoir pas trop été ridicule, la princesse termina en lançant ses deux torches dans les airs et en les reprenant à leur retombée les mains dans le dos, petit numéro qu’elle pratiquait depuis son plus jeune âge. Les eldryns saluèrent la prestation d’un vacarme de sifflement, d’applaudissement et de cris.
 Les danses et les chants continuèrent jusqu’à l’aube tandis que la forêt s’imprégnait doucement de la magie du Chant du Deuil. Regagnant sa demeure accompagnée de Elywenn, Soliana était plus que fourbue. Le jeune guerrier semblait infatigable et impossible à faire taire, la complimentant sur ses danses. La princesse lisait clairement les émotions de Elywenn sur son visage et comprenait combien le jeune eldryn l’aimait. Elle savait combien il lui coûtait de demeurer à ses cotés comme gardien et d’étouffer ses sentiments tandis qu’il la côtoyait tous les jours, participant aux même entraînements, partageant ses instants de joies et parfois ses moments secrets. Lorsque les deux amis arrivèrent à la porte de la demeure princière, ils s'arrêtèrent et restèrent silencieux. Soliana devina combien Elywenn était tenté de révéler ses pensées, sous le coût de l’émotion de la fête. Sachant qu’il regretterait amèrement par la suite de briser son serment et combien était impitoyable la justice envers les gardiens parjures, elle brisa le silence.
 «_ Merci de m’avoir raccompagné, Elywenn. A demain. »
 Ouvrant la porte, elle lui lança un dernier petit geste d’au revoir et laissa son jeune gardien devant sa maison. Elywenn resta un moment tandis que la forêt s’illuminait des premières lueurs du nouveau jour. Comprenant l’intention de Soliana, il la remercia discrètement avant de se diriger vers sa demeure.  
 «_ Merci princesse, murmura-t-il du bout des lèvres.
 
 « _ Les nouveaux manteaux sont terminés, les arcs ont été investis avec de la précision et de la puissance. J’ai confectionné également un élixir qui vous permettra de réussir la préparation de votre arme personnelle. »
 Le jeune mage chauve caressa sa barbiche argentée tandis que Soliana sirotait une tasse de thé, confortablement installée dans un fauteuil à bascule. La demeure de Finrael était l’une des plus grandes mais aussi l’une des plus éloignée, située à presque deux heures de marche de celle de la princesse. Le luxe reflétait le prestige de l’eldryn. Soliana savait pertinemment que Finrael avait juré d’être son gardien uniquement pour avoir la possibilité de suivre l’apprentissage auprès d’un mage renommé. Sans cela, et à cause de sa naissance modeste, Finrael aurait, au mieux, été le quatrième ou cinquième disciple d’un magicien de bazar. Mais en tant que gardien de la princesse, il avait été personnellement présenté et recommandé par le régent au vieux Telavius, mage de renom et ancien de la cité.  
 «_ Tenez princesse, inspectez vous-même le résultat, » ajouta le jeune mage. Allant chercher un manteau à capuchon en soie précieuse dans une armoire, il le déposa sur la table face à sa souveraine.
 Soliana palpa le tissu du bout des doigts. Bien que le mage n’en laissa rien paraître, elle sentit que sa présence l’indisposait. Il préférait sans doute se replonger dans ses études. Autant prenait-elle soin des gardiens avec lesquels elle avait créé des liens, autant Soliana n’avait aucun regret à commander et utiliser Finrael contre son gré. Fier, orgueilleux, égocentrique, méprisant, l’eldryn était pourtant parvenu à parfaire son apprentissage pour obtenir le rang de Magicien, et contre toute présomption, réussir l’épreuve difficile et exigeante pour celui de Mage à un âge où la plupart n’avait pas encore éveillé leurs Dons. Pour autant qu’elle le sache, Finrael fut le plus jeune à recevoir ce titre, tout peuple confondu. Seul le légendaire Shalakwar, le disciple personnel de la plus grande archimage des eldryns, avait concurrencé cette performance, cinq siècles plutôt.
 «_ Cela me paraît bien, conclut Soliana. Donnez-moi deux arcs que je les essaye. »
 S’exécutant, Finrael ramena deux longs arcs d’ivoire ainsi que deux carquois plein à craquer. Soliana parcourut la surface polie de ses doigts, suivant les arabesques noires des enchantements investis dans les armes. Tendant la corde avec deux doigts, Soliana testa un moment la souplesse de l’arc.
 «_ Cela me semble parfait Finreal, comme toutes vos œuvres. » jugea la princesse.
 Elle s’autorisa un sourire, sachant que la perfection de son travail n’était dû qu’à son immense orgueil et non pas à un désir de répondre à ses ordres. Sachant cela, un petit compliment pour fidéliser le mage ne coûtait rien. Finrael s’inclina légèrement en réponse au compliment.
 «_ Je suis à votre service, princesse. »
 
 Deux heures plus tard, de retour dans les bosquet du centre de la forêt, Soliana se dirigea vers les terrains d’entraînements. Les plus jeunes s’y confrontaient aux vétérans, du garde aguerrit au sculpteur de bois en pratiquant occasionnel. Un des maîtres d’armes effectua une révérence avec toute la grâce des sabreurs eldryns lorsque la princesse passa près de lui.
 «_ Princesse, merci de partager votre précieux temps avec nous, fit le professeur d’une voix mélodieuse.
 _ Merci maître Keloryn, votre parler n’a d’égal en finesse que votre sabre, sourit la princesse.
 Maître épéiste, Keloryn entraînait les eldryns de Chestyrea depuis quarante ans. L’élégance, les traits de l’esprit, la patience du gentilhomme l’avait rendu très populaire et sa renommée avait même atteint le palais de l’empereur où on l’avait appelé pour être le tuteur d’une des princesses. Mais Keloryn avait décliné l’invitation pour rester dans cette forêt qu’il chérissait.  
 «_ Est ce que vous pourriez appeler Rianne ? J’ai à lui parler.
 _ Bien sûr princesse, je vais chercher votre gardienne dans l’instant. »
 Soliana le regarda se diriger vers un groupe qui s’entraînait au combat par paire pour parler à l’une des étudiantes. Après avoir rangé son épée sur un râtelier au pied d’un des arbres, Rianne courut rejoindre Soliana. Les yeux de plusieurs jeunes gens la suivirent du regard tant les formes sensuelles de la jeune femme éveillait les sentiments. Keloryn frappa avec le plat de son épée les doigts d’un eldryn particulièrement distrait. Soliana reconnaissait avec mauvaise grâce que Rianne mélangeait l’esthétisme des athlètes et la beauté des courtisanes. Les rumeurs lui prêtaient d’ailleurs un nombre incroyable de soupirants. La jeune guerrière, peu respectueuse des traditions, salua sa souveraine d’une main en épongeant la sueur de son front avec sa tunique.
 «_ Bonjour Soliana,
 _ Bonjour Rianne, » sourit la princesse, toujours heureuse de pouvoir dialoguer avec son amie car elle était la seule à faire fit du protocole pour lui parler au singulier. «_ Finrael a terminé ses préparatifs et j’aimerais que nous testions ces arcs. Je voudrais ton avis pour être sur de leur qualité.
 _ Bien sûr, répondit Rianne en empoignant une des armes. Je n’aime pas trop Finrael mais je reconnais que son travail est toujours de très bonne qualité, ajouta-t-elle en soupesant l’arc. Allons nous exercer sur cette cible, là bas. »
 Les deux jeunes filles allèrent jusqu’à une série de mannequin de paille situé contre le mur arrière de la caserne. Tour à tour elle décochèrent leurs flèches, reculant pas à pas après chaque salve pour tester la précision à grande distance. Si la princesse parvenait à faire illusion sur les premiers tirs, elle se contenta de regarder Rianne dès lors qu’elles étaient à plus de cinquante mètres de la cible. Les flèches de la magnifique guerrière faisaient presque toute mouche au cœur ou à la tête. Une fois carquois vidée, Rianne s’estima satisfaite.
 «_ Ce sont de bons arcs et les enchantements sont intéressants. Les flèches tirées ne vibrent jamais quelle que soit la force et la distance. De plus la puissance ajoutée permettra facilement de percer l’acier valarien. »
 Soliana préféra ne pas répondre. Malgré toutes ses qualités, Rianne conservait sa rancœur envers les humains, pleurant toujours son père disparut dans les combats de Fortavent.
 «_ Bien, finit-t-elle par dire. Il me reste à achever mes préparatifs personnels et nous pourrons alors nous éclipser. »
 
 A peine une semaine plus tard, par une nuit sans lune, Soliana sortit discrètement de sa demeure. Un sac en bandoulière, elle se faufila contre le mur de sa maison comme une ombre, son manteau la dissimulant parfaitement tel un caméléon. A pas de loup, elle pris le chemin de la demeure d’Aramys.
 Pendant ce temps, celui-ci contemplait son paquetage, ressassant mentalement la liste des objets qu’il devait absolument emmener. Il vérifia une dernière fois qu’il avait les herbes de guérison, les baumes cicatrisants, les élixirs d’endurance et les composantes pour préparer de nouvelles mixtures si le besoin s’en faisait sentir. Sentant que l’heure était proche, il s’agenouilla alors contre une petite armoire de bois et en ouvrit les battants. A l’intérieur, des figurines de jade entouraient une sculpture en ivoire de la déesse Eldrya. Respectueusement, le jeune eldryn courba la tête devant la représentation divine.
 «_ Père, mère, implora-t-il à l’intention des figurines, glorieux ancêtres, ô grande déesse, je vous salue et vous honore. J’essaye de vivre avec la sagesse que vous m’avez transmise et de respecter ces principes qui furent votre ligne de conduite. Aujourd’hui plus que jamais j’ai besoin de vos conseils afin d’assister notre princesse en ces temps fatidiques. Puissiez-vous me guider lorsque la raison me fera défaut. Puissiez-vous éclairer notre chemin lorsque les ténèbres nous envelopperons. »
 Aramys baissa alors la tête jusqu’à toucher le sol. Il resta ainsi un instant, puis se releva, referma le petit sanctuaire, chargea ses affaires sur ses maigres épaules. Se retournant, il jeta un dernier coup d’œil à ses plantes, espérant que son voisin en prendra soin ainsi qu’il le lira dans la lettre qu’il trouvera demain matin. Il disparut dans la nuit en fermant délicatement la porte de sa maison derrière lui.  
 Il se dirigea vers un des arbres de la forêt, celui que l’on appelait le Boiteux car l’une de ces racines évoquait un pied mal formé et dissimulait une petite caverne où les jeunes enfants se réunissaient parfois à l’écart des adultes. Rianne était déjà là lorsqu’il se glissa entre les racines pour pénétrer dans la grotte. Elywenn arriva peu après, puis se fut Porean. Le tuteur de la princesse paraissait très mécontent d’avoir été prévenu au dernier moment. Sans doute celle-ci craignait qu’il ne fasse tout pour compromettre l’entreprise, mais maintenant il se devait d’obéir à son serment de gardien. A l’opposé des deux guerriers déjà présent, le scribe paraissait fort mal préparé pour une excursion à tel point qu’il glissa  en entrant et c’est sur les fesses qu’il atterrit dans la grotte. Puis, Aryon se faufila dans l’antre juste derrière lui et l’aida à se relever. Le chasseur eldryn les salua d’un hochement de tête avant de se poster à l’entrée en faction, l’air taciturne comme à son habitude. Il annonça d’une voix plate l’arrivée de Finrael et celle de Valeckwyr, un demi eldryn qui avait rejoint les gardiens de Soliana il y a à peine deux ans.  
 «_ Les gardiens sont au complet annonça Elywenn. Il ne manque plus que notre princesse préférée. Puis, nous pourrons partir. »
 
 Soliana se faufilait à travers le terrain d’entraînement sans un bruit. Passant devant la caserne, son manteau changea de couleur, se mêlant au blanc des murs pour la rendre invisible. Comme elle ne vit personne, elle quitta l’ombre du bâtiment pour se diriger vers le Boiteux.  
 «_ Où allez-vous princesse ? »
 Soliana se retourna pour voir Keloryn adossé à un arbre. Elle se figea, espérant que son camouflage la soustrairait aux yeux du guerrier mais il n’en fut rien, celui-ci la fixant toujours directement dans les yeux.  
 «_ Il est bien tard pour une promenade et ceci n’est pas la parure qui sied à une jeune femme de votre qualité. Puis-je insister et vous demander votre destination ? »
 Abandonnant la discrétion, la princesse chassa l’illusion créée par son vêtement et avança jusqu’au maître d’arme.  
 «_ Je dois entreprendre un long voyage, maître Keloryn, une quête que je suis seule à pouvoir accomplir. Je vous demande de me laisser passer et d’être discret quant à mon départ.
 _ Alors souffrez que je vous accompagne, princesse. Le monde du dehors est dangereux et mon épée vous sera précieuse, bien plus que celle de tous vos gardiens, que j’ai vu se faufiler sous le Boiteux.
 _ Je ne peux pas vous demander cela, maître Keloryn. Vous vous devez de rester ici pour continuer à enseigner.
 _ Rien n’est plus important en ces temps que la vie de ma souveraine, répondit Keloryn. Et s’il le faut, je suis prêt à prononcer ici et maintenant le serment des gardiens car, foi de Keloryn, je ne vous laisserais pas partir sans une bonne garde. Je sais aussi que quoique je dise, vous ne renoncerez pas. Aussi, … »
 Keloryn sortit sa lame de son fourreau et la tendit à Soliana.
 «_Acceptez que mon bras soit votre bras, que mon bouclier soit votre bouclier, que ma force devienne votre force. »
 Faisant fis du long protocole du serment des gardiens, Keloryn avait directement récité la dernière phrase. Soliana hésita puis pris la lame, posa un chaste baiser sur celle-ci et la rendit à son nouveau gardien.
 «_ Que mon souffle anime votre esprit, que mon sang soit votre vie. J’accepte votre serment, gardien Keloryn. »
 Celui-ci se releva, rengainant l’épée que lui rendit Soliana.
 «_ Une bonne chose de faite. Maintenant que votre expédition est au complet, vous pourriez m’en confier la destination ? »


Message édité par Deidril le 07-11-2006 à 17:21:21
n°826
DocWario
Posté le 15-11-2006 à 08:41:56  profilanswer
 

tu n'aurais pas oublier aldérick ? c'était pas lui le héros principal ?
ouhhh je m'embrouille apparement :)

n°828
Deidril
Posté le 15-11-2006 à 15:12:23  profilanswer
 

Si c'est lui mais je suis en train de réécrire ses chapitres... Le premier chapitre que tu as lu devrait en faire 3 ou 4 au final. J'ai développé la fin de son apprentissage de guerrier et la vie des confréries guerrières.

n°829
DocWario
Posté le 16-11-2006 à 08:46:09  profilanswer
 

ok, me souviens être resté sur ma faim lors de son "éveil" - trop court :)

n°830
Seb
tapissier-magicien
Posté le 16-11-2006 à 10:14:44  profilanswer
 

Salut Doc,
C'est sympa de te voir ici  :)  
Moi je me souviens être resté sur ma faim quand ça s'était arrêté et qu'il nous avait annoncé qu'il se lançait sur La fille du nécromant.
Patience est mère de vertu...  :D

n°833
Eridan
Mage noir
Posté le 19-11-2006 à 10:32:05  profilanswer
 

Avis sur "Le Livre de Soliana - Chapitre I "
 
Chapeau bas ! C'est à mon sens ce que tu as fait de mieux.  :love: J'ai été transporté par la cérémonie du Deuil, c'était parlant, vivant, ça sonnait juste. C'est vrais que tu es capable de faire des scènes très intéressantes, j'ai en mémoire la leçon de Zaar à ses élèves à la nécropole où l'épreuve dans l'arène.
 
En revanche, la princesse m'inquiète un peu  :whistle: : elle souffre visiblement d'une mauvaise éducation pour manipuler la magie sans avoir saisi la valeur de la cérémonie du Deuil. Je ne dis pas qu'elle ne doit pas être ainsi, cela reste plausible si tu veux qu'elle soit comme cela. Mais sache qu'elle m'apparaît ainsi : une écervelée impulsive qui a usé de son autorité pour obliger ses gardiens à la suivre dans une envie d'aventure qui me paraît puérile (je n'ai rien de tangible quant à l'importance de la quête)
 
Il y a beaucoup de personnages, moi qui ne retiens pas les noms, j'ai peur de patiner par la suite.  :sweat: On verra.
 
En tout cas, moi qui ne jure que par l'action, j'ai été emballé par cette immersion dans le monde des Eldryns. Un grand bravo.
 
En plus le texte est assez propre, ce qui ne gâche rien. Je t'envoie mes annotations sous peu, comme d'hab  :sol:  
 


---------------
Si le travail de cet auteur vous plait, vous pouvez l'encourager en  
cliquant

ici
n°834
Deidril
Posté le 20-11-2006 à 13:59:10  profilanswer
 

Merci du commentaire :)
 
c'est vrai qu'il y a beaucoup de nom, mais j'aime à utiliser beaucoup de personnages. Mais c'est vrai que les gardiens de Soliana sont nombreux...
 
Personnellement, les chapitres 1 et 2 de soliana sont parmi ce que je juge de mieux dans mon travail. Je dois terminer la réécriture du chapitre 2 avant de la poster. Coté action, tu ne devrais pas trop être déçu ;)
 
A très bientot pour la suite :)
 
 
 


Aller à :
Ajouter une réponse