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Le procès de Dieu - Conte moderne - ...jusqu'à 100%

n°1041
nina
Posté le 21-09-2007 à 10:10:25  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
Bonjour Mouysset,
 
Quand la fiction rejoint la réalité : un sénateur américain du Nébraska Ernie Chambers porte plainte contre Dieu.
 
J'écoutais France Culture ce matin et le portrait du jour de Marc Kravetz était consacré à ce sénateur qui osait porté plainte contre Dieu à propos des calamités que l'humanité  a traversé.
 
Si tu veux en savoir plus, tu peux aller sur le site et réécouter le portrait dans le détail.
 
on en reparle après si tu veux. J'ai téléchargé le portrait pour le réentendre.
 
nina
 
ps : si d'autres personnes sont intéressées ou curieuses, elles peuvent écouter le portrait à la date du 19/09 sur le site de france culture. Autant partager l'information, j'y ai pensé après avoir envoyé le mail à Mouysset.

n°1042
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 22-09-2007 à 14:22:05  profilanswer
 

Bonjou Nina.
J'ai entendu cette info moi aussi, ce qui m'a beaucoup amusé.
Mais je n'en sais pas plus, ni sur l'affaire, ni sur le bonhomme.
J'ose espérer qu'il s'agir d'une provocation... Mais avec les amerlocs, même sénateurs, on ne sait jamais.
Je vais essayer de retrouver le site de france culture.
Merci Nina. A plus tard.
Je vais poster le dernier chapitre sans trader...
Pour les "visiteurs- lecteurs " qui n'auraient pas envie de s'inscrire mais pour autant ne seraient pas contre entrer en contact avec moi, voici mon mail: rene_mouysset@yahoo.fr ...avec ma reconnaissance.


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n°1043
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 22-09-2007 à 15:55:28  profilanswer
 

En fait, il reste deux chapitres, mais puisqu'ils sont prêts, je les livre. Chose promise, chose dûe !
Je me répète mais j'insiste, parce que ça m'intéresse:
Je prends toute scritique, d'où qu'elle vienne, avec une humeur pratiquement égale, de l'injure à la louange, avec une préférence pour la critique constructive; celle qui peut me servir à améliorer mon texte
Tout est péférable au silence.
Je comprends - parce que ça m'est arrivé - celle ou celui qui passe, lit et n'a pas pour autant envie de sinscrire.
Alors, contactez-moi par mail: rene_mouysset@yahoo.fr
Et merci...avec un "pardon" pour celle ou celui qui se serrait senti floué, dérangé, blessé quelque part - est-ce que je sais?...- à la lecture de ce texte.
Bonne fin de lecture pour celles et ceux qui ont tenu bon jusque là.

 


    Chapitre 13

 

Le Procureur est le premier à s’exprimer hors la présence d’Anna.
Il ne voit pas l’utilité de revenir sur la déposition de ce curieux témoin, qui, selon lui, n’est guère de nature à prouver quoi que ce soit.
« Cela dit, je ne vais pas m’amuser à noyer le poisson, insiste le Procureur, en rabâchant ce qui a longuement été exposé.
« En effet, n’est-on pas lassés d’entendre répéter ce que la défense elle-même a exprimé par la bouche de l’une de ses connaissances :  ‘Pourquoi y a-t-il tant de malheurs et tant de souffrances sur terre ?’  
« Je le rappelle une dernière fois, nous avons retenu le massacre des innocents de Bethléem et la crucifixion de Jésus, saint parmi les saints,  comme symbole de ces malheurs et de ces souffrances.
« Les vrais questions restent donc celles-ci : ces souffrances et ces malheurs sont-ils, oui ou non, voulus par Dieu ? Dieu pourrait-il, s’il le voulait, les éviter, tout au moins aux innocents, notamment aux enfants ?
« En clair, l’accusé aurait-il pu éviter le massacre des innocents et le martyre de Jésus ? Pire : les a-t-il voulus et fait exécuter ?
«  Je ne vais pas revenir sur les prophètes, mais je vais rappeler ce qu’a dit Pierre, le chef de file des disciples de Jésus, en parlant du destin de celui-ci, quelques temps après sa mort sur la croix.
« Le passage de ce dernier témoin me permet au moins ainsi, de réparer un oubli.
 
« Je veux citer Les actes des Apôtres, ce petit ouvrage, dont l’auteur est Luc, médecin Syrien devenu disciple de Jésus. Luc a rédigé ce texte quelques quarante à soixante ans après la mort de Jésus. S’il ne connaissait pas directement Jésus, il connaissait très bien le fameux Paul de Tarse que nous avons évoqué et Pierre, le chef de file des disciples, je l’ai dit.
« Dans cet ouvrage, Luc transcrit donc ces paroles de Pierre, adressées à ses contemporains juifs, rassemblés à Jérusalem : ‘ Jésus de Nazareth était un homme que Dieu avait rendu célèbre parmi vous. Néanmoins, ce Jésus vous ayant été livré par ordre exprès de la volonté de Dieu et par décret de sa puissance, vous l’avez crucifié et vous l’avez fait mourir par la main des méchants.’
« Fin de citation ! souligne le Procureur.
«  Vous avez bien entendu !?... Je n’invente rien !
L’index pointé, la Procureur répète en détachant chaque syllabe bien articulée :  « ’ Par ordre exprès de la volonté de Dieu et par décret de sa toute puissance !’
« N’allons pas chercher plus loin !
« Et pour ce qui est des mains des méchants, il s’agit de celles dont il est dit dans les Ecritures : ’Sans que tu me connaisses, je te fais prendre les armes’ !
« Alors, les voilà ces mains qui se font dociles pour massacrer des innocents… - des nouveaux-nés, s’il vous plaît ! - et pour clouer l’irréprochable Jésus au bois d’une croix !
«  Toujours d’après Luc, Pierre ajoute encore :’Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait prédit’ !
« Dieu avait donc annoncé les larmes de Rachel. Il avait annoncé les larmes de Marie, mère de Jésus.
« Dieu créateur, organisateur, est bel et bien le responsable et le coupable du massacre des innocents et de la crucifixion de Jésus, tout comme il l’est à propos de nos souffrances et de tous nos malheurs.
«  Solennellement, je le répète : je réclame la peine de mort pour ce grand coupable ! »
Le Procureur s’assoit, sous les acclamations de la foule.
Personne en voudrait être à la place de maître Delarue.

 


                                                             *
                                                                           
*                          *

 

                                                             *

 

Sans grand enthousiasme, semble-t-il, maître Delarue prend la parole :
« Comme appréciation sur l’intervention de celle qui s’est présentée sous le nom d’Anna, je n’ai pas plus à dire, au moins dans un premier temps, que ce qu’en a dit monsieur le Procureur. Avec Anna nous n’avons pas prouvé grand-chose.
«  Nous ne devons pas oublier que celui qu’on appelle le Malin, le diable ou le Menteur, peut très bien parler par la bouche d’Anna, fut-ce par moments seulement ou par bribes. Et qui fera la part du vrai et du faux ? L’esprit du mal se complait à semer l’erreur dans les plus beaux champs de vérité.
« Je ne dis pas que les révélations sur l’au-delà n’existent pas. Mais elles restent toujours nimbées de mystère, ce garant de notre liberté.
« Au cours de mon existence, j’ai rencontré au moins deux personnes, données pour cliniquement mortes et rappelées à la vie qui est la nôtre. Elles avaient fait, selon elles, un court séjour dans l’au-delà. Ce qu’elles en rapportaient ne manquait pas d’intérêt. Mais leur rapport à l’amour et aux autres humains ainsi qu’à Dieu était bien différent de celui d’Anna.
« Je me méfierai d’autant plus que j’ai affaire à un témoin indifférent, égoïste et orgueilleux. Ce que semble bien être Anna.
«  Elle nous donne un exemple de ce que peut faire un homme face à Dieu : refuser son amour, refuser son pardon et choisir l’enfer.

 

« Peut-être qu’en ce cas – et cela me paraîtrait tout à fait respectueux de la liberté de l’homme - Dieu abandonne cette personne à son choix.
«  Serai-ce la même chose pour ce qu’on appelle la réincarnation ?
« Celle-ci en tous cas ne se justifie pas, si Dieu rachète ce que l’homme ne peut racheter et si, tout en regrettant sincèrement ses fautes - comme l’a fait celui qu’on a appelé Le bon larron, crucifié à côté de Jésus – cet homme s’en remet à la miséricorde divine.
«  Ce que je dis là ne renie pas - au contraire ! -  la grande solidarité, non seulement entre les humains ici-bas, mais aussi entre tous les êtres vivants du passé, du présent et du futur, ceux d’ici-bas et ceux de l’au-delà, ceux du monde végétal, animal, spirituel, ceux du monde visible comme ceux du monde invisible.
« Réincarnation ou pas, nous sommes responsables les uns des autres, et c’est être ignorant ou menteur, devant tout problème humain, que de prétendre :’cela ne regarde que moi !’
« Chacun de nous est pétri de pluriel et de singulier.
« Chacun de nous est porteur d’héritage immémorial.
« Les souvenirs gravés dans la chair ne meurent pas, pas plus que ne meurent nos pensées exprimées ou pas.
« Souvenirs ou pensées resurgissent parfois, bons ou mauvais, et laissent croire, que nous sommes, que nous avons été et que nous serons.
« Au jeu du souvenir ou de la mémoire, certains sont plus doués que la plupart.
« Mais chacun de nous est comme une marche d’escalier géant.
« Chacun de nous est une espèce de terminal provisoire, avant de passer dans la salle des mémoires.
« L’héritage n’est pas que de chair. Il est tout autant et bien plus d’esprit.
« La tristesse, l’amertume, la grogne, la révolte contre Dieu, le désespoir, ne sont qu’ignorance.
« Seule la joie ne se trompe pas.
« Seule la joie est vérité.

 

« Seule la solitude que je forge éventuellement moi-même, au prix d’un enfermement, justifie l’irrémédiable chagrin, l’irrémédiable souffrance dont nous a parlé Anna… et qui a sans doute poussé Judas à se pendre.
« Anna, comme Judas, au lieu de faire confiance à l’amour, semble bien s’être enfermée dans un orgueil blessé. Elle a renforcé ses remparts, consolidé l’enfer, où elle s’est emmurée.
« Mais l’enfer est un état et non un lieu.
« L’enfer, c’est par exemple l’état dans lequel se trouve ce jeune  délinquant, dont je vous dis deux mots : sous l’emprise de l’alcool et de la drogue, il a commis plusieurs délits. Alors, il est en prison. De là, il refuse de rencontrer sa mère. Si on lui demande pourquoi, il répond :’ Je ne mérite pas de voir ma mère.’ Soucieux de lui seul, pour se punir, il oublie sa mère mortifiée, qui s’est déplacée en vain, dans l’espoir d’embrasser son fils au parloir.
« L’enfer, c’est le refus, par le prisonnier-pécheur, de la démarche d’amour et de joie, pour la mère et pour lui-même.
« Ainsi l’enfer existe-t-il contre tout ce que peut souhaiter Dieu.
« Ainsi l’enfer n’est-il pas les autres, comme l’a suggéré un grand philosophe. L’enfer, c’est l’absence et l’oubli des autres.
«  C’est l’orgueilleuse forteresse de la solitude d’un homme.
« Le vide s’est fait autour de lui, parce qu’il a préféré, aux rapports égalitaires de respect et de vérité, ceux de la domination, du mépris et de la force, entre lui, d’une part, et les autres ou Dieu, d’autre part.
« L’enfer, c’est l’anti-dialogue, l’anti-relation, l’absence d’amour.
« L’enfer, c’est l’enfermement.
« Et c’est l’homme, qui, en dépit de son Dieu, se condamne au châtiment des réprouvés, à la peine du dam.
« Et, en effet, comme le suggérait Anna, le damné, s’il existe, fait ainsi échec à Dieu.
« Il est comme l’enfant gâté qui préfère détruire le jouet qu’il ne peut emporter et garder pour lui tout seul.
« Le damné ne peut souhaiter qu’un bonheur, qui n’est pas le sien ou qu’il ne connaît pas, puisse échoir en héritage à d’autres.
« Le damné ne peut que souhaiter le néant.
« Voilà ce que nous a dit Anna.

 

« Collectivement – et par bonheur – l’humanité ne suit pas ce destin de mort. La véritable mort. Celle dont on ne ressuscite pas.
« Au contraire ! L’humanité signe, à la suite de tant de saints connus et inconnus, par la voie de l’humilité souvent acquise à force d’humiliations assumées, la victoire du don et du pardon, la victoire de l’amour.
« Voilà ce que dit Dieu.
- Parce que Dieu parle désormais ? ne peut s’empêcher d’ironiser le Procureur.
- Je vous en prie, monsieur ! réprimande  le Président.
On rit, dans la foule…

 

« J’en viens précisément aux propos de l’accusation, reprend maître Delarue.
« Je ne rejette pas ses citations, mais je regrette que ces citations ne soient pas restituées dans le contexte. Notamment les dernières, tirées  du discours de Pierre.
« En substance, parce que je cite de mémoire, et comme suite à ce que nous a livré monsieur le Procureur, nous aurions pu entendre à peu près ceci : ’Mais Dieu a ressuscité Jésus, en le retirant du royaume des morts, où l’avait conduit le supplice et la mort. Oui, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et nous – c'est-à-dire : Pierre et ses amis – nous en sommes témoins’.
« Cela change tout, me semble-t-il, même si l’on n’admet pas que Jésus soit Dieu lui-même, incarné. ( Pourtant, est-ce plus difficile de créer l’univers que de prendre chair à travers une femme, pour vivre la condition humaine et montrer que ce que Dieu propose aux hommes, il le vit lui-même ?)
« En tous cas, l’épreuve surmontée, Dieu rétablit Jésus dans une vie et une situation cent fois plus enviable que la vie et la situation qui étaient les siennes avant la mort. Ainsi Jésus, par la résurrection, est-il devenu intouchable, glorieux, immortel.
« C’est ce qui est proposé aux innocents de Bethléem.
« C’est ce qui est proposé à chacun d’entre nous.
« Proposé, et non pas imposé.

 

« Je constate que l’accusation a parlé au bout du compte comme si la défense ne s’était pas exprimée au cours de ce procès. Comme si l’éternité n’existait pas, comme si la solidarité, cette interdépendance générale du monde vivant n’existait pas, comme si l’humanité n’avait aucune capacité à choisir, à gérer et assumer son destin singulier, aussi bien collectif qu’individuel, comme si la liberté était une monstrueuse illusion et n’existait donc pas, comme si l’homme ne pouvait aspirer à aucune dignité, comme si nous n’étions que le fruit du hasard et de la nécessité, comme si nos existences n’avaient d’autre issue que la fosse, comme si l’amour n’existait pas.
« Paradoxalement, comme si Dieu n’existait pas !
« Mais si nous ne sommes pas libres, quel valeur a donc ce procès ?
« Ne fait-il pas, au contraire, la démonstration de la liberté de l’homme ?
« Et si nous sommes libres, pourquoi le sommes-nous, sinon à cause de l’histoire d’amour ?
« Le meilleur moyen de lutter contre le mal, où qu’il soit, d’où qu’il vienne, n’est-ce pas l’amour, dont Dieu est la source ? Source qu’on nous propose de supprimer. Amour que Judith pratiquait humblement, dans les pires conditions des camps de concentration et dont elle tirait, a-t-elle dit, un immense bonheur, chaque fois qu’elle parvenait à soulager le malheur des autres.

 

« Aimons-nous les uns les autres, jusqu’à donner notre vie pour ceux que nous aimons.
« Alors, il y aura bien moins d’innocents immolés. Alors, il y aura bien moins de malheur au cœur de chacun de nous. Alors, il y aura bien plus de joie et pour Dieu et pour nous tous.
« Voilà ce à quoi nous invite le Dieu-Amour.

 

« Je suis heureux d’avoir tenté de mieux le faire connaître, ce Dieu, afin qu’il soit mieux aimé. Et il l’est, dès l’instant qu’est mieux aimée l’ensemble de sa création, couronnée de l’humain.
« En même temps, je demande pardon pour la prétention que j’ai eue en assumant cette défense. J’ai trahi, surtout dans les moments où il m’est arrivé de penser follement que je pouvais tout expliquer, que je pouvais prouver, démontrer et, pire que tout, vaincre, faute de convaincre.
« Ce que j’ai dit, je l’ai dit. Et je vais en rester là.
« Un dernier mot pourtant : Dieu n’est pas innocent. Dieu est coupable d’aimer de façon absolue.
« Ainsi Dieu est-il à la fois responsable et victime.
« Il partage sa responsabilité avec l’homme. Il partage aussi toutes les conséquences.
« Chaque fois qu’une victime tombe, Dieu tombe avec elle.
« Il la relève, si elle veut. En cours de route, ou au bout du compte, selon son destin.
« Enfin, les accusateurs de Dieu ressemblent à l’un des frères siamois, qui voudrait tuer son frère jumeau porteur de l’unique cœur qui les tient tous deux en vie.
« Merci de m’avoir écouté. »

 

Maître Delarue s’assoit au milieu d’un calme inattendu.
Seules, naïves et spontanées, au beau milieu de ce désert, deux mains menues applaudissent en claquant trois fois. Et le visage de l’avocat s’éclaire d’un imperceptible sourire.
 

  


   Chapitre 14

 


« La Cour ! » clame l’huissier.
La foule n’a pas bougé. Plus ou moins patiemment, elle a attendu la fin d’une raisonnable séance de délibération.
Elle reste debout, alors même que s’assoit le Président et ceux qui l’entourent.

 

Lecture est alors faite du verdict, dans son jargon judiciaire spécifique, que Patrick Porter traduit à sa façon, comme suit :
« Etant donné que Dieu est Dieu, il sait tout, voit tout, comprend tout, régit tout. Il est le créateur. Il est le Tout-Puissant. Il peut tout. D’ailleurs, il ne cherche pas d’excuse et ne se dit pas innocent, mais responsable.
« Dieu n’est pas excusable, puisqu’il se dit parfait !
« La co-responsabilité peut être retenue dans une certaine mesure. Mais la responsabilité qui pourrait incomber à l’homme, comparée à celle de Dieu, est infime, voire négligeable. Elle ne change rien à l’affaire. Dieu n’est-il pas l’initiateur, le meneur ? Du reste, l’humanité expie sa part. A Dieu d’expier la sienne !
« En conséquence, Dieu est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés. A une large majorité.
«  Il est donc condamné à la mort par oubli de tous, selon la suggestion du témoin de l’au-delà. »

 

Etonnée, semble-t-il, mais satisfaite, la foule applaudit longuement.

 

Le Président attend que le calme revienne.
Alors, il demande : « Le condamné a-t-il une déclaration à faire ? »
Pourquoi pas une révélation sensationnelle de dernière minute ? suggère Patrick Porter dans son article. Si Dieu se mettait à parler, là, enfin poussé à bout, de vive voix, devant tout le monde. Pour dire quelque chose de fort, d’inoubliable !...
Le Président a posé la question en direction du box de l’accusé.
Puis il tourne son regard vers l’avocat, mais revient aussitôt vers le condamné.
Celui-ci n’a pas varié d’un iota dans son attitude : absent ou proche, glacial ou doux, méprisant ou respectueux - allez savoir…- c’est selon les yeux posés sur la forme floue qui le désigne, derrière les reflets des fortes vitres de son box.
Non, le condamné n’a aucune déclaration à faire.

 

La foule, d’abord silencieuse et grave, commence à murmurer une nouvelle fois sa déception : « C’est encore le coup du mépris ! » lance une voix qui traduit le sentiment général.
Las de patienter, le Président interroge l’avocat d’un signe de tête.
Maître Delarue n’attendait qu’un geste. La main droite levée à hauteur du visage, il dit : « Juste un mot, monsieur le Président.
- Vous avez la parole, maître.
- Je voudrais proposer à la réflexion de tous, cette vérité que je tiens d’un prophète de notre temps. Elle dit ceci : Le dieu dont tu as assez n’est pas Dieu.
- Plus fort ! hurle quelqu’un dans la foule.
L’avocat se tourne vers le public et, d’une voix plus haute, répète : « La dieu dont tu as assez n’est pas Dieu ! »
On applaudit, note Patrick Porter, mais qui comprend ?...
Maître Delarue s’incline. C’est bien fini.
- Imposture ! lance encore un inconnu.
Cinglante comme un coup de fouet, une voix de femme enchaîne : « C’est ça, votre Dieu Tout-Puissant ?!
- Celui-là est innocent ! s’exclame quelqu’un d’autre.
- C’est faux ! réplique un quatrième.
- S’il vous plaît, demande le Président au service d’ordre, faites évacuer la salle.

 

Une dernière voix, sans âge ni sexe, a le temps de récriminer, avant de se faire expulser :  « Mais où il est donc le vrai Dieu ?!... C’est vrai à la fin !... »

  


                                                               *

 

 *                     *

 

                                                               *

  

Patrick Porter s’étonne à peine de voir maître Delarue contre mauvaise fortune faire bon cœur.
« Mais ce que je ne comprends pas, insiste le jeune journaliste auprès de l’avocat qu’il a rejoint, c’est votre façon de conclure en disant : ‘Loué soit Dieu !’ après ce qui vient de se passer ! Enfin, tout de même, il vous a bel et bien laissé tomber, votre Dieu !... Oui ou non !?... Il est resté aussi éloquent et froid qu’une dalle de marbre sur une tombe. Vous ne méritiez pas ça ! Expliquez-moi. Je ne comprends pas. Je serais tenté de croire que vous en rajoutez. Que c’est du théâtre…
« Comment un croyant, après ce qui vient de se passer, après une telle défaite, comment peut-il sincèrement louer Dieu ?
- Parce que ma conviction est faite : notre histoire - la mienne, celle de l’humanité - se terminera bien. Simplement nous ne savons pas quand.
« Je vois notre monde, explique Delarue avec calme, comme une sorte d’incroyable labyrinthe élaboré par l’humanité et où elle se perd elle-même.
« Au-dessus du labyrinthe plane un ange de Dieu. (Mais Dieu ou l’ange, c’est la même chose.) Cet ange semble prononcer de sa bouche des paroles que personne n’entend. Faute d’attention et faute de silence. De son index pointé, à bout de bras tendu, l’ange indique toujours la même direction. Celle de la sortie.
«  S’il ne tenait qu’à lui, ce messager se serait découragé depuis longtemps ! ‘A quoi bon ? a-t-il souvent pensé. Là-dessous, il règne un tel désordre ! On s’y dispute, on s’y déchire, on s’y entretue ! On y crie, on y pleure, on y rit parfois aussi ! Ce vacarme couvre ma voix et on ne lève pas les yeux vers moi. En vain, je montre la sortie qui sauve, en vain j’explique le chemin…’
« Mais Dieu dit et ordonne : ‘ Ce sont mes enfants, tous ces gens-là. Ne leur fait aucune violence. Ils sont libres. Sois patient avec eux. Tu verras, ils finiront par trouver. Quoi qu’il advienne, ne quitte pas ton poste. Je veux qu’aucune de leurs prières ne se perde. Je les connais. Ils me cherchent. Même ceux qui me nient, ce n’est pas moi qu’ils nient. Ils finiront pas lever les yeux. Ils finiront par faire silence. Sois patient.’
« Alors, l’ange, sans se lasser, parle, parle, explique de sa voix et montre de sa main et de son doigt…
« L’homme de foi, esseulé là-dessous, c’est celui qui voit l’ange et l’entend par moments. Piétiné plus souvent qu’à son tour, parce qu’il a les yeux levés et qu’il est distrait, il souffre deux fois : une fois parce qu’il est piétiné et une fois devant l’aveuglement des siens qui vont à contresens. Mais sa vision de l’ange lui permet de ne pas désespérer. Ainsi, peut-il louer Dieu, pour la présence de l’ange et pour la présence de Dieu lui-même.
« Mieux ! C’est au milieu du désarroi et de l’épreuve, plus que jamais, que l’homme de foi peut louer Dieu, simplement pour son existence. »
Patrick Porter, songeur, ne répond rien.

 

Dans son dernier reportage, Patrick Porter met en évidence l’essentiel de cette dernière interview. Il termine enfin son reportage par ses propos de son ami l’avocat : « Ce qu’ignoraient La Cour et le jury, pour ne pas l’avoir compris, c’est ceci : Dieu s’est gravé dans la chair de l’homme.
« Ce qui est gravé dans la chair est inoubliable.
« S’il était possible de réduire en cendres l’ensemble des êtres vivants du monde visible, cette dissolution porterait encore en elle la mémoire de son Créateur. Et, de cette poussière mouillée, renaîtrait l’image de Dieu, que le grand souffle des vents insaisissables ne manquerait pas de rendre à la vie.
« Non seulement rien n’est perdu - même après ce Procès de Dieu - mais encore, c’est lorsque tout semble perdu, avec Dieu, que tout peut être espéré.
« Dieu, le vrai Dieu, est inoubliable ! »
                       

 

                                                                                                        FIN  
 ( EN FAIT, il y a un post-scriptum, écrit "après", comme il se doit.                                                                                        
 Je l'ai posté plus loin..., après les commentaires ci-dessous. Important, je crois ! )                            

 



Message édité par mouysset le 03-05-2008 à 17:55:11

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n°1046
Seb
tapissier-magicien
Posté le 25-09-2007 à 08:56:00  profilanswer
 

Salut René, salut Nina,
 
Un petit mot au sujet de ce sénateur américain qui porte plainte contre dieu.
J'ai vu un sujet dessus et effectivement, le but est pédagogique et symbolique. Ce sénateur a intenté l'action en justice et a fait tout ce qu'il faut pour la médiatiser pour dénoncer le recours systématique des américains à la justice pour des broutilles ou pour trouver absolument des responsables à des drames qui devraient être considérés comme accidents.
 
Quand j'ai entendu ça au début je me suis dit "ça y est, ils ont franchi la limite de la folie". Et puis finalement non, c'est symbolique.
M'enfin, ce sénateur aurait pu chercher un peu et voir qu'il avait déjà un temps de retard  ;)  
 
Ce qui serait rigolo, c'est que quelqu'un prenne le parti inverse : porter plainte à la place de dieu pour non respect du serment, une main sur le cœur, une sur la bible, que prêtent les présidents américains au début de leur mandat. Y'aurait des choses à dire aussi...
 
A prochainement pour des réactions sur le texte en lui-même.
 :hello:


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"J'ai enchanté mon papier-peint"
n°1047
Eridan
Mage noir
Posté le 25-09-2007 à 17:25:59  profilanswer
 

Seb a écrit :


Ce qui serait rigolo, c'est que quelqu'un prenne le parti inverse : porter plainte à la place de dieu pour non respect du serment, une main sur le cœur, une sur la bible, que prêtent les présidents américains au début de leur mandat. Y'aurait des choses à dire aussi...


 
YES !  :fou:


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n°1048
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 26-09-2007 à 17:01:45  profilanswer
 


 
Merci Seb pour tes éclaircissements.
Ca me rassure...un peu.
Donc, tous les sénarteurs ne sont pas tout à fait c.... :pt1cable:  
 
 


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n°1049
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 27-09-2007 à 16:09:33  profilanswer
 

Erreur !...Simple erreur...., avec mes excuses.


Message édité par mouysset le 27-09-2007 à 16:11:36

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n°1072
mouysset
Quand il a bu il n'a plus soif
Posté le 13-03-2008 à 10:38:39  profilanswer
 

( J'ai cru bon d'ajouter cette page  réellement écrite après, suite aux remarques - pertinentes, selon moi évidemment - d'une prof de philo d'origine cambodgienne et de culture bouddhiste. )

  

                                                    POST-SCRIPTUM

 


Au risque de me dédire, au sujet de l’expression à la première personne évoquée au chapitre O, je n’ai pu me résoudre à présenter le manuscrit, sans y apporter un ultime éclaircissement, après même l’approbation du moine ermite, qui n’a donc pas lu ce rajout.
C’est au sujet de la remarque répétée par Maître Delarue, tout en fin du procès. Une remarque accueillie par une part importante de l’assistance.
J’avais cependant noté alors : «  On applaudit, mais qui comprend ? » C’est l’impression que j’avais eue sur le moment, car je ne comprenais pas moi-même. Et une dernière voix, qui  résonne encore dans ma tête, de crier alors sa déception en ces termes : « Mais où il est donc, le vrai Dieu ?! »
En effet, maître Delarue avait tenu, malgré le verdict et peut-être même à cause de celui-ci, à donner une importante précision concernant Dieu. Et c’est au sujet de cette précision que je décidai de reprendre contact avec maître Delarue. Voici l’essentiel de notre échange :
- Expliquez-moi, maître, lui ai-je demandé, ce que vous avez voulu faire passer, en citant ce prophète contemporain, qui a dit : ‘ Le dieu dont tu as assez n’est pas Dieu’ ?
- Sulivan…, Jean Sulivan en effet, se rappelle l’avocat. C’est sans doute la vraie conclusion de ce procès. Elle s’est imposée à moi à ce moment-là, pour signifier d’une façon générale que le dieu à qui l’on fait un procès ne saurait être Dieu. J’ai vraiment réalisé cette évidence, seulement en fin de procès. Sinon, j’aurais récusé ma propre désignation d’office comme avocat de la défense. Malgré quelques hésitations, j’ai largement participé à cette erreur qui consiste à chercher à expliquer Dieu. Je reste honteux de moi-même.
- Dieu vous pardonne, maître.
- Bien sûr ! Mais ce reste de honte est à la mesure de ma vanité, de mon orgueil aussi, et cela ne tient qu’à moi.
- Je vous ai fortement incité, à l’occasion, rappelez-vous…
- C’est vrai. Mais votre excuse - vous n’aviez pas la foi - ne peut être la mienne.
- Ce que vous avez dit pour défendre Dieu m’a aidé à y voir plus clair dans ma propre vie. Ce n’est donc pas tout négatif.
- Grâce à Dieu et heureusement. Il reste que pour celui qui prétend avoir foi en Dieu, Dieu est du domaine de l’ineffable. Un point c’est tout.
- Ineffable ? Vous voulez dire qu’on ne saurait rien exprimer à son sujet avec des mots ? Qu’il est inexprimable ?
- C’est cela. Vouloir expliquer Dieu, c’est comme le vider de son sens et, finalement, parler de quelqu’un d’autre. Une idole. La perfection ne se juge pas, vous comprenez ? C’est bien pire qu’un pot d’argile qui se mettrait à juger le potier. Tout cela fait de ce soi-disant procès de Dieu une démarche que l’on peut qualifier de puérile et je l’ai moi-même largement cautionnée. Mais ce qui est fait est fait. »
- Attendez… , une dernière question : la silhouette aperçue dans le box des accusés, c’était qui, alors ?
- Le Grand Malin ! Il adore se faire passer pour Dieu. »

 

J’avoue avoir mis plusieurs jours à admettre ce que voulait dire maître Delarue.
Ensuite et enfin, par simple honnêteté intellectuelle, j’ai tenu à rajouter cet échange au compte-rendu du procès lui-même, dans cette sorte de post-scriptum.
                                                                                                          Signé :  Patrick Porter
                                                                                     
                                                                                       
                                                                                                         FIN                                                                                                                        


Message édité par mouysset le 03-05-2008 à 17:51:17

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