Eridan Mage noir | Bonjour,
Suite à la généreuse proposition d'Arthurtenor de me donner quelques conseils sur mes écrits, nous avons échangé en messages privés des propos qui me semblent intéressants d'un point de vue général.
Voici donc notre discussion à laquelle je vous invite à vous joindre.
Arthur :
Citation :
Cher Eridan, Je t'envoie en message privé le travail ci-dessous à partir des quelques lignes prises sur le site des Chroniques. Je ne sais pas si ça peut t'aider, mais cela pourrait te donner une idée des remarques que pourrait te faire un éditeur. Amicalement Arthur Extrait 1 de ton roman
Le bélier, protégé par un assemblage de panneaux de bois fut amené par une ruelle en pente raide, en face d'une porte du deuxième secteur de la ville. La Reine, baignée par l'aura dorée de son armure, arriva en premier. Elle leva son épée, Rocirhill, en signe de défi et reçut en réponse une bordée de traits. Pas un projectile ne passa la protection magique. Furia avança tranquillement vers la herse, entièrement constituée de fer. Trois coups de Rocirhill suffirent à la transformer en pierre. Furia fit s'écrouler la roche à coups de pieds. Derrière, la porte serait plus difficile à vaincre. La Reine ne se souciait pas des tirs fichants venant de l'assommoir au-dessus d'elle, mais elle entendit une pierre racler le conduit. Sans même lever les yeux, elle s'écarta d'une rotation sur elle-même et la roche s'écrasa à côté d'elle. Des coups de Rocirhill changèrent (?) les plaques de blindage de la porte, les clous et les gonds. Satisfaite, Furia s'éloigna et commanda la charge du bélier. Les mercenaires noirs qui portaient l'instrument se ruèrent contre la porte. Les plaques de bronze devenu pierre éclatèrent, les poutres de bois se disjoignirent, mais des traverses et des étais maintinrent la cohésion de l'ensemble. Furia vit qu'on la visait avec une baliste montée sur le rempart. De tels tirs pouvaient traverser sa protection magique, pourtant elle ne bougea pas. L'énorme carreau la manqua et ricocha sur les pavés du sol. Au troisième coup de boutoir, la porte s'effondra sur elle-même. Furia pénétra la première, étrangement épaulée par les mercenaires. La Reine se retrouva sur une placette, face à plusieurs balistes à tirs multiples.
Remarques : Les caractères gras signalent les répétitions que ne laisseraient pas passer un éditeur.
* Qui arrive en 1er ? Dans le texte, c’est le bélier. Mieux vaudrait faire apparaître la reine d’abord (vision + forte), puis le bélier qui représente la menace secondaire. Pourquoi Reine prend-il une majuscule ? S’appelle-t-elle Reine Furia, ou est-ce la reine Furia ? Baignée dans son aura, n’est pas une formule très littéraire : mieux vaudrait « dans son armure dorée rutilante » ou qq ch dans le genre. * L’emploi du mot bordée me semble impropre dans cette circonstance (comme le serait giclée par ex.). Mieux vaudrait employer le mot volée.
* Passer une protection n’est pas très littéraire. On pourrait écrire par ex. « ne brisa » ou écrire autrement « de traits, dont aucun ne réussit à percer le bouclier magique » * Si la herse est « entièrement en fer », c’est qu’elle est en fer. C’est ce qu’on appelle une maladresse de style. * L’image de Furia donnant des coups de pied pour faire s’écrouler la herse est un peu ridicule, sans compter qu’elle prend le risque de prendre des débris sur la tête et la poussière… Mieux vaudrait qu’elle ordonne à un de ses soldats ou chevalier de le faire. * Furia ne s’éloigne pas, je pense, elle s’écarte pour ordonner la charge. * La porte ne peut s'effondrer sur elle-même. Elle s'abat.
Je te propose une version personnelle du début de ce texte (il y a sûrement aussi beaucoup à dire, mais j’ai fait assez vite et assez spontanément. Pour un roman, je retravaillerai ce passage sûrement plusieurs fois) :
" Nimbée d’or dans sa cuirasse rutilante, la reine apparut soudain en haut de la ruelle menant à la porte fortifiée. Nul ne pouvait douter en voyant son visage tendu de souverain mépris que rien ne lui résisterait, surtout pas cette herse de fer et ce portail qu’elle ferait voler en éclat comme une vulgaire coquille d’œuf. Quant à ces archers, frémissants de peur sur le rempart, elle ne semblait même pas les voir. Alors qu’elle levait son épée Rocirhill, ils décochèrent une volée de flèches qui toutes furent déviées ou se brisèrent sur son bouclier magique.
Elle se remit en marche, le pas ample, l’expression implacable. Elle s’arrêta devant la herse, qu’elle considéra de bas en haut. Puis brusquement, avec une rage terrifiante, elle la frappa de son épée, et par le pouvoir de celle-ci, la transforma en pierre. Ensuite, Furia n’eut plus qu’à commander à l’un de ses chevaliers de la démolir, ce qu'il fit en trois coups de talon."
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Eridan
Citation :
Ah oui ! Je vois. Seb m'a déjà fais remarqué le caractère très "brute" (autrement dit pas beau) de mes textes. Bon, je dois bien avouer être totalement incapable de tournures aussi belles. Si c'est ce que veut un éditeur, il faudra que je me fasse une raison, j'en suis incapable, tout comme je suis hermétique à toute forme poétique.
Allez, pour la forme je réponds à tes commentaires :
- Les répétitions, je fais ce que je peux, je pense toujours m'améliorer et notamment avoir fait des progrès depuis l'époque de cet extrait.
- C'est bien le bélier qui vient en premier, j'aurais dû dire que la reine passe devant quand celui-ci s'arrête. Quant à l'image que cela donne, ma fois, je suis l'ordre chronologique.
- Quand je dis "la Reine" je mets une majuscule car c'est la personne, quand c'est "la reine Furia" je n'en mets pas car c'est un titre. J'ai toujours fais comme ça.
- Baignée dans son aura n'est effectivement pas très beau. En fait l'aura est une force protectrice magique qui l'entoure.
- Volée, oui.
- Passer une protection : effectivement, d'autant que je l'ai souvent utilisé.
- Pour la herse, oui. C'était pour bien la différencier d'une herse ordinaire en bois et fer. Le fer est très précieux. C'est peut être le "constitué" qui coince. "Une herse toute de fer" eut été mieux, c'est cela ?
- Non, Furia est une surhumaine, c'est la seule à pouvoir briser de la pierre. Sinon, il y a le bélier, mais elle ne s'embarrasse pas de détails.
- effectivement, écarter, c'est mieux.
- Pourquoi diable ais-je mis que la porte s'est effondrée sur elle-même ?
Eh bien merci pour tout, c'est vraiment gentil de ta part. Je redoublerai d'efforts sur tout ce qui emploi de mots et tournures. Quand au style, il restera rude, je le crains fort.
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Arthur
Citation :
En fait, ce que veut un éditeur, c'est (sur le plan technique) du professionnalisme (ça s'acquiert) et du style (ça se développe). Quand je proposais voici, disons, une quinzaine d'années des textes, je ne possédais ni l'un ni l'autre. En revanche, comme m'a fait remarquer un éditeur qui devait me publier des années plus tard : " y'a quelque chose ". C'est parce que j'ai ressenti ce "quelque chose" que j'ai travaillé énormément pour améliorer style et technique. J'ai ressorti mes vieux bouquins de grammaire, j'ai fait des exercices d'écriture (avec le Seigneur des anneaux par ex.), je me suis fait guider, corriger... sans me décourager. Je te donne le même conseil (si ta volonté est de te faire publier un jour). Mais sache que j'avais "décidé" d'y arriver. C'est une autre qualité indispensable à la réussite. Enfin, pour te rassurer, je me suis aussi rendu compte que je progressais sans m'en rendre compte, à force de me corriger, et de sentir ces petits trucs qui donnent du corps au texte. Par ex. j'ai développé une véritable imagination cinématographique. Je fais de la mise en scène, je place les caméras, je lis à voix haute mes textes... Et je ne suis jamais satisfait de ce que j'ai fait. (je te poste ce message sans le relire, because, je dois partir. Pardon pour les fautes
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Eridan
Citation :
Je t'en prie, les mails et les forums sont les lieux d'échanges loin des prises de tête de la langue. Merci de prendre tout ce temps.
J'avais bien compris ce que tu voulais dire. Félicitations pour ta persévérance. Je pense avoir beaucoup progressé pour rendre des textes en bon français et produire quelque chose de fluide, à présent j'ai sans doute encore des progrès à faire.
A présent nous n'avons pas les mêmes objectifs (c'est pour cela que je te demandai avec insistance quelles étaient tes références dans le genre médiéval fantastique), pour moi Tolkien est l'exemple à ne pas suivre, je trouve son style lourd et chiant. Mes références (Mac Master Bujold, Gemmell), ne font rien du travail de forme "joli". Alors si les éditeurs exigent des auteurs français un travail de plume dont ils se moquent de la part des anglos-saxons et qu'ils rééditent et de leurs traducteurs, ce sera tant pis pour moi.
Je veux bien travailler beaucoup de choses, mais pas ça.
En tout cas merci pour ta vision très "pro", elle est édifiante, je t'encourage à la faire partager à d'autres visiteurs des parrains.
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Arthur
Citation :
Je suis d'accord avec ta vision du style Tolkien. Il se trouve que j'ai justement un problème avec certains éditeurs (jeunesse) qui ont une vision un peu "élitiste" de l'écriture. Pour eux, je sais que je ne suis pas un "bon" écrivain, ma plume n'a pas assez de " tenue ". En vérité, je m'en fiche, car il y en a bien d'autres qui savent privilégier des styles plus fluides, plus visuels, plus dynamiques... comme le mien. J'appartiens, je crois, à un type d'auteurs plus en phase avec le lectorat de ce début de millénaire où l'écriture doit se faire oublier, au profit du pur plaisir de "partir". Ceci pour te rassurer sur un point : on peut ne pas écrire comme Tolkien ou Proust et être publié et même remporter de beaux succès de librairie (Eragon en est l'ex. parfait, puisque ce best-seller mondial est écrit dans un style plutôt médiocre, ou du moins passable, selon moi). Cela dit, il reste que lorsqu'on propose un texte à la publication, il doit quand même être irréprochable. Et s'il développe un certain style, c'est encore mieux. Rends TON écriture irréprochable et tu pourras être jugé sur le fond. Car c'est ainsi que s'opère le jugement de l'éditeur (et ce que j'écris n'est pas de l'ordre des suppositions ! ) : on juge la forme d'abord, puis le fond. On élimine par la forme d'abord, puis par le fond*. Ensuite, si l'idée, la qualité de l'intrigue, etc. séduisent, l'éditeur confronte avec les attentes du marché. Je te donne un ex. Au tout début de ma carrière d'auteur jeunesse, j'ai écrit un roman pour 10 ans intitulé "L'apprenti magicien". Les éditeurs me l'ont refusé, l'un m'expliquant : "Hof, vous savez, les histoires de sorcier, baguettes magiques et chapeaux pointus, ça n'intéresse personne. Ou alors les petits de 7 ans " Sans doute avait-il raison à ce moment là. Et puis est arrivé l'ami Harry... En 2002, j'ai retrouvé ce roman dans mon placard. Relu et dépoussiéré, je l'ai vendu au premier éditeur à qui je l'ai présenté, et il a très bien marché. En somme, avoir une idée géniale et une écriture qui ne le désserve pas, ne suffisent pas toujours. C'est pourquoi, mille fois sur le métier... Patience et longueur de temps... * Précision : il existe quand même des éditeurs qui savent juger sur le fond avant la forme, puis faire retravailler le texte en s'impliquant fortement. Mais ils sont très rares et ce sont des pygmalions. J'en connais un à qui bien des auteurs jeunesse doivent leurs débuts (Jack Chaboud, dir des collection Magnard. Qu'il en soit remercié ! )
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Eridan
Citation :
Effectivement, tu me rassures. Et je suis tout à fait d'accord avec toi sur le fait que l'écriture moderne doit être la plus fluide possible.
Et je suis d'accord aussi pour qu'elle soit de bonne qualité (irrépochable on peut essayer en rêves )
C'est d'ailleurs un point de vue que nous partageons sur les Parrains, nous essayons de faire des textes les plus aboutis possibles, ou dû moins aller en ce sens.
Quand aux maisons d'édition françaises, je crois que nous sommes tous convaincu de leur frilosité. Elles préfèrent vendre de l'anglo saxon sur-réchauffé et parfois hors d'âge plutôt que de prendre le moindre risque, donnant par là même un manque de réactivité consternant par rapport aux attentes du public (dû moins mes attentes à moi)
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