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  [Humour] Barbareries motardes en 4 volets...(100%)

 



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[Humour] Barbareries motardes en 4 volets...(100%)

n°960
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 11-05-2007 à 00:05:45  profilanswer
 

Télé Faune.
 
 
Ce matin, il m’en est arrivé une bien bonne…Non, non pas une femme de ménage, ni une fille. A la rigueur j’aurais préféré.
C’est pas exactement ce que j’appellerais un des pires moments de ma vie, c’est pourquoi je ne le mets pas dans cette rubrique. Et c’est bien trop débile pour figurer en « écriture ». Alors, au hasard, Balthazar, je le mets là.
Bon, plantons l’ambiance et dépeignons le décor pour que les choses soient plus claires, ou à tout le moins lumineuses, comme le soleil qui brille, aujourd’hui, dimanche, sur la région Lyonnaise. (NB ailleurs je ne sais pas quel temps il fait et je m’en tamp…Heu…moque, parce que je n’y habite pas).
Bref, pour que les choses soient plus nettes, je vais devoir vous parler de moi, un peu, pas trop, parce que, Primo : j’aime pas ça. Et Tertio (NB : Secundo s’excuse, il a été retenu, il n’a donc pas pu venir) : Vous vous en foutez, et vous avez parfaitement raison.
D’aucun le savent déjà, je travaille la nuit, à double titre. Je bosse dan un cabaret Lyonnais de 21h à très tôt du matin suivant les cas. Puis ensuite, j’écris jusqu’à souvent des heures pas possibles.  
Donc hier soir, je suis rentré chez moi (si c’était chez vous, c’était pas moi), vers minuit, heure locale. Je suis passé sur le forum jusqu’à point d’heure avant de me remettre à mon manuscrit.
En gros, je me suis couché à 6h (donc 7h puisqu’on avait changé d’heure entre-temps) pour me faire réveiller à 10h30 (donc 10h30 parce que j’avais réglé mes horloges, montres, pendules et autres réveils avant de plonger simultanément dans mon lit et dans les bras de papy Morphée (Qui n’a rien à voir avec le gus chauve de Matrix, pour les incultes cinéphages)).
A l’heure en question (que je ne redonnerai pas, z’avez qu’à suivre) et comme tous les ans…Oui parce que chaque fois qu’on change d’heure dans ce sens là, où l’on est déjà sensé se perdre une heure de sommeil, il m’arrive un truc pendable qui réduit encore mon passage dodo. J’y peux rien, c’est la loi des statistiques et j’ai toujours été nul en maths. A l’heure en question, disais-je, mon abruti de téléphone s’est mis à sonner dans tous les sens, réveillant toute la maisonnée, c’est à dire moi. Je sais, vous allez me dire que c’est sa fonction de sonner bêtement et n’importe quand, à chaque fois qu’un sombre crétin décide, je ne sais pour quelle raison saugrenue, d’avoir envie de me parler. Y en a qui ont vraiment du temps à perdre, je vous jure…
Comme en plus le maudit machin, est pourvu d’une sonnerie jérichotesque et franchement insupportable, et que de surcroît, il n’est pas situé dans ma chambre, je ne peux donc pas lui claquer le bec de mon lit douillet en tendant le bras. Je suis forcément obligé de me lever pour aller engueuler copieusement le combiné, et par la même occasion l’extrait concentré de cornichon qui se trouve au bout du fil. Oui, parce que, sachez-le, l’Eskael au saut du lit est aimable comme un rotweiler enragé.
D’autant que quand on n’a pu dormir qu’une poignée d’heures et que c’est dimanche, franchement se faire réveiller ainsi, pour une sonnerie, c’est une belle sonnerie.
 
Donc, je m’arrache, tant bien que mal, de ma couche large et moelleuse et me dirige d’un pas plus traînant que martial vers la chose innommable et retentissante. Comme il se doit en pareille occasion, j’ai naturellement la paupière en berne, la barbe naissante et la bave aux lèvres. Je décroche rageusement le maudit machin et le porte, sans me tromper, d’un réflexe étonnamment vif pour quelqu’un dont le radar n’est pas encore allumé, à mon oreille et à ma bouche en même temps, vu qu’il est équipé pour joindre les deux simultanément. Et là, tout de go, je plonge par hasard et sans faire exprès dans un dialogue quatrième dimensionnesque que je vais tenter de vous restituer.
- (l’Importun Du Dimanche) Allo, le Bon petit Diablotin ?
- (Eska’) Non, ici le vilain barbare
- (IDD) Ha, ha, vous êtes un comique vous.
- (Eska’) Oui mais pas à cette heure-ci  
- (IDD) Ha ha, la patronne est là ?
- (Eska’) Nan !  
- (IDD) Tant pis, bon j’appelais pour ma commande, je suis Monsieur Schmurtz.
- (Eska’) J’y peux rien.
- (IDD) Ha ha, vous êtes vraiment marrant vous. Bon, j’espère que ma tarte aux pralines est prête, je passerai la prendre tout à l’heure.
- (Eska’) Ouais, passez, z’aurez les deux, la tarte et les pralines…
- (IDD)  « rires » Vous êtes le nouvel employé ? en tout cas, vous avez de l’humour.
- (Eska’) Nan, là mon stock est épuisé, d’ailleurs vous faites erreur, vous avez du vous tromper de numéro.
- (IDD) Elle est bien bonne, c’est vous le sacré numéro. Bon je passerai dans une demi-heure, gardez-moi ma tarte.
- (Eska’) Sérieusement, c’est une erreur, vous êtes chez un particulier.
- (IDD) « ton rigolard » Ben voyons. En tout cas, je vous félicite, pour un dimanche matin, vous êtes drôlement bien luné. Sans blague, j’aime votre humour particulier justement. Bon à tout à l’heure.
- (Eska’) Puisque je vous dis que…
Rires, puis bruit de raccrochage, bientôt suivi d’un bip bip régulier.  
A ce moment là, je me suis demandé si je n’étais pas victime du syndrome de la boucherie Sanzot, chère à tous les Tintinophiles. A croire qu’avec ma barbe matinale, j’en avais des allures de capitaine Eskhaddockesques. J’ai réfléchi aussi vite que mon neurone, aussi réveillé que moi, était capable de pédaler dans la semoule de mon cerveau mal branché. Bon, me suis-je dit, ça ne peut pas être une blague de ce cher Eridan. Bien qu’il en soit certainement capable, l’animal, il possède mon adresse mail mais pas mon numéro de téléphone.  
En référence à Tintin, vu la Belgitude que prenait la tournure de la blague, je me suis ensuite demandé si je ne m'étais pas Johnnyhallydayisé dans la nuit, déménageant en belgique à l'insu de mon plein gré.
 
De toute façon, si c’était bien une blague, il fallait que le bougre soit bien renseigné, puisque dans le patelin où j’habite, il y a effectivement une pâtisserie qui se nomme le diablotin. Il semblait donc que ce n’était pas une farce mais bien une erreur de numéro. Poussé à la fois par la colère et la curiosité, ainsi que par le fait que je connais bien la dite patronne et son employée qui sont des bonnes pâtes. L’employée surtout qui est fort mignonne et qui à le bon goût de toujours éclater de rire à mes blagues plus ou moins vaseuses et qui présente l’énorme qualité d’être célibataire. Vous vous en fichez ? Tant mieux, moi ça m’intéresse. Bref… Soucieux de leur éviter de perdre un client, et parce que j’avais bien envie de voir à quoi ressemblait ce gugusse (ce qui me permettrait également de contempler le doux minois de l’employée, ce qui contribuerait certainement à me remettre de bonne humeur) et parce que de toute façon j’étais levé, je décidai de me rendre sur place. J’employai la demi-heure de battement annoncée par le téléphoniste incongru, pour me rendre à peu près présentable (de jardin). Je suis donc passé aussi vite que mes réflexes émoussés le permettaient, à l’action. Café, douche, café, rasage, café, habillage et re-café pour avoir à peu près les yeux en face des trous. J’ai réussi à arriver dans le magasin environ deux minutes avant l’heure dite au grand plaisir des deux dames présentes, puisque j’ai l’habitude de débiter tout un tas de débilités qui font généralement rire tout le monde, à chaque fois que j’y vais. Je confirme, même le dimanche matin, la demoiselle est jolie, je sais, vous vous en cognez grave, mais moi ça m’a enlevé toute envie de meurtre, tant mieux pour le cornichon trompeur.
 
Donc je leur raconte mon invraisemblable réveil et compare mon numéro de téléphone à celui de la boutique pour m’apercevoir qu’il n’a que l’indicatif en commun et qu’étant moi-même en liste rouge, le fieffé abruti à du battre tous les records de crétinerie aggravée pour tomber du premier coup sur mon numéro. Comme j’ai tendance à en rajouter (non vous avez remarqué ?) et que j’essaie de narrer les choses en les amputant de leur côté dramatique, elles se sont mises à rire tout en m’expliquant qu’elles avaient effectivement une commande de tarte aux pralines (qui est une des spécialités pâtissière de la région), pour ce fameux monsieur Schmurtz.
Je décidai donc de l’attendre, histoire de voir à quoi ressemblait cet ahuri qui réveille les gens un dimanche rien que pour se ramasser une tarte. Comme la boutique était provisoirement vide de clients et que le gus semblait en retard j’ai commencé à plaisanter avec elles en glissant des regards aussi niais qu’intéressés à la séduisante employée. Lancé dan un de mes sketches fumeux, je mimais une situation à grand renfort de voix (oui je suis imitateur de métier) et de gestes correspondants, quand mon coude heurta assez violemment un truc mou qui venait d’entrer dans la boutique, derrière mon dos sans que je m’en aperçoive, pris dans ma narration vaudevillesque. Je me suis interrompu illico pour me retourner et constater, un peu embarrassé que je venais de coller par inadvertance une mandale à un type rabougri et à moitié chauve. Le gars se tenait le nez plus surpris que fâché et me regardait d’un air stupéfait. Bien que plutôt large, je ne suis pas un géant et cet homme m’arrivait à peine au sternum. Comme je n’ai pas l’habitude de tabasser (quoi qu’on en dise) les plus petits que moi, j’étais passablement embêté. J’ai quand même failli éclater de rire quand la patronne à lancé à son adresse : « Bonjour Monsieur Schmurtz, votre tarte est prête »…
Le pauvre, il en aurait eu deux pour le même prix.
Le coup n’avait pas été trop brutal (pas en forme moi le matin), et n’avait pas occasionné de réels dégâts à son tarin. La patronne à moitié hilare lui a expliqué sa méprise téléphonique et il m’a regardé d’un air un peu ahuri. Il n’a pas trop mal pris la chose et m’a assuré qu’il n’avait vraiment pas fait exprès,  m’avouant qu’il était de nature aussi distraite que joviale et qu’il commettait fréquemment ce genre d’erreurs. Il a payé sa tarte et est ressorti avec le carton dédicacé à son nom à la main.  
Puis nous avons (honteusement) ri après sa sortie et je suis reparti, à mon tour, me payer un énième café dans le troquet le plus proche, le seul ouvert dans mon bled le dimanche matin.
Je suis ensuite rentré chez moi pour me préparer ma tambouille dominicale (oui à Lyon la bouffe c’est sacré), me concoctant un savoureux coq au vin.
 
La recette demande de l’attention, la phase cruciale étant le liage de la sauce au vin. J’étais donc en pleine concentration minutieuse, réalisant la phase délicate de l’opération quand mon sacré foutu bon sang de téléphone s’est remis inopinément à lézarder mes murs et mes tympans de sa titanesque et insupportable sonnerie. Je coupai prestement le gaz sous ma casserole de sauce et me suis dirigé vers l’infernal engin, profanateur de boustifaille, le sourcil froncé et le juron au bord des lèvres. J’ai décroché l’odieux combiné d’un geste rageur, bien décidé à incendier d’importance l’infâme païen infidèle, blasphémateur et troubleur de cérémonie culinaire qui me tient lieu de religion. J’ai beau avoir les idées aussi larges que mes épaules, y a quand même des choses qui ne se font pas. Après avoir porté l’horrible machin en plastique à mon visage, je fus coupé dans mon élan insultatoire et pas du tout poli, par une voix féminine, fort agréable et pas trop assurée qui m’a dans le même temps, coupé l’herbe sous le pied et fait tomber en quenouille mon ire légitime. C’était l’employée de la pâtisserie qui avait subrepticement noté mon numéro de téléphone quand, dans la matinée, je l’avais comparé à celui de la boutique. La coquine, que je viens amuser régulièrement depuis près de quatre ans que j’habite ce trou, savait que je suis généralement motard (oui j’ai aussi ce défaut là) et accessoirement side-cariste, puisque ce matin, j’ai garé mon tri-pattes juste devant la boutique. La demoiselle, m’expliquant qu’elle même avait un sérieux penchant (ben oui les motos ça penche) pour les deux roues, largement pourvues en cylindres et qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de monter dans un  engin comme le mien. Comme on se connaît un peu et qu’elle appréciait mon humour (chacun ses goûts), elle se demandait si j’accepterais de l’emmener faire un tour dans mon étrange et volumineuse machine. Comme vous aurez compris que je ne suis pas du tout intéressé, mais alors franchement pas du tout, par la charmante demoiselle en question, j’ai naturellement accepté d’emblée. Comme il fait beau, qu’on est dimanche et que ni elle ni moi ne travaillons cet après-midi ni demain, il se pourrait que je me fasse rare sur le forum dans les deux jours qui viennent.
Tout ce que je viens de vous narrer ici, est, bien qu’un tout petit peu romancé, totalement authentique.  
J’entends déjà les cyniques et le sceptiques dire que quand on à le charme d’un barbare,  vaut mieux avoir un gros cube… Peut-être mais il se trouve précisément que j’en ai un. D’un autre côté, je m’interroge toujours sur le fait que l’infernal coup de fil de ce matin qui me tira du lit à une heure indécente même pour la poule la plus stakhanoviste, puisse déboucher sur un événement joyeux. Le minuscule monsieur Schmurtz et ses pralines tartées ont-ils un lointain et moderne cousinage avec le romantique angelot nommé Cupidon ?  
Est-ce que j’ai eu, pour une fois, une chance de cocu ? (Oui je savais que je l’étais déjà et depuis longtemps, mais à ce point)
Ou bien est-ce que la pub  disant que le bonheur est simple comme un coup de fil possède des vertus prémonitoires ?  
Quoi qu’il en soit, je sen que je vais passer un agréable week-end, merci la fée Télécom.


Message édité par eskael le 11-05-2007 à 01:10:37

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La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir.
n°961
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 11-05-2007 à 00:12:43  profilanswer
 

Tribulations d’un barbare en balade…
 
 
Pour celles et ceux que ça intéresse, et parce qu’on me l’a demandé, je vous livre un bout de mes aventures pâtissières.
 
Donc, la demoiselle et moi avions rendez-vous à seize heures sur la place de la poste, dans le patelin où j’habite. Vu que j’ai posté le précédent résumé vers 15h30 le délai était très étroit (ben oui 13 et 3 ça fait 16). Bah de toute façon, me suis-je dit, y a pas le feu au lac, vu que ces dames ont généralement le chic pour se pointer avec un retard calculé et long comme un jour sans pain (pour une pâtissière c’est logique), qui à généralement le don de nous faire mariner (comme les moules du même nom) et de finir par nous faire invariablement nous interroger sur la psychologie du poireau moyen. (Faut que je me surveille moi, moule + poireau, j’ai déjà la pensée qui dit : vague. Faudrait pas que je m’enfonce). Bref, j’avais une demi-heure devant moi et comme j’étais déjà lavé, rasé et encaféiné, le plus gros du travail était fait. J’ai donc juste procédé à quelques utiles changements vestimentaires : bottes + cuir + casque + gants et me suis dirigé tranquillement vers l’heure du rendez-vous, juché sur mon gros machin à trois roues. Comme de juste, je suis arrivé en avance et ai commencé à scruter la place en question avec le flegme qui me caractérise (ben oui je suis vacciné à la clé anglaise, moi, grâce à une piqûre anti-britanique) et l’œil éveillé du saint-bernard endormi (pléonasme).  
 
Je vais donc profiter du temps qui m’est imparti pour vous parler plus avant de ma drôle de machine. Le side-car (où voiture à côté, pour les shakespeariens) est un engin farfelu et hybride (même si le mien est débridé), inventé comme toutes les choses ludiques, à la fois rigolotes et saugrenues, par nos ennemis d’outre-Manche. Vous me direz : les rosbifs  ont aussi inventé le football, comme quoi on ne peut pas être génial tous les jours. Cet engin est donc, pour ceux qui n’en auraient jamais vu, une moto flanquée d’un bazar mono-roue sur le côté, dans lequel on peut s’asseoir et se faire véhiculer. La différence en France est que le machin est situé de l’autre côté par rapport aux véhicules anglais. Le side est à droite de la moto, chez nous  alors qu’il est à gauche là bas, vu que les saxons roulent du mauvais côté de la route (les andouilles). Puisqu’on roule à droite ici et à gauche là bas (que les ambidextres se débrouillent). Le comique de la situation intervenant quand un side-cariste traverse la manche avec son engin pour aller visiter le pays d’à côté (j’ai testé, c’est franchement la merde), puisque le « panier » (c’est comme ça qu’on l’appelle dans le jargon), vous empêche alors de voir nettement la circulation qui vient en sens inverse. Je vous raconte pas l’angoisse quand il faut doubler un camion.
Le side-car, donc, est un savant mélange farfelu entre voiture et moto, accumulant majoritairement les inconvénients des deux et laissant leurs avantages au vestiaire. Comme le panier est un poids mort, non-motorisé, il vous bouffe de la puissance pour doubler, vous pose des problèmes pour stationner et consomme deux fois plus qu’une bécane traditionnelle. En revanche, lorsqu’il pleut, vente, neige, ou tombe des trucs encore pire, en tant que pilote vous êtes trempé quand même, chouette non ?
Il faut donc être sauvagement attaqué de la cafetière pour posséder un engin pareil… Et arrêtez de me regarder comme ça.  
D’autant que, contrairement à ce que pensent la plupart des béotiens, la principale difficulté dans la conduite de cet engin est, paradoxalement (et non pas paradoxe Allemand comme je l’ai cru jusqu’à ma dixième année) d’aller tout droit. En effet, comme je l’ai dit, le panier est un poids mort. Donc en ligne droite, son inertie vous déporte joyeusement vers le fossé situé de son côté à croire qu’il à une envie incoercible de vous envoyer aux pâquerettes pour mieux les cueillir ensuite. Donc faut corriger sa trajectoire en permanence. (le gros avantage c’est que quand on débute, on fait ça en force et on prend rapidement une carrure d’athlète, pour les femmes ça le fait moyen).  
Par contre, le gros avantage de cette étrange bestiole est sa faculté aussi déroutante que stupéfiante à prendre n’importe quel virage à une allure vertigineuse, pour peu qu’on sache un tant soit peu s’y prendre. Je ne vous ferai pas un cours qui se révélerait assommant, mais sachez que sur route sinueuse, agrémentée de lacets et d’épingles à cheveu, personne, et quand je dis personne, c’est absolument personne, ne taxe un side-car bien mené.
Et puis surtout, quand on part loin et pour longtemps, on peut emmener tout un tas de trucs qui ne tiendraient pas dans l’exigu sac à dos du motard moyen. On peut même le cas échéant, y trimballer des animaux… Sauf des chats.
1e) Parce que j’aime pas ça
2e) Parce que ces infâmes salauds à moustache grifferaient ma belle sellerie en cuir
3e) Pour faire râler Menolly et tous les amoureux des ineffables greffiers.
 
Sur ces entrefaites, arrive ma passagère, avec une ponctualité qui me fait passer pour un fieffé menteur misogyne et m’empêche de poursuivre mon explication plus avant. Elle aussi à changé de look et s’est revêtu d’une peau de vache, comme il se doit. Elle tient même au bras, en lieu et place du traditionnel sac à main, un casque à sa taille, comme quoi elle à de nombreuses qualités la demoiselle. Je la salue donc aussi poliment que jovialement et descend de ma monture pour lui en faire les honneurs. Elle sourit, minaude et rosit légèrement à mes facéties crétines (bon sang de bois, qu’est-ce qu’on peut être tartes dans ces moments là, et le fait qu’elle soit pâtissière n’arrange rien en ce qui me concerne, j’espère qu’elle aime la tarte aux cornichons parce c’est exactement à ça que je devais ressembler).
Par contre, bien que l’initiative soit remarquable, je lui explique que le fait qu’elle se soit munie de son casque ne m’arrange pas. En effet, dans un side-car, passager et pilote sont séparés et il est absolument impossible de communiquer à travers intégral, vent et capote en plastique qui recouvre le panier, le seul résultat possible étant de sa faire péter une corde vocale et un claxibule en même temps. Mais à défaut d’être malin, je suis quelqu’un d’organisé et ai pourvu mon engin d’un intercom prévu pour pouvoir se parler normalement. Le système est à la fois filaire et efficace (les trucs à onde ça marche jamais longtemps surtout si vous passez sous un tunnel ou croisez des empafés de CiBistes qui vous brouillent la fréquence à tous les coups). L’inconvénient est que le système en question équipe plusieurs casques en ma possession et n’est pas démontable (à repasser). De plus j’ai pris la précaution de le loger dans des chapeaux en kevlar de bonne taille, pour qu’il coiffe la tête du plus grand nombre possible de passagers. Il lui faudra donc choisir entre un truc moche et trop large, mais prévu pour bavarder ou son casque à sa taille et le grand silence blanc. Comme je l’espérais, elle n’hésite pas et prend l’option discute au détriment de sa coquetterie. Décidément, elle est bien la chtite.
Je lui fournis donc son nouveau galurin, et lui ouvre la portière afin qu’elle s’installe confortablement avant de la brancher sur l’intercom et de lui en expliquer le fonctionnement. (oui, je sais mesdames, quand un homme ouvre la porte d’un véhicule à une dame, ça signifie que soit c’est le véhicule qui est neuf, soit c’est la femme, mais moi aussi je vous enquiquine, non mais sans blague). Elle s’installe et je contourne le machin pour aller me jucher au guidon et lui vérifier que tout fonctionne. Elle trouve ça bas, c’est normal, elle à ses mignonnes petites fesses à 50 centimètres de l’asphalte et monter dans un side c’est encore plus frappant que dans une mini ou une fiat 500 (pour les amateurs de bagnoles). Elle rit et semble détendue, tant mieux. J’anime le moteur d’un coup de pouce élégant et tourne ma visière vers la femme-tronc, désormais assise à ma droite (autre avanage du side : la séparation empêche les odeurs de circuler donc vous pouvez bouffer n’importe quoi avant de vous y embarquez, même du cassoulet, puisque dans ces conditions, peu importe que la tronc pète*), puis en souriant, je fais s’ébranler l’ensemble.
 
Ainsi, nous entamons une ballade autant agréable que bucolique sur les petites routes de monts du Lyonnais où la beauté des paysages ensoleillés n’a rien à envier aux cartes postales exotiques et chamarrées. (Non je n’exagère pas je suis chauvin, c’est tout).  
Je vous passe les dialogues aussi niais (pour ma part) que dépourvus d’intérêt pour vous et reprends mon récit au moment où nous nous arrêtons sur une aire panoramesque et parfaitement située, pour contempler le paysage étalé à nos pieds comme une carpette Cianesque près du lit d'une damoiselle (cf mon texte "le 13e travail de Torg en histoires courtes...Publicité quand tu nous tiens). Nous nous esbaudissons béatement devant le spectacle grandiose que nous livre la Brévenne sautillant dans son lit au fond de la petite vallée avec une magnificence propre à faire pâlir de jalousie le Colorado dans son grand canyon chewing gumisé. (En fait la Brévenne est un ru ridicule, étroit et pas profond qui ferait se tordre de rire n’importe quel âne un tant soit peu incontinent, mais y a des moments ou la magie ne s’explique pas na !).
 
Perdus dans notre contemplation mutuelle, nous remarquons à peine l’arrivée subreptice d’une voiture bleue qui vient se ranger près de ma machine. En sortent deux individus moustachés et vêtus du même bleu que leur infecte bagnole, les trois choses étant uniformément taggées de blanc, les lettres formant un affreux gros mot intitulé comme suit : Gendarmerie.
C’était trop beau, me dis-je en les voyant s’approcher de nous, comme des duettistes pas drôles et képissés qu’ils sont. Et ça ne rate pas, les schtroumpfs siamois commençant à faire le tour de mon engin avec le sourcil en bataille, l’œil réglementairement glauque et le visage aussi expressif qu’un mur de béton. L’un d’eux s’approche de nous et je sens que le cirque va commencer.
- Bonjour Monsieur, me dit-il en portant deux doigts à sa casquette ridicule mais forcedelordresque. Z’avez les papiers du véhicule ?
(Notez au passage le machisme pandorien, il n’a même pas daigné adresser un regard à la jolie demoiselle sise à mes côtés, jugeant, je ne sais pour quelle raison que c’est forcément moi le propriétaire et pilote du side-car. Et c n’est pas parce qu’il a raison dans ce cas précis que son raisonnement général est intelligent.)
- Non, je l’ai volé il y a un quart d’heure et j’ai pas pensé à demander la carte grise. Réponds-je le plus sérieusement du monde en faisant pouffer ma passagère. Mais lui ça ne le fait pas du tout rigoler.
- Attention, monsieur, reprend-il ne me lançant un regard aussi torve que borné, ce contrôle est officiel et vous feriez mieux d’obtempérer.
Ha ben ça y est, il commence à employer l’odieux jargon juridico-fliquesque qui m’a toujours hérissé le poil, aussi je décide de capituler immédiatement pour ne pas entacher notre bel après-midi et sors les papiers en question que je lui tends sans discuter.  
- C’est homologué ces machins là ?  
Demande son jumeau, penché sur mon attelage, aussi dubitatif qu’un gallinacé devant un couteau. J’ai bien envie de lui répondre que je l’ai fabriqué moi-même dans la nuit, mais je me retiens par égard pour la demoiselle, ne voulant pas gâcher le moment qu’elle m’offre en me lançant dans une joute ironique ou je n’aurais de toute façon pas le dernier mot. Force devant rester à la loi, comme chacun sait. Je me contente donc d’extraire d’une de mes poches le certificat du service des mines (qui n’utilisent plus de pioches depuis longtemps mais des ordinateurs comme tout le monde) et de le tendre également.
- Si c’était pas homologué il n’aurait pas de carte grise, répond son collègue, visiblement un peu moins tarte.
Il faut vous dire que je suis habitué à ce genre de contretemps fâcheux, nos amis les bêtes (les keufs, les condés, les schmitts, la rousse, les poulets et autres oiseaux charognards) ayant la détestable habitude de vouloir voir de près ce genre d’engin sous le fallacieux prétexte d’un contrôle de routine. Ce qui a toujours tendance à faire baisser la moyenne et en l’occurrence aujourd’hui, de briser le romantisme du moment à grands coups de semelles à clous. Evidemment, ils entrent vite dans le jeu des questions aussi curieuses que débiles après m’avoir rendu me papiers qui sont bien sûr en bonnet difforme. « Et ça monte à combien ? Et les pots sont-ils homologués (c’est une manie) ? Et pourquoi les roues sont bizarres ? Et gnagnagna ? » Manquerait plus qu’ils grimpent dedans ces corniauds. Bref, je me plie poliment à leur jeu idiot et réponds aussi courtoisement que la moutarde qui m’échauffe les narines me le permet. Ma compagne du jour à dû sentir mon début d’agacement et a manifesté sa solidarité à mon égard par le geste le plus inattendu et désarçonnant qui soit, glissant sa menotte gracile dans ma grosse patte pendante à mon côté. J’ai failli en avaler la chique que je ne mâchais pas et mon élocution s’est réduite en l’espace d’un instant à un gargouillis bafouillant et inintelligible. Je me suis repris au plus vite pour éviter qu’Hurlu et Berlu ne croient que je venais de me lancer dans un foutage de leur gueule qui aurait été certes mérité, mais inapproprié en un pareil moment.
 
Bref, les joyeux saccageurs bleus de moments idylliques ont fini par s’en aller nous rendant à la solitude bucolique des lieux. Nous avons décidé de rentrer car la jeune demoiselle me suggérait un dîner en tête à tête pour le soir même et elle désirait se préparer pour l’occasion. Je lui ai donc retendu son casque et rouvert la portière afin de la ramener provisoirement vers ses foyers et là elle à de nouveau fait un truc à m’en flanquer le cul par terre. Le casque à la main, elle s’est avancée vers le side et à commencé à se tourner pour s’y insérer (c’est bien moins large qu’une porte de voiture). Et là, à ma grande surprise générale avec une souplesse serpentine et un regard malicieux, elle est parvenu, par quelque prouesse contorsionnesque à tourner son visage vers le mien, tout en entrant dans la boîte à roulette et à poser ses lèvres purpurines sur ma grosse joue, heureusement rasée de près.
Inutile de vous dire que pendant un bon moment je me suis demandé où j’habitais. Bref, j’ai réenfourché ma bête et remis le cap sur notre patelin. J’ai navigué sur pilotage automatique sur les 30 bornes qu’il restait à couvrir, je serais même bien incapable de vous dire de quoi nous avons parlé pendant le trajet de retour.
Prochaine étape, le restau, et là, malgré sa présence aussi sucrée que pâtissière, ça risque de ne pas être de la tarte non plus.
 
 
(NB * : merci Boby Lapointe)


Message édité par eskael le 11-05-2007 à 00:24:58

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La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir.
n°962
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 11-05-2007 à 00:30:52  profilanswer
 

L’assori au restau. (part one)
 
Bon, puisque visiblement, y en a que ça intéresse, je continue à vous raconter mon dimanche…
 
Après l’événement gendarmesque décrit dans le post précédent, J’ai reconduit la jolie demoiselle chez elle afin qu’elle s’y pomponne à loisir en vue de notre dîner à l’extérieur. J’en ai lâchement profité au passage pour repérer où elle habitait. Ben oui, je vous l’ai dit, on peut être barbare, crétin mais organisé.  
L’horaire où je devais revenir la chercher dans mon carrosse à trois roues étant fixé, et comme elle m’avait déjà prouvé sa royale ponctualité, je n’avais plus qu’à rentrer provisoirement dans mes pénates (qui à dit ma bauge ?) afin de m’y préparer aussi.
 
Tout en dirigeant mon bizarre engin, je me demandais où ce que j’allais bien pouvoir l’emmener croûter… Gargote or not gargote, zat iz ze cochonne, me demandais-je en zézayant et en garant mon side devant ma bicoque.
Parce que dans ce genre de cas, le choix est crucial. Si je l’emmène chez Lulu, la madone des routiers où qu’on s’empiffre comme des porcs (vous je ne sais pas mais moi c’est ce que j’y fais quand j’y vais)pour pas cher au milieu des tatoués beuglants qui ne vont pas louper de la zyeuter en éructant bave aux lèvres, je vais passer pour un rustre… C’est pas que ce soit totalement faux, mais c’est un peu tôt pour ruiner mon image, me dis-je, frappé soudain par un éclair de lucidité aussi anormal que surprenant.
En réfléchissant un peu (si, si, ça m’arrive, c’est douloureux, mais des fois faut se forcer et puis en général j’ai plus de mal que de peur), je me suis dit qu’il fallait essayer de rester dans la continuité de l’ambiance de la journée version Rome Antique et tout le tremblement.
Donc j’ai éliminé d’office les traditionnels bouchons lyonnais où qu’on s’empiffre (encore ? Ben oui, chacun ses manies) de cuisine du terroir (fort riche par cheux nous) et pas du tout reconnue par « Weigth Va chier » et les inconditionnels de la mal bouffe aussi allégée que piège-à-connesque.
Exit également les pizzerias, fast-foods, kebabs et autres saloperies du même style dont je ne critiquerai pas ici l’aspect culinaire mais où l’ambiance n’est pas propice à un rendez-vous du genre de celui que j’avais en tête. Et pourquoi pas l’emmener chez Flonch tant que vous y êtes ? Non, non et non, à rendez-vous galant, il faut une ambiance feutrée, une cuisine de qualité et un décor propice aux échanges susurrés et aux regards complices (en un seul mot s’il vous plaît). Et il se trouve que je connais un endroit qui, comme une bonne pièce de théâtre, réunit en un seul lieu toutes ces qualités. De plus l’établissement est situé dans un coin charmant, au milieu des dombes (région de l’Ain) entouré d’étangs et terriblement bucolique, sans être rustique. Le seul inconvénient de ce lieu étant également sa qualité et son côté fastueux. Faudrait pas que je risque de trop l’impressionner d’entrée de match et qu’elle se sente mal à l’aise dans un endroit trop huppé. Lui faire bonne impression d’accord, passer pour un jeteur de poudre aux yeux prétentieux : pas glop.
 
Je réfléchissais à tout ça, ridiculement debout devant ma porte d’entrée (non, je ne rentre pas chez moi à quatre pattes, ni par la fenêtre, qu’on se le dise), la clé en main, statufié dans un moment d’intense concentration quand je fus soudain tiré de mes réflexions par un bruit archaïque, saugrenu et propre à faire sursauter un obélisque égyptien sur sa base. Après avoir donc sursauté, comme il se doit, en pareille circonstance, j’ai ouvert ma porte à la hâte pour me précipiter sur mon insupportable téléphone (que je vous ai déjà présenté, si, si relisez les épisodes précédents). L’infâme machin lançait ses horripilants Draiiing draiing, aussi mélodieux que le barrissement d’un pachyderme enrhumé et odieusement tonitruants.  
C’était précisément la demoiselle à qui je pensais la seconde d’avant, qui voulait savoir, justement, de quel style de toilette elle devait se parer afin de ne pas faire tache dans l’endroit où j’escomptais l’emmener. Tentant maladroitement la ruse du coyote bourré, j’essayais de savoir quel type d’établissement  lui ferait plaisir et ce qu’elle désirait y déguster. Piètre tentative qui se solda par un retentissant échec, puisqu’elle me déclara simplement qu’elle me faisait confiance et que de toute façon ça lui plairait puisqu’on y allait ensemble. Agréable témoignage de sympathie, certes, mais qui n’arrangeait pas mes bidons, en général, et encore moins mes gamelles , dans ce cas particulier et me laissait (comme d’hab) gros Jean comme devant. Comme quoi quand on est barbare faut pas essayer de se faire plus malin qu’on ne l’est, « la ruse c’est bon pour les tafioles, me suis-je dit, t’as qu’à faire comme d’hab et foncer dans le tas ». Fort de ce surpuissant raisonnement intellectuel, je lui conseillais donc de faire preuve d’un minimum d’élégance et d’éviter le blue jean délavé et les charentaises, qui de toute façon et bien que confortables, ne vont pas du tout ensemble. J’essayais de lui dire ça avec un minimum de tact, afin qu’elle ne penses pas que je critiquais ses tenues vestimentaires d’une façon générale. Il me fut répondu qu’elle trouvait l’idée formidable et terriblement romantique et qu’elle appréciait mon souci de prolonger cette journée par une vraie sortie digne de ce nom. Ajoutant que le side lui permettrait de bien s’habiller sans risquer le froissage intempestif de ses atours, preuve supplémentaire de son sens de l’observation et de son intelligence pratique. J’avais l’impression d’avoir décidément tiré un sacré bon numéro et me demandais ce que j’avais bien pu faire (ou n’avoir pas commis) pour mériter ce bol monstrueux. Du coup, après avoir raccroché, je me suis soudain senti un peu angoissé, faudrait pas que ce soit moi qui fasse tache (parce que d’ordinaire j’en suis largement capable).
 
J’appelais illico le restaurant auquel je pensais depuis tout à l’heure afin d’y réserver une table pour deux le soir même. Cet établissement n’est pas le genre d’endroit où se pointer à l’improviste, car il est assez couru par les gens de la région ayant un certain standing, vu que ce restau est étoilé au petit guide rouge du charmant bibendum pneumatique et que le prix du premier de ses menus ferait passer, en comparaison, la dette globale des pays du tiers monde pour une étiquette de Monoprix.  
Il se trouve, par chance, que je connais parfaitement le propriétaire et maître queue de l’endroit, puisque c’est un copain motard et que depuis deux ans j’y emmène régulièrement toutes mes conquêtes… C’est à dire que j’y vais seul. (ou avec des potes mais ça n’a rien à voir). Plutôt ravi que je lui amène enfin un autre convive dans des circonstances plus galantes que de franche camaraderie, il m’a de suite assuré que je ne regretterais pas ma soirée et la demoiselle non plus. Ceci étant réglé, il me fallait repasser ma check list personnelle, « mode Barbare du monde, élégant et raffiné on ». Du coup, j’avais sacrément intérêt à me magner le train. J’enchaînais donc rapidement ma deuxième douche de la journée avec un second rasage (oui j’ai une barbe à la con qui pousse plus vite que le chiendent et aussi drue que du papier de verre, à se demander si je n’ai pas été porc-épic (et colégram) dans une vie antérieure) et me préparais à toute vitesse, avant de vérifier le tout.
-     Toilette + rasage + sent bon : Check
-     Chemise classe et pantalon sur mesure : Check  
(NB : le froc sur mesure, c’est pas du snobisme c’est que je suis mal foutu, rugby oblige, j’ai des jambons qui ne rentrent pas dans n’importe quoi)
-     Blazer : Check
- Cravate, nœud papillon ou foulard ? … Heu rien ! : Check (j’ai un cou de taureau qui supporte mal le garrot, pas la peine d’être violacé en deux minutes)
- Pompes de ville, cirée et mises dans un sac : Check (mets mes bottes de moto pour piloter, je changerai sur place)
- Menthe pour l’haleine : Check.
 
Ensuite j’ai commencé à tourner en rond dans ma chambre pour me demander ce que j’oubliais, quand j’avisais soudain, dans un des tiroirs de commode laissé ouvert pour choisir une éventuelle cravate, une boîte contenant des rondelles de caoutchouc translucides, prévues pour capoter l’expression de la virilité masculine lors de coquines occasions. Et là gros dilemme. Si je me munis d’un morceau de Cellophane, je passe pour un pousse au crime lubrique, un satyre dépassant la limite de la cuistrerie goujate. Si je m’en dispense et que les événements prennent une tournure intime, je deviens un imprévoyant coupable et criminel. Sans compter qu’avec mon bol habituel, si j’en prends un il ne se passera rien alors que si je n’en ai pas il va forcément arriver quelque chose dans ce goût là. Va falloir que quelqu’un se décide un jour à signaler aux maladies modernes, qu’il devient de plus en plus difficile de conjuguer romantisme et élégance.
Mon expectative ne dure pas, je tranche dans le vif du problème en puisant dans l’éducation que, malgré mes dehors barbares, m’a judicieusement enseigné l’auteuse de mes jours et que je n’ai pas eu l’indélicatesse d’oublier., merci môman.
Je referme donc le tiroir sans toucher à la boîte cartonnée et pharmaceutique, car bien que mécréant, je suis un homme à principes et suffisamment borné pour les appliquer contre vents et marées. On ne couche pas le premier soir et pis c’est tout ! Toute personne venant me soutenir le contraire serait immédiatement ravalée, dans mon estime rigide et implacable, au rang de paladin Talbazaresque. Barbare oui, mal élevé non.
Sorti de ces basses considération avec panache et fermeté, j’employais le peu de temps qui me restait à me transformer en cosmonaute, avant d’aller chercher ma cavalière de ce soir. En effet si elle serait confortablement assise dans l’espace confiné mais agréable du panier, moi, je serais juché sur la selle de l’engin et exposé au vent. Donc j’ai revêtu par dessus mon élégant pantalon, mon sur machin de pluie en caoutchouc imperméable qui couperait le vent et éviterait de coller des faux plis à ma tenue. Parachevant le tout en revêtant mon barbour (vêtement de moto ample et imperméable) par-dessus ma veste et casque en main, je retournai à mon engin, afin d’aller chercher la demoiselle pour l’emmener dîner….


Message édité par eskael le 11-05-2007 à 01:10:14

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La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir.
n°963
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 11-05-2007 à 00:41:35  profilanswer
 

A la soupe
(l'assorti au resto part two)
 
 
Donc, engoncé comme je l’étais dans mon accoutrement sélénite et grotesque, mais protégé des intempéries, c’est de la démarche souple et élégante du scaphandrier moyen que je rejoignis ma monture à roues. Comme en plus de ça, le pantalon de pluie, bien que caoutchouté, n’est pas extensible à l’infini et que l’addition de mon tour de cuisse renforcé par l’ajout d’une sous-couche vestimentaire avaient tendance à le tendre au maximum, les douze pas que j’avais à faire jusqu’au side avaient des allures de marche de l’empereur. Parvenu au côté de mon scarabée de métal, je lance la jambe pour l’enfourcher avec une lenteur Neil-Armstrongesque. Hélas, sur notre bon vieux plancher des vaches, la pesanteur est bien présente et trahi par la tension de ma culotte élasto-imperméable, je suis retombé sur la selle avec la grâce de la bouse s’étalant sur l’herbe des prés, m’écrasant sauvagement les choses de la vie sur le skaï de la selle. « Allo scaphandre ici H(r)ouston : bobo ».
D’un coup d’un seul, j’avais deux paires d’amygdales au fond de la gorge et les joyeuses en crêpe bretonne. Il paraît qu’il faut souffrir pour être beau, avec ce que venaient d’encaisser mes gesticules, Brad Pitt avait intérêt à s’accrocher.
 
Après avoir tant bien que mal trouvé une position moins douloureuse, j’ai mis le moteur en marche et le cap sur une pompe à essence dans la gracieuse posture du crapaud sur une boîte d’allumettes. Oui, avec la balade de la journée, et les cinquante bornes à parcourir jusqu’au restau, sans compter le retour et vu ce que consomme mon fringant destrier, j’avais intérêt à faire le plein avant de partir chercher ma dulcinée, histoire de ne pas pousser la muflerie jusqu’à lui faire le coup de la panne.  
Je trouvais donc une station automatisée et carte de créditophage et y gorgeait mon réservoir de carburant surtaxé. En regardant défiler les petits rouleaux du jack pot où l’on perd à tout coup, je me disais que décidément les femmes sont incroyablement dépensières, s’arrangeant même pour nous faire claquer des sous en étant pas encore avec nous. Quel talent !
Une fois la gouluterie abyssale, en hydrocarbures, de ma bête rassasiée, je me suis dirigé vers le logis de la demoiselle. Parquant mon destrier à roulettes devant sa porte, j’allais descendre pour appuyer de mon gros doigt boudiné et ganté sur le bouton de son interphone, afin de lui signaler ma présence sous son balcon, quand un fenêtre du premier étage s’ouvrit et j’y vis apparaître le doux minois convoité. « Je sui presque prête, me lança-t-elle je descends dans une ou deux minutes. »
 
Je descendis tout de même de mon véhicule, histoire, mine de rien, de me dégourdir les noisettes, en espérant qu’elles retrouvent leur juste place et me rendent ma voix profonde de baryton.
C’est curieux comme d’un genre à l’autre, le temps n’a pas l’air d’avoir la même valeur. En effet, pendant les deux minutes maximum annoncées, j’aurais eu le temps de fumer plusieurs cigarettes (si j’étais fumeur) et de faire le tour du pâté de maison à cloche pied deux ou trois fois. Je m’interrogeais sur la probabilité de nature Suissesse de sa montre, quand mon cerveau lent, réalisa que le piège où je venais de tomber m’avais été signalé. En fait, dans « presque prête », c’est le mot « presque » qui revêt une définition différente suivant qu’on se place du côté masculin ou féminin de la chose. Pour nous, mâles à l’esprit monobloc, quand on est presque prêts, c’est qu’on a plus qu’à enfiler son blouson et sortir de chez soi avant d’en verrouiller la porte. Visiblement chez les filles, il en va autrement. C’est à croire que pour elles, presque prêtes signifie qu’elles n’ont plus qu’une douche à prendre, choisir une tenue au milieu d’une montagne de vêtements, attendre que leurs longs cheveux sèchent, la tête enturbannée dans une serviette éponge en faisant le grand nettoyage de printemps dans leur appartement et regarder une match de tennis en cinq sets en tricotant un pull pour l’hiver. En fait je crois que je ne préfère pas le savoir. Non mesdames, je ne tombe ni dans l’odieuse misogynie, ni dans l’éhontée mauvaise foi. Il se trouve précisément que je suis d’un naturel placide et patient sauf lorsque j’ai sur le dos, comme les oignons, plusieurs couches de vêtements imperméables et thermoprotecteurs qui ont l’avantage de me prémunir d’un froid, même polaire, quand je roule au-dessus de 80 à l’heure. Mais ce même accoutrement à une fâcheuse tendance à se transformer en hammam sudatoire quand on fait le pied de grue, immobile et debout devant une porte fermée. Mam’zelle aurait intérêt à se magner le tronc si elle ne veut pas dîner en compagnie d’un percheron essoufflé, fleurant bon l’écurie. Je sais qu’en pareille circonstance, il nous faut savoir, nous les hommes, réveiller le fauve prédateur qui sommeille en nous, mais ce n’est pas une raison pour en exhaler le fumet avant même d’avoir mis les pieds au restaurant. Saint Skons priez pour moi.
 
Je fus exaucé car la porte s’ouvrit enfin à ce moment précis et je retirai prestement toutes les saloperies pensées plus haut tant le spectacle me laissa pantois. Finalement l’attente valait le résultat, la demoiselle était splendide. Robe longue, talons et châle, son visage angélique rehaussé d’un maquillage subtil la rendaient magnifique. La maligne avait même poussé l’astuce jusqu’à se coiffer d’un élégant chignon, ramassant ses bruns cheveux soyeux afin d’éviter les désagréments du brushing kevlar, made in Shoei (marque de casque de moto). Je me précipitai pour lui ouvrir la portière d’une main et refermer ma bouche pendante de l’autre. Le sourire malicieux qu’elle me glissa en montant dans l’engin, révélant qu’elle semblait satisfaite de son petit effet. Je contournais ma machine, aussi prestement  que le permettait ma tenue d’astronaute, pendant qu’elle ajustait son casque et branchait l’intercom. Et nous nous mîmes en route vers notre destination restauratrice.
La route sinuant entre les étangs des dombes rendait le parcours bucolique et charmant, le printanier soleil couchant y ajoutant une touche de romantisme sur lequel ne manqua pas de s’extasier ma passagère. Devisant sur tout le parcours, nous sommes arrivés sur place sans avoir vu passer le temps. Renonçant à confier ma machine au chasseur qui nous regardait faire irruption dans son champ visuel avec une hébétude non dissimulée, je contournais le manoir renfermant l’hostellerie pour aller parquer moi-même mon tri-pattes sur le parking prévu à cet effet. Une fois ma cavalière descendue, je me débarrassai promptement de ma tenue de scaphandrier intersidéral et remplaçai mes bottes par de vraies chaussures avant de ranger mon attirail de cosmonaute dans le coffre du panier. C’est donc avec une allure à peu près humaine que j’entrai dans le restaurant, ma splendide invitée au bras, sous le regard obséquieux du loufiat teneur de porte ouverte. La demoiselle ne semblait pas intimidée outre mesure, remarquai-je satisfait.  
 
Le maître des lieux nous accueillit en personne dans sa grande tenue d’apparat blanche de chef étoilé et monogrammée à son chiffre, mais dépourvu de toque car il déteste la porter. Après nous avoir chaleureusement salués (c’est un pote à moi si vous l’avez oublié), il nous à lui-même conduit jusqu’à la table qu’il nous avait réservé. Comme d’habitude, il ne place pas les gens en personne, ayant pléthore de serveurs, maître d’hôtel, chefs de rang et autres larbins pour le faire, cela nous a attiré des regards envieux des autres convives attablés et légèrement fait rosir ma compagne qui à du comprendre la chose. Le fourbe nous avait placés dans le coin le plus romantique de son établissement, la table sise entre la cheminée et un gigantesque plante verte avait des allures alcôvesques. « La table des amoureux » me dit son regard complice renforcé d’un clin d’œil, même s’il n’eut pas le mauvais goût de prononcer la phrase. Nous nous installâmes donc à l’endroit indiqué, aidés par des serveurs qui nous tenaient les chaises (à croire que les gens snobs sont pas foutus de s’asseoir tout seuls). Les cartes (on ne dit pas menu dans un restaurant digne de ce nom) nous furent apportés avec célérité et discernement, celui de la dame ne comportant pas de prix, comme il se doit dans ce genre d’établissement.
La commande fut prise (vite pour ma part, plus lentement et à grand renfort d’yeux arrondis pour la demoiselle) et le vin choisi par votre serviteur ; alors la nuée de personnel s’en fut à ses occupations, nous plongeant, malgré la présence d’autres convives dans la salle, dans l’insondable solitude du dîner en tête-à-tête. La grande scène du II allait commencer. La demoiselle devait avoir faim car elle me dévorait de ses yeux soulignés de bleu, me mettant aussi à mon aise qu’un pingouin perdu dans la savane. Je ne sais pas trop si c’était à cause de la cheminée située dans mon dos, des œillades sucrées de ma pâtissière, de sa main qui tel un gracieux papillon vint se poser délicatement sur la mienne (bouffe pas avec les coudes sur la table moi) ou de tout ça à la fois, mais j’eus soudain si chaud que j’ai failli en vérifier si je n’avais pas oublié d’enlever mon blouson de moto. J’avais l’impression d’avoir une lampe à UV braquée sur mon bocal (fêlé), un parpaing sur l’estomac et le sahara dans la gorge. Je n’allais pas tarder à prendre un coup de soleil sur la trogne et à proférer une ânerie plus grosse que moi, quand je fus sauvé in extremis par le serveur qui apporta les amuse-bouche à point nommé et de rompre le pesant silence en nous les présentant.
 
Elle a dû retirer sa menotte de ma grosse patte pour saisir son couvert et mon thermomètre personnel est redescendu de quelques degrés, à mon grand soulagement. Comme cette pré-entrée contenait une mousse, je lançai maladroitement la conversation sur son métier de pâtissière (le procédé est mesquin, je vous l’accorde, mais n’ayant déjà pas beaucoup d’idées à moi en général, là j’en avais encore moins). Elle m’expliqua alors que ce n’était pas son métier et qu’elle ne donnait un coup de main à la pâtisserie de son oncle que le week-end, même si depuis près de six mois que son véritable poste à l’hôpital avait été supprimé (restrictions budgétaires) elle y exerçait plus régulièrement, mais que sa véritable profession était psychologue.  
Vous vous en foutez sûrement, de son vrai métier, mais moi ça m’a collé un coup de marteau sur la calebasse. Je ne sais pas si vous embrassez le tableau dans toute son ironie. Imaginez un peu ça : réunir une psychologue avec un mononeurone dont les principaux centres d’intérêt sont la bécane et son cambouis, l’écriture d’héroic fantasy et son forum de dingos rigolos, ainsi que le ballon ovale et ses troisièmes mi-temps paillardes et conviviales. Il y avait de quoi éclater d’un rire nerveux d’ado boutonneux, aussi crétin que goîtresque. J’ai dû me raccrocher au tragique de la situation pour ne pas commettre un tel impair et révéler au grand jour ma barbarie pied-dans-le-platesque.
Une psy avec un Neandertal, joyeux mélange. Je savais bien que tout ça était trop beau, qu’il y avait forcément un piège à con quelque part et que je n’avais jamais à chercher bien loin pour en trouver un (de con) quand je suis présent.
Après le soleil de plomb du début, j’avais la sensation d’essuyer une glaciale douche écossaise et je n’avais même pas mon barbour de pluie pour m’en protéger.
Je me suis rapidement remémoré mes facéties puériles dans la boutique depuis quatre ans, le sketch navrant avec le téléphoniste entarté aux pralines, jusqu’à la crétinerie de mon insolence lourdingue avec les joyeux drilles de la maison poulaga. Le bilan n’était pas brillant, me créditant au mieux, dans son esprit de psychologue décortiqueuse de travers intellectuels, du rang de malabar simplet à l’humour léger comme une barre de plomb et aux penchants grand-enfantins. Au super tirage de la roue du destin, j’avais encore tiré le double zéro pour pas changer.
 
J’essayai alors de lui faire comprendre (avec la finesse qui me caractérise) que cette révélation sur son emploi véritable, me donnait soudain l’envie folle de prétendre au trône des imbéciles éléphantesques et de m’y asseoir sous le nom jovial d’Abruti 1er.
Elle me répondit qu’elle me trouvait drôle, attachant, bien élevé et furieusement romantique, le tout en me gratifiant d’un sourire à faire fondre un morse qui fit voler en éclat la chape de doute qui s’était abattue sur mes épaules et grimper le mercure de mon thermomètre personnel vers des sommets où la main de l’homme (ou plutôt de la femme, dans le cas qui nous occupe) n’avait jamais mis le pied.
J’ai eu l’impression que des jets de vapeur me sortaient des oreilles et sentais mon visage prendre la teinte du caméléon vautré sur une pivoine. Le regard qu’elle me lança alors par-dessus son assiette aurait suffit à faire frire des œufs et je dus me retenir à six pour ne pas héler le garçon et demander l’addition sur le champ afin d’emmener au plus vite la demoiselle contempler mes estampes…
Inutile de vous dire que le reste du repas fut pris dans une très très très chaleureuse ambiance. C’est quand même un comble que dans des restaus de ce standing ils ne songent pas à installer la climatisation, parce que des fois, il y fait singulièrement torride.
 
A la fin du dîner, malgré mes protestations, pour cause de pilotage de retour, nous ne pûmes refuser le digestif que mon ami vint prendre avec nous à table. Evidemment, la demoiselle et moi nous perdîmes en compliments sur l’accueil et la succulence de la cuisine, avant que mon copain ne me demande poliment de lui donner des nouvelles de la sœur que je n’ai pas quand je lui ai réclamé l’addition. (Faudra que je lui offre une méga fiesta sur ce coup là, à mon poteau).
Puis, je reconduisit la belle toujours pendue à mon bras, à mon véhicule, avant de l’y installer précautionneusement et de me rhabiller en conquérant de la planète Mars pour prendre le chemin du retour.
Le trajet fut étrangement silencieux, à ceci près que ma passagère ouvrit une partie de la fermeture éclair de la capote du side, formant un semblant de fenêtre de mon côté. Elle glissa la main a travers la fente obtenue pour la poser, au mépris de l’air glacial de la nuit, certes printanière, mais loin d’être caniculaire, sur mon genou droit. A cet instant, le homard thermidor ingéré plus tôt dans la soirée à fait un double saut périlleux carpé dans mon estomac, agrémenté d’une vrille au point que j’ai failli en louper mon virage (heureusement y avait personne en face). Je découvris alors que quelqu’un avait glissé un radiateur dans mon pantalon de pluie. Ravi de l’initiative, mais soucieux néanmoins de ne pas la laisser transformer sa mimine non gantée en glaçon bleuté, je lui suggérais de la retirer (on roulait quand même à près de cent dix et à cette allure, ça souffle). « Sinon quoi ? » me répondit malicieusement l’écouteur inséré dans mon casque intégral. « Sinon c’est le grand huit » lui répondis-je, sérieux comme un pape. « Chiche » dit-elle en riant. Alors j’ai effectué une manœuvre qui semble périlleuse comme ça vu de loin, mais qui ne l’est nullement quand on possède comme c’est mon cas des années de pratique. Trouvant une belle ligne droite, je donnai un coup sec et dosé sur le guidon en augmentant les gaz, ce qui eut pour effet de décoller la roue du panier et de le soulever au dessus de l’asphalte, donnant à mon attelage, à présent sur deux roues, des airs de tour de Pise roulante.
Elle retira sa main de surprise et pour se cramponner et le rire que j’entendis retentir dans mon casque me rassura sur sa frayeur. Une fois l’équilibre trouvé, on peut rouler ainsi sans réel danger sur la distance qu’on veut. La difficulté consiste a prendre les virages dans cette posture incongrue, mais je ne m’y risquais pas, reposant le panier sur sa roue au bout de la ligne droite.  
Enfin, nous fûmes devant chez elle et je lui tint la porte pour aider sa sortie de la boîte à roulette, après que j’eus retiré gants et casque.
 
C’est à ce moment là que, debout devant moi, un ravageur sourire aux lèvres et un éclat de malice dans le regard, elle me proposa de monter chez elle y prendre, sinon un verre, tout au moins un café.
Et voilà que se révélait soudain l’implacable réalité de la prophétie du préservatif. (si vous avez un trou de mémoire relisez mon post précédant ^^). Puisque je n’en avais pas emmené, l’invitation me tombait dessus avec la régularité du métronome et la méchanceté de la vérole s’abattant sur le bas clergé.
Malgré son insistant regard de braise, je tentais de rester granitiquement maître de moi (quitte à prendre une douche froide en rentrant) et refusais aussi poliment que possible son invitation, insistant sur le côté cavalier de la chose et sur l’image de goujaterie profiteuse que je me refusais de lui donner. Arguant que ni elle ne moi ne travaillions le lendemain et qu’il nous serait possible de passer notre lundi ensemble si elle le désirait. Elle me fit alors promettre de venir la chercher dès potron-minet, afin que nous puissions profiter de toute la journée, en allant chercher le soleil dans une grande ballade vers le sud. Je lui assurais même de lui apporter des croissants avant de tenter élégamment de prendre congé. Elle réitéra malgré tout une dernière fois sa présente invitation, avec un regard a faire défroquer un moine que ma bonne éducation me fit à nouveau repousser poliment, pendant que la partie lubrique de ma conscience masculine m’insultait d’importance.
Elle eut un étrange sourire avant de me déclarer, les yeux dans les miens : « test de galanterie réussi ».  
Mon cerveau n’eut pas le temps de se révolter contre l’odieux procédé, révélant toute l’hypocrisie de son esprit de psychologue acéré même au chômage, car elle enroula ses bras autour de mon cou pour me donner un long baiser en guise d’au revoir. (Note pour les voyeurs : pas un bisou, ni un vague câlin : un vrai baiser, un dur, un vrai, un tatoué, avec tout ce que cela induit, implique, introduit, mélange etc. Vais pas vous faire un crobard non plus, demandez à Eridan, vous fera ça mieux que moi).
En remontant sur mon engin, quelque chose me disait que mon lundi n’allait pas être piqué des hannetons…


Message édité par eskael le 11-05-2007 à 01:11:11

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La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir.
n°975
Eridan
Mage noir
Posté le 18-05-2007 à 14:43:13  profilanswer
 

Critique TELE FAUNE
 
C'est excellent. C'est sûrement ce qui m'a procuré le plus de plaisir à lire sur ce site. Tu avais dit que tu écrivais principalement de l'humour et aussi de la fantasy, je fus ravis d'enfin découvrir ce côté principal où je te sens plus à l'aise que pour la fantasy. Et pourtant je me méfie de l'humour. Comme dirait Déproges (je crois) le problème avec l'humour c'est que ce n'est pas drôle. (dixit que je préfère le pince-sans-rire ou l'humour noir que le réellement comique (bouffonnade))
Ce qui m'a plut dans l'histoire :
- Le fait que tu te mettes directement en scène est un gros plus. C'est vivant, sincère, simple. Le côté tranche de vie avec le coq au vin est un régal.
- Les néologismes : "jérocotesque" est excellent, il le faut dans le dico.
- L'ambiance générale du gars grincheux.
- Avec le dialogue au téléphone on est alors convaincu n'on "est sur un bon truc."  
- Les jeux de mots. (Ha  ! La "double" tarte à la praline)
Des critiques négatives ?
J'ai eu un peu de mal avec la surabondance de parenthèses au début. Mais ça c'est sûrement le temps de se faire au style. Si on est habitué, je pense qu'on en redemande.
J'ai tout de même pas mal à redire au niveau du texte, mais ça, je te le communique pas mail, comme d'habitude. A propos tu as reçu celui du chapitre 12 ?
 
Alors maintenant la question qui ne se pose pas, mais qui trotte avec bien trop d'insistance : qu'est-ce qui est vrais là dedans ?  
 
Sérieusement, c'est excellent, tu devrais essayer de le placer à un fanzine.
 
Reste à me lancer avec grande impatience sur la suite
A+
 :hello:  


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n°976
Eridan
Mage noir
Posté le 19-05-2007 à 15:51:37  profilanswer
 

Critique de la suite (j'ai tout dévoré d'un coup)
 
Eh bien c'est excellent, irais-je jusqu'à dire génial ? La suite a tenue toutes ses promesses, je me suis régalé. Je ne vais pas revenir sur les forces de ces textes, ce qui ne m'empêchera par de taper un laïus.
Tu rappelais que tu avais écrit le treizième travail de Torg, je l'avais oublié. Je texte m'avait laissé plutôt tiède. Pourtant il avait en commun le contre-pied, ton ingrédient principal, ainsi que les jeux de mots, de situation. La différence ? Dans Torg les personnages étaient grotesques, l'histoire était grotesques et ne donnent pas envie de s'intéresser à l'histoire, même si elle n'est qu'un prétexte. Ici, même si tu ne t'épargnes pas (mon pauvre !) tu n'est pas grotesque. Le cadre contemporain, les évènements, familiers à chacun, donnent tout son sel à la façon dont tu décrits ces scènes.
Remarques diverses :
- La balade en moto faisait vraiment penser à un "one man show".
- La description du side, ainsi que le début de "A la soupe" sont proprement irrésistible.  
 
Conclusion : Je t'enjoins à prendre en compte mes remarques sur le texte que je te ferais parvenir d'ici quelques jours, de faire un travail de relecture et d'amélioration mieux que je ne saurais le produire, (orthographe et claviérisation récalcitrante) car sur la forme il y a tout de même à redire. Oui je sais, c'est chiant, mais ces textes sont vraiment extraordinaires et ils méritent de se livrer dans le plus bel écrin. Comme une bonne musique ils donnent la pêche.  :bounce: Il faut vraiment que tu en fasses (et pas fesse comme je l'ai écrit avant de me relire) quelque chose. C'est vraiment trop bon pour que seul quelques personnes n'en profitent.
 :sol:  


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n°977
Seb
tapissier-magicien
Posté le 19-05-2007 à 20:23:57  profilanswer
 

Hello,
 
Pas lu, mais Eridan est rarement dans cet état  :) Ca donne envie.
Endiamo Eskael !


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"J'ai enchanté mon papier-peint"
n°979
Seb
tapissier-magicien
Posté le 20-05-2007 à 09:18:15  profilanswer
 

Re :)
 
Lu le début cette fois, avant d'aller participer à un joyeux déménagement.
Effectivement, c'est très sympa, je me ferai la suite en rentrant.
Ne serait-ce pas une sorte de chainon manquant entre San Antonio et Amélie Poulain cette histoire ?
 
En tout cas, merci de nous faire profiter de tes aventures et délires dominicaux.


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"J'ai enchanté mon papier-peint"
n°980
Eridan
Mage noir
Posté le 20-05-2007 à 12:24:36  profilanswer
 

Hé hé,  :D je te l'aurais conseillé de toutes façons, mais j'aurais préféré le faire après qu'il ait fait quelques améliorations, question que des corrections (si tu en fais, et je les sais d'excellente qualité) ne fassent pas double emploi avec les miennes.  :sol:  


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n°982
Seb
tapissier-magicien
Posté le 21-05-2007 à 11:30:54  profilanswer
 

Bon, je rejoins Eridan.
Je me suis régalé. Je suis trouve ça super en me demandant aussi si je ne dois pas dire génial.
Ca évoque San Antonio et Amélie Poulain, mais également une ambiance BD décalée qui pourrait être du Gaston Lagaffe ou Titeuf ou peut-être plutôt, évidemment, du Joe Bar Team.
 
Moi qui n'aime généralement lire que des histoires d'univers imaginaires, je dois confesser que je suis happé par le truc et que j'ai très envie de savoir ce qui se passe lundi.
 
En plus, ces petites évocations du forum ont un charme tout particulier et donnent à ce texte un côté "private" très sympa. C'est aussi une occasion de découvrir Eskael au delà du pseudo et des considérations littéraires et je dois dire que le personnage m'est hautement sympathique  :) .
 
J'invite tout le monde qui passe à se laisser tenter par ce texte.
Et si tu le poursuis Eskael, il va probablement devenir une sorte de mascotte chez les Parrains.
 
Bravo.
 :hello:


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"J'ai enchanté mon papier-peint"
n°983
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 22-05-2007 à 00:24:11  profilanswer
 

Un grand, grand merci à vous deux pour votre lecture et vos commentaires.
 
Hé bien en effet, Eridan, comme tu le soulignes, ça ressemble un peu à ce que je dis sur scène d'où peut-être (par la force de l'habitude) la patte "one-man-show"...
Bien évidemment je prendrai en compte tes corrections (et oui j'ai bien reçu celle concernant mon chap 12 mais j'étais pressé je l'ai juste enregistrée sans la lire totalement et sans répondre à ton mail, honte sur moi).
 
En fait d'ordinaire j'écris des sketches destinés à être dits et non lus... Mais ton idée de le faire parvenir à un Fanzine est intéressante, sauf que je n'en connais pas.
 
D'un autre côté, à lire vos commentaires à tous deux, je me dis que je devrais peut-être également tenter de l'adapter pour en faire, le cas échéant quelque chose de dicible en scène... Mais ça perdrait peut-être un peu de sa saveur. (Faudra que je me penche là dessus).
 
Il est toujours plus facile de faire rire sur des choses que tout le monde connait (même si le side car reste un brin confidentiel comme véhicule) Et notemment sur des situations du quotidien.
Mille mercis Seb pour ta comparaison avec Sant Antonio et Amélie Poulain, ça pour des compliments, ce sont des compliments... -sait plus où se mettre-...
 
Peut-être après tout que je vais le poursuivre, ça pourrait faire presque un one man show genre pièce monologue (comme le fit Michele Bernier en adaptant la BD du démon de midi)... A voir, faudrait juste pas que ça s'essoufle et devienne lassant ou répétitif...
Mais je vous remercie encore de vos commentaires, et des idées que cela fait germer dans mon esprit fait con... Heu.. :D


Message édité par eskael le 22-05-2007 à 00:26:27

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La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir.
n°984
eskael
Le bouffon des mots
Posté le 22-05-2007 à 00:29:41  profilanswer
 

Citation :

Alors maintenant la question qui ne se pose pas, mais qui trotte avec bien trop d'insistance : qu'est-ce qui est vrais là dedans ?


 
En gros toute la trame est vraie sauf que je la raconte de façon évidemment propre (je l'espère) à faire sourire.


Message édité par eskael le 22-05-2007 à 00:29:54

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La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir.
n°985
Eridan
Mage noir
Posté le 22-05-2007 à 09:58:46  profilanswer
 

Et même plus que sourire.  :lol:  
 
Alors finalement, on a autant de chance de te retrouver un jour au zénith que dans les rayons d'une librairie. Quel talent !  
Moi non plus je ne connais pas de fanzine, mais ça, c'est le travail le plus pénible pour l'auteur : se faire connaître.
 
 :hello:  


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n°995
Eridan
Mage noir
Posté le 14-06-2007 à 10:37:40  profilanswer
 

Ca me revient ! Je voulais te faire cadeau de mon jeux de mot préféré et qui purrait même être de circonstance : "Vieux motard que jamais"
 
Il y a aussi de circonstance, ou quand les femmes nous font suer de diverses façon : "Quand on aime on ne compte pas... le nombre de douches dans la journée"


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