Mot :   Pseudo :  
 
Bas de page
Auteur
 Sujet :

le rien qui fait tout

 
n°132
dom
Posté le 06-01-2006 à 21:42:45  profilanswer
 

C'est en relisant squamers de Vier que je me suis rendu compte de ça...
 
C'est un texte que je connaissais, que j'avais aimé. Et puis en le relisant, j'avais des difficultés à me remettre dedans. Suite à quoi, Vier a remanié ses paragraphes, et aussi la couleur du fond, et là, brusquement, plus de problème, je rentre de nouveau dedans impeccable, et je retrouve le récit que j'avais aimé.
 
Comme quoi de simples détails, qui parfois n'ont rien à
voir avec la qualité intrinsèque, peuvent vraiment faire chier le monde.  
C'est là l'essentiel de ce que j'ai compris ces derniers jours : on se fiche d'écrire bien ou pas (je l'avais déjà aperçu dans les princes d'Ambre, parce qu'il écrit tellement mal ! Chaque phrase est bancale ; et c'est pourtant génial !), du moment que ce niveau d'écriture soit d'une qualité suffisante pour :
(a) ne pas gêner  
et (b) emballer le lecteur (bonne histoire, univers sympa, action, suspense, tout ce que tu veux).  
 
Si c'est le cas b, si on est emballé, on ne fait plus attention aux phrases, ce n'est pas qu'on soit plus laxiste, plus tolérant, envers quelque chose qui ne serait pas bon ; c'est qu'on n'a plus le réflexe de surveiller les phrases, elles passent à la trappe, on se laisse seulement porter par le récit. Ce qui est le but de la lecture.
Dans ce second cas, on ne s'aperçoit de rien.
 
Tandis que dans le premier, le (a) si l'on suit donc, chaque phrase ou chaque proposition de l'auteur nous parait suspecte, sujet à tergiversations, à prétexte.
 
Alors, après, ce qui est amusant, c'est qu'il n'y a pas que la qualité de l'écriture ou de la présentation qui créent cet emballement, il y a aussi toutes les humeurs, les dispositions
dans lesquelles on se trouve, la manière d'aborder le récit (l'aborder avec le point de vue du correcteur est mortel pour l'intrigue, comme j'ai pu m'en apercevoir, et alors tous les
défauts qui n'en sont pas réellement - puisqu'ils ne gênent pas les autres - ressortent), l'espoir ou le mépris que l'on place en lui (même si ces deux critères peuvent être raisonnables et se modifier en cours de route lorsque l'on va de bonne surprise en bonne surprise, ou au contraire de déception en déception), la façon dont on apprécie le "genre" dans lequel se trouve le
récit (qui détermine si l'on réussit à s'immerger ou pas), le style général bien sûr (préfère-t-on l'intimiste ou le sobre, le fleuve...), les plaisirs ou les déplaisirs qui accompagnent le regard que l'on porte sur lui (ce qu'on a lu/vu dans notre adolescence garde toujours une place privilégiée, on a du mal à accepter que ça soit aussi mauvais que le reste, parce qu'on a fondé notre construction sur ces valeurs que l'on croyait solides...), mais aussi des choses aussi particulières qu'une mauvaise digestion, qu'une évocation de quelque chose de négatif  pour nous dans le texte, etc, etc.
 
Dans ces conditions, je suis supris qu'on parvienne à aimer quelque chose.
Et puis en fait, pas tant que ça : parce que ce qui fonctionne pour
déprécier un récit fonctionne aussi pour l'apprécier. Les mêmes paramètres nous permettent d'aimer des choses qui pourraient être, objectivement (même si l'objectivité ne vaut pas toujours tripette) mauvais.
 
Par exemple, j'adore le film Stargate, et tout le monde dit qu'il est nul, alors ça doit être vrai ; mais ça ne m'empêche pas de l'aimer ni, chose extraordinaire, en l'analysant comme je le fais avec d'autres films, de trouver de bonnes choses dedans !
Comme quoi le mauvais goût est peut-être encore plus répandu qu'on ne le croit...
 
Bon, bien sûr, des fois, c'est au lecteur de faire l'effort aussi. Critiquer est facile, ça permet en outre de se valoriser par rapport au travail de l'auteur, par dénigration de son talent.  
Par exemple, le Seigneur des Anneaux (on va finir par croire que je n'ai lu que ça et les Princes d'Ambre...) est un modèle du genre. Il faut s'adapter aux phrases tortueuses, et passer quasiment trois cent pages avant que ça devienne intéressant ! Mais après, le résultat est à la hauteur des efforts fournis, personnellement, je me suis toujours estimé récompensé au centuple.


Message édité par dom le 06-01-2006 à 21:53:35
n°133
Eridan
Mage noir
Posté le 07-01-2006 à 18:13:56  profilanswer
 

- d'accord avec a) et b)
- Pourquoi un correcteur serait-il autre chose qu'un lecteur ? (certes exigeant)
- Les goûts et les couleurs ça ne se discute pas. L'exigence non plus. (je connais des gens qui aiment stargate)
- Le lecteur n'a pas à faire d'effort, c'est lui le client, non ?


Aller à :
Ajouter une réponse